Michael Cimino, la fin du voyage
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Michael Cimino, la fin du voyage
Michael Cimino, la fin du voyage
05194492016-07-03 09:54:472016-07-03 10:00:03AFPPas de parutionNormalArticleFocus VifPar Focus VifCinémaLeVif Focus

Michael Cimino, la fin du voyage

Le réalisateur américain, auteur notamment de Voyage au bout de l'enfer (Deer Hunter) sur la guerre du Vietnam, est décédé samedi à l'âge de 77 ans.

yesstagiaire22016-07-03 10:01:05http://focus.levif.be/culture/cinema/michael-cimino-la-fin-du-voyage/article-normal-519449.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/cinema/michael-cimino-la-fin-du-voyage/article-normal-519449.htmlhttp://focus.levif.be/culture/cinema/http://m.focus.levif.be/culture/cinema/
Michael Cimino, la fin du voyage

Réalisateur, scénariste, Michael Cimino a surtout marqué le cinéma en 1978 par son Voyage au bout de l'enfer, son chef-d'oeuvre de trois heures emmené par trois amis dont Robert de Niro et Christopher Walken dans la réalité d'une guerre cauchemardesque. Cinq Oscars pour l'un des premiers longs-métrages à évoquer la guerre du Vietnam, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Cimino.

Mais le succès ne fut pas au rendez-vous pour son prochain film, Heaven's Gate en 1980. Son histoire est connue : fiasco commercial et financier, fatal pour United Artists qui avait grandement investi pour ses 3H40 de projection. Même raccourci de 70 minutes, le film reste un échec.

En 2012, le western nous revient dans une version intégrale et remasterisée, conforme aux intentions de Cimino. "Un chef d'oeuvre rendu à sa monstrueuse beauté" au coeur du Wyowing, évoquant le combat sanglant entre une communauté d'immigrants d'Europe de l'Est et l'association toute puissante des riches éleveurs.

Après ce cuisant échec commercial, le réalisateur de Deer Hunter doit attendre cinq ans pour revenir en grâce en 1985 avec The Year of the Dragon, sur la mafia chinoise, mais la communauté asiatique l'accuse de racisme.

La suite ne fut pas très glorieuse, trois échecs : Le Sicilien en 1987, sur le bandit Salvatore Giuliano, que ses détracteurs l'accusent de glorifier, Desperate Hours, remake de La maison des otages de William Wyler, en 1990, et The Sunchaser en 1996, road movie sur les Navajos dans les montagnes du Colorado.

Lorsque la caméra lui fait défaut, Cimino s'exprime par l'écriture, notamment avec Big Jane, un beau portrait de femme et de l'Amérique des années 1950 publié chez Gallimard en 2001 faute d'éditeur américain. Ce roman lui vaut la même année le Prix littéraire du Festival du film américain de Deauville.

En 2001, Michael Cimino a été décoré de la médaille de chevalier des Arts et des Lettres. Une décoration qui, dit-il, le touche plus que toutes les autres. Depuis plusieurs années, il travaillait à l'adaptation de La Condition humaine d'André Malraux.

>> Notre entretien, rare et exclusif, avec ce cinéaste légendaire.

LOW10focus-vif-la-redaction-deRédaction en ligneVifFocusreporter/assets/126/avatar_64963.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/focus-vif-10.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/focus-vif-10.htmlMichael Cimino
À la télé ce soir: Voyage au bout de l'enfer
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À la télé ce soir: Voyage au bout de l'enfer
À la télé ce soir: Voyage au bout de l'enfer
04122112015-08-24 15:59:532015-08-24 15:59:54FocusPas de parutionReviewArticleLouis DanversPar Louis DanversTéléLeVif Focus

À la télé ce soir: Voyage au bout de l'enfer

Le chef-d'oeuvre de Cimino n'a pas pris une ride!

yesKevin Dochain2015-08-23 07:00:00http://focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-voyage-au-bout-de-l-enfer/article-review-412211.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-voyage-au-bout-de-l-enfer/article-review-412211.htmlhttp://focus.levif.be/culture/tele/http://m.focus.levif.be/culture/tele/
À la télé ce soir: Voyage au bout de l'enfer

