[À la télé ce soir] Raisins amers

13/09/16 à 07:00 - Mise à jour à 09/09/16 à 16:52

Source: Focus Vif

C'est l'histoire d'un Asiatique gringalet au look d'intello qui achetait du merlot californien et est devenu en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire un acteur majeur des ventes de vin aux enchères. Un mec au passé mystérieux et au palais hors du commun à qui l'on doit l'une des plus hallucinantes escroqueries du XXIe siècle.

[À la télé ce soir] Raisins amers

Le master of wine Charles Curtis inspecte une bouteille de vin. © DR

Les ventes aux enchères de vin se sont fortement développées dans les années 90 avec le boom de l'Internet et les prix des bouteilles se sont mis à crever les plafonds. On parle d'un milieu ultrafriqué où l'on claque de 100.000 à 200.000 dollars en vin par soirée. De types pleins aux as qui ne savent plus quoi faire de leur argent... Un royaume de l'esbroufe qui convient à merveille aux talents de Rudy Kurniawan. Coqueluche des producteurs hollywoodiens et des cadors de la finance, roi des soirées de dégustation à l'aveugle, Rudy dépense des sommes complètement dingues en grands vins au point de faire monter le cours des bourgognes. Flambeur, blagueur, généreux, classe et bon vivant, ce mystérieux vendeur d'origine indonésienne se présente comme un riche héritier et affole les marchés en revendant sa cave. Le hic? Ses grands crus sont des faux comme son nom emprunté à un champion de badminton.

Haletant, mystérieux, rythmé, porté par les interviews de spécialistes, de journalistes, du détective chargé de dépatouiller l'affaire et de quelques-uns des dupés, le documentaire de Jerry Rothwell et de Reuben Atlas est à la fois un portrait aux allures d'enquête policière, une ode au vin et une plongée dans le luxe, la frénésie et la crédulité de ses plus riches amateurs.

Les problèmes de Kurniawan commencent en 2008. Lorsque le redoutable faussaire tente de vendre aux enchères 84 bouteilles du Domaine Ponsot dont une datée de 1929 alors que les premières remontent à 1934. Magnum de Petrus 1921 à 25.000 dollars alors qu'à ce moment-là Petrus ne produisait pas de magnum, colles pour étiquettes qui n'existaient pas à l'époque des bouteilles...

L'équipe internationale chargée d'enquêter, avec un ex-agent de la CIA à bord, découvrira que Rudy résidait aux États-Unis sous le coup d'un mandat d'arrêt. Que son visa d'étudiant avait expiré. Qu'il n'aurait jamais pu quitter le pays pour voyager. Bref. Que tout ce qu'on savait de lui était bidon. Une version moderne de Gatsby le magnifique en somme... En 2014, Rudy a écopé de dix ans de prison pour contrefaçon de grands crus. Dix mille de ses bouteilles traîneraient encore dans des collections privées.

DOCUMENTAIRE DE JERRY ROTHWELL ET REUBEN ATLAS.

Ce mardi 13 septembre à 20h55 sur Arte.

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