Critique

On a (enfin) joué à Grand Theft Auto V

GTA V © Rockstar
Michi-Hiro Tamaï Journaliste multimédia

Les transgressions des gangsters de GTA V dégagent un désagréable sentiment de déjà-vu. Magiques, la réalisation et les héros en sauvent les meubles.

Grand Theft Auto V est le meilleur jeu de l’année. Le pire aussi. Ce jeu-monde est à l’image de la méthamphétamine d’une de ses missions: il contamine le cerveau. Impossible de ne pas y revenir compulsivement après y avoir goûté. Exploration urbaine hyper réaliste, transgression permanente et galerie d’écorchés vifs s’invitent à la liste des ingrédients qui rendent accro. Le gameplay se contente toutefois de répéter sans vraiment la changer une formule maîtrisée par le studio. Contrairement à ses héros braqueurs, le jeu ne prend aucun risque.

La branche écossaise de Rockstar déploie pourtant une réplique de Los Angeles tapissée d’une poignée de nouvelles intentions ludiques. Louables, elles abandonnent ainsi l’idée d’un héros unique pour en glisser trois dans les mains du gamer. Cerné par la police après l’attaque d’un fourgon, on glisse ainsi entre Michael, Franklin et Trevor. D’un face-à-face avec le SWAT, on zappe illico vers un toit d’où on balance des roquettes. L’idée de désincarnation de Driver n’est pas loin. Souvent forcée via un son strident, la multiplicité de ces points de vue n’ajoute rien au gameplay.

En annexe, parmi la quarantaine de passe-temps, de nouvelles activités entre tennis, golf et triathlon épaississent sérieusement le propos, sans le métamorphoser. Pratiquer le yoga améliore le bullet time en combat. Là encore, l’emploi de cette technique inédite (pompée sur Max Payne 3) tombe à plat. Les personnages évoluent en acquérant des compétences. GTA V améliore par exemple la durée du sprint d’un des protagonistes pour peu qu’il pratique certains sports lors de son temps libre. L’ADN de la saga jure avec cette approche. N’est pas Fallout 3 qui veut.

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La vie rêvée des anges

Ridicule dans son manque de finition qui amène des aberrations vouant certaines missions à l’échec (amener un camion-poubelle dans un liseré d’eau le détruit), GTA V force tout de même le respect techniquement. Los Santos, cet L.A. imaginaire, en impose. Le soin apporté aux textures de la ville hypnotise. Ses graffitis hyper réels et ses routes défoncées avec minutie serpentent entre villas et taudis. Chaque jardin et arrière-cour semble avoir été « fait main ». Mieux: qui connaît la Cité des anges s’y retrouve sans peine, de Venice Beach à Hollywood. Rockstar rajoute en plus une nature dense s’étendant sur une dizaine de km au nord, parc de Yosemite et désert redneck inclus. De quoi voler d’un aéroport à l’autre.

Aussi centraux que les véhicules air-terre-mer à car-jacker, les protagonistes du jeu sont eux mémorables. Un kid du ghetto qui s’attache à un gangster à la retraite qui s’ennuie. Une partie de la famille de ce dernier qui finit par le quitter. Sans oublier Trevor, ex-meilleur ami du retraité qui épaissit le jeu par ses réactions psychopathes, ses coups foireux qui le poussent à la cambriole sans connaître le contenu du butin, juste parce qu’il est « bien gardé ». Un comportement « punk » qu’on aurait voulu voir à l’échelle du gameplay résolument orthodoxe de GTA V.

  • Grand Theft Auto V, édité par 2K Games et développé par Rockstar, âge 18+, disponible sur PS3 et Xbox 360.

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