Le chef-d'oeuvre de Cimino n'a pas pris une ride! Il nous plonge avec une force vive, intacte, dans la tourmente existentielle de quelques amis partis combattre au Vietnam et qui en reviennent marqués à jamais par l'enfer traversé. Tous trois sont d'origine russe, tous trois sont ouvriers dans la sidérurgie, en Pennsylvanie. Ils aimaient, le week-end, aller chasser le cerf dans les montagnes. Solides et solidaires, ils allaient se voir confrontés à des épreuves atroces, dans la réalité d'une guerre cauchemardesque, dont on peut revenir vivant tout en étant presque mort, à l'intérieur... Emmené par un Robert De Niro intense et un Christopher Walken halluciné, le film nous prend aux tripes et ne nous lâche plus. La mise en scène de Cimino embrassant son sujet de passionnante et douloureuse façon. Un sommet du 7e art!

DRAME DE MICHAEL CIMINO. AVEC ROBERT DE NIRO, CHRISTOPHER WALKEN, MERYL STREEP. 1978.

Ce dimanche 23 août à 20h50 sur Arte.

20danvers-louisJournaliste cinémaDanversLouisreporter/assets/88/avatar_45381.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/louis-danvers-20.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/louis-danvers-20.htmlmeryl streepRobert de NiroMichael Ciminochristopher walken
Michael Cimino: la route cahotante du paradis
Michael Cimino: la route cahotante du paradis
Michael Cimino: la route cahotante du paradis
Michael Cimino: la route cahotante du paradis
Michael Cimino: la route cahotante du paradis
Michael Cimino: la route cahotante du paradis
0115222013-11-26 11:07:442016-07-03 10:31:28Focus VifPas de parutionNormalArticleJean-François PluijgersPar Jean-François PluijgersCinémaLeVif Focus

Michael Cimino: la route cahotante du paradis

Plus de 30 ans après, Heaven's Gate, le chef-d'oeuvre mutilé de Michael Cimino, est enfin visible dans sa version d'origine -la seule ayant l'assentiment absolu du réalisateur. L'occasion d'un entretien, rare et exclusif, avec un cinéaste légendaire...

autoKevin Dochain2013-11-26 11:07:00http://focus.levif.be/culture/cinema/michael-cimino-la-route-cahotante-du-paradis/article-normal-11522.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/cinema/michael-cimino-la-route-cahotante-du-paradis/article-normal-11522.htmlhttp://focus.levif.be/culture/cinema/http://m.focus.levif.be/culture/cinema/
Michael Cimino: la route cahotante du paradis

Michael Cimino est décédé ce samedi 2 juillet. Cet article est initialement paru dans le Focus du 22 novembre 2013.

"Etre infâme n'a rien d'amusant." Invité, en septembre 2012, à présenter la version restaurée de Heaven's Gate au public de la Mostra de Venise, Michael Cimino se fendait d'une formule lapidaire mais explicite. Allusion, évidemment, à l'opprobre dont il allait être l'objet à la suite de l'échec d'un film qui, amputé de plus d'une heure et d'une part de sa chair lors de sa sortie, en 1981, devait être atomisé par la critique américaine, avant de se voir tenu pour responsable de la faillite de la United Artists, pas moins. Mais aussi, parmi d'autres dommages collatéraux, signifier la fin de la parenthèse (dés)enchantée qu'avait constitué le Nouvel Hollywood dans l'Histoire du cinéma américain. Dans la foulée, en effet, les studios décidaient de reprendre la main aux cinéastes/auteurs, Cimino entamant pour sa part une longue traversée du désert, sa carrière étant dès lors moins affaire de coups d'éclat (il y eut certes L'année du dragon) que de pointillés -son dernier long métrage, The Sunchaser, remonte à 1996, depuis quoi il n'a plus tourné qu'un segment du film collectif Chacun son cinéma, intitulé No Translation Needed.

