Black Mirror, un pilote flippant

19/01/12 à 17:01 - Mise à jour à 17:00

La mini-série britannique aborde les nouvelles technologies comme une drogue, avec les effets secondaires qui en découlent. Intéressant et flippant.

Black Mirror sur Channel 4, en DVD le 27 février 2012.

Black Mirror, un pilote flippant

© YouTube (capture d'écran)

Synopsis: Pour sauver la princesse Susannah, kidnappée par un inconnu, le Premier ministre britannique doit respecter une seule demande: faire l'amour à un cochon en direct à la télévision. Ou comment pousser le dilemme à son paroxysme.

Créée par le journaliste britannique Charlie Brooker, la mini-série Black Mirror, en trois épisodes de 42 minutes, met à nu l'usage des nouvelles technologies au quotidien. "Si la technologie est une drogue -et ça ressemble fort à une drogue-, quels sont, précisément, les effets secondaires?" écrit-il dans Le Guardian.

C'est ainsi qu'une une demande aussi saugrenue que difficilement acceptable moralement est faite dans le premier épisode The National Anthem -L'hymne national-, alors que le Gouvernement britannique n'est pas -du tout- préparé à ce type d'attaque. Face à chaque action du Premier ministre et de son équipe pour contenir le fléau qui se répand sur Internet, Youtube, Twitter, Facebook et les autres sont plus forts. Quant aux médias traditionnels, ils sont carrément à la traine, pris entre l'envie de chasser le scoop et les pressions du gouvernement.

La maîtrise du timing

Les quatre parties de cet épisode pourraient se suivre sans que les coupures ne soient mentionnées par ces cartons. Un artifice de réalisation? Non, car le rythme est créé grâce à ce décompte, comme un compte à rebours avant le dénouement. Si les réseaux sociaux sont en roue libre, ce pilote ne l'est pas: sans se focaliser sur un thème ou un personnage particulier, chaque sous-partie est un lieu où se cristallisent les changements de points de vue, les décisions, les actions... Et si l'information est d'abord imposée à chaque citoyen, c'est bien une "masse regardante" qui se forme et devient avide du dénouement de l'histoire, se créant une nouvelle identité.

La question du personnage

Qui est le personnage principal? Cette masse, l'opinion publique, le Premier ministre autour duquel l'étau se resserre, le kidnappeur, le cochon, les réseaux sociaux? Impossible à déterminer tant la situation échappe à tous. Et c'est le point fort de cet épisode: ne pas se concentrer sur les personnes, mais laisser se dérouler l'événement en captant le malaise, l'incompréhension, voire la franche rigolade... sans devenir anxiogène, parce qu'un peu trop loin de la réalité. Et si les dernières minutes de l'épisode offrent une justification aussi inattendue que superflue -sans être dénuée d'intérêt-, Black Mirror pose de nombreuses questions entre les plans, au fil d'une réalisation soignée et de prestations très justes. Surtout la plus importante: et si ça arrivait vraiment?

Les épisodes suivants, Fifteen Million Merits et The Entire History of You, se concentrent sur un monde devenu émission de divertissement puis sur les machines qui se substituent à la mémoire, donc au monde. Gageons que, comme le premier, ils sauront appuyer là où ça fait mal.

Marie Le Douaran (LExpress.fr)

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