Tomber, et toujours se relever

Trente ans plus tard, le temps a fait son oeuvre. Et tandis que Heaven's Gate a été rendu à sa splendeur d'origine (lire la critique du film dans le Focus du 22 novembre), Michael Cimino navigue pour sa part entre passé et présent, portant sur le premier un regard volontiers caustique -il faut lire, dans Conversations en miroir, la relation, hilarante, qu'il fait de sa perception par les médias américains, prompts à le qualifier tour à tour d'homophobe, de fasciste, de marxiste de gauche (sic) ou encore de spiritualiste New Age, et ne s'embarrassant donc guère, en tout état de cause, de contradictions. Lui porte, sur la question, le sourire de celui qui en a vu d'autres, ce même sourire que l'on devine encore, derrière ses inamovibles lunettes de soleil, lorsqu'on lui rappelle, dans le calme irréel du Salon Royal du Palais des Beaux-Arts qu'il habite de sa frêle présence, sa réflexion vénitienne, pour l'entendre la compléter: "Being famous or being infamous is not fun..."

Entamer un film, c'est comme monter sur un ring.

On serait pourtant bien en peine de déceler, chez Cimino, la moindre trace d'amertume. Lui demande-t-on s'il voit comme la fin d'une malédiction la redécouverte du film, conforme à sa vision, par une nouvelle génération de spectateurs, qu'il précise: "Je ne l'ai jamais ressenti comme une malédiction, pas plus que je n'éprouve un sentiment de revanche, ni de justification. Entamer un film, c'est comme monter sur un ring. Si vous êtes expédié au tapis, vous ne pouvez en imputer la responsabilité qu'à vous-même. Vous avez choisi de monter sur le ring, et vous devez être prêt à tout, à gagner comme à perdre. Il ne faut pas prendre toutes les attaques personnellement. Je n'ai pas éprouvé de ressentiment, mais plutôt un choc, un peu comme si vous conduisiez une voiture splendide et que tout d'un coup, quelqu'un vous fonçait dedans, et que votre véhicule en ressortait à l'état d'épave. Vous êtes juste choqué, et désolé de le voir ainsi réduit en miettes..." Et puisque l'homme aime filer la métaphore sportive, il ajoute encore, à toutes fins utiles: "Vous connaissez le football américain? John Elway, le légendaire quarterback des Broncos de Denver, a déclaré un jour: "Ce n'est pas le nombre de fois où l'on tombe qui importe, mais combien de fois on se relève." Cela dit tout, et c'est l'attitude que j'ai adoptée. Il faut être conscient que l'on se met en danger et que tout est possible, y compris l'éventualité de ne jamais retravailler..." A défaut de tourner, Cimino ne désarme d'ailleurs pas, qui écrit désormais -outre le Conversations en miroir susnommé, on lui doit le roman Big Jane-, sans désespérer de donner le "Moteur" à son adaptation de La Condition humaine, d'après Malraux, l'un de ses nombreux projets restés lettre morte, au même titre qu'un Yellow Jersey qui aurait dû voir Dustin Hoffman sillonner les routes du Tour de France.

En marge, comme ses protagonistes

Des raisons ayant conduit au lynchage dont fut l'objet Heaven's Gate au moment de sa sortie américaine, on en a avancé de nombreuses, et notamment politiques. Après tout, voilà un film qui, revenant sur un épisode particulièrement sombre de l'Histoire états-unienne -la guerre du comté de Johnson- bat en brèche l'idéal d'un American Dream accessible à tous. Cimino, pourtant, se refuse à abonder dans ce sens: "Je ne suis pas politique", martèle-t-il. Et d'y voir, plutôt, le résultat d'une animosité personnelle à son endroit ayant enflé du simple fait qu'il était ce qu'il était -en marge, définitivement, à l'instar des protagonistes de l'ensemble de ses films, du Lightfoot du Canardeur au Stanley White de L'année du dragon, et l'on ne citera que pour mémoire James Averill (Heaven's Gate) ou Mike Vronsky (The Deer Hunter). "J'attribue cela à l'envie. Quand je suis venu en Californie pour la première fois, je n'avais pas l'intention de faire du cinéma. Mes amis, qui vivaient à Laguna Beach, étaient des surfeurs, des motards, des gens qui montaient à cheval ou qui pilotaient des avions. On allait dans le désert de Mojave, on mettait les avions en cercle et on allumait un grand feu de joie où cuire nos steaks. Steve McQueen faisait partie de la bande -c'était un pilote de moto incroyable. Il participait notamment à la Barstow-Vegas Run, 300 miles à travers le désert. Il y a intérêt à être devant, sans quoi on se retrouve dans un nuage de poussière, au risque de foncer dans un obstacle. Et lui était toujours au premier rang. Le samedi soir, on se retrouvait chez l'un ou l'autre, à boire des bières en regardant des vidéos de courses de moto. J'aimais cette culture, on vivait à l'extérieur, c'étaient des gens magnifiques et différents. J'adorais me rendre en Californie, j'y avais une petite amie cascadeuse, je faisais des allers et retours depuis New York. Quand je suis finalement venu m'y installer, j'avais déjà connu le succès dans la publicité. J'avais tout ce à quoi la plupart aspiraient, et même plus: je roulais en Rolls Royce décapotable, la première de ce modèle que l'on ait vue à Beverly Hills, tout le monde devenait dingue sur son passage, j'avais une maison dans un quartier très fermé, les gens ont commencé à éprouver du ressentiment du fait que je n'avais besoin ni d'argent, ni de rien. Le monde du cinéma ne savait pas quoi faire de moi..."

Mon arrivée dans le monde du cinéma a été purement accidentelle.

Il n'aura d'ailleurs besoin de personne, réussissant à convaincre Clint Eastwood, superstar du box-office, à tourner dans son premier film, Thunderbolt & Lightfoot. La suite entrelace histoire et légende. Et le voit, jeune réalisateur de pas même 40 ans, porté au pinacle dès son deuxième long métrage, The Deer Hunter, le film qui l'installe aux côtés des plus grands, et même ceux qu'il considère comme la Sainte Trinité: Ford, Kurosawa et Visconti. Ce à quoi il persiste à dire que rien ne le prédestinait pourtant: "Je suis issu du monde des arts, de la peinture, mon arrivée dans le monde du cinéma a été purement accidentelle", répète-t-il, évoquant une possible erreur, considération qu'il étouffe aussitôt dans un rire. Et à laquelle toute sa personne oppose un démenti éloquent -il suffit, pour se convaincre de la passion qui continue à l'animer, de l'entendre évoquer avec ferveur, le temps de l'une de ces nombreuses digressions dont il aime rythmer la conversation, sa première rencontre avec Umberto Tirelli, le légendaire tailleur de Visconti, avec qui il allait collaborer pour The Sicilian. Et qui lui dira, furieux, et après s'être fait quelque peu prier, ce qu'il assimile à un compliment équivoque: "Putain de merde, je m'étais juré de ne plus jamais travailler aussi dur après la mort de Luchino."

Et puis, il y a les films. Certains, comme The Deer Hunter ou Heaven's Gate, parmi les plus beaux qu'ait jamais produits le cinéma américain, dont l'ampleur, la démesure même, n'ont pas peu contribué à sa "mythitude", suivant son propre néologisme. Clint Eastwood, encore lui, avait ainsi loué son "sens de l'immensité". Revoir La porte du paradis, c'est en avoir l'éclatante démonstration, si besoin. A se demander, d'ailleurs, si un tel film serait encore possible aujourd'hui. La réponse est négative, bien sûr... "Et cela pour diverses raisons. La première tient aux nombreux artisans auxquels il a fallu faire appel pour le film: des fabricants de selles, d'autres de roues de chariots, des wranglers, tous ces gens qui ont aujourd'hui disparu. On ne croise presque plus, de nos jours, de cow-boys en Amérique. Il en reste quelques-uns, mais pour l'essentiel, les gens ne trouvent plus de fierté dans le travail de cow-boy. A la télévision, on peut voir des rodéos dont les participants montent des taureaux. Certains d'entre eux ne savent même pas monter à cheval, ils vont dans une école spéciale où on leur apprend comment enfourcher un taureau. Ils ne portent plus de chapeaux de cow-boys, ils ont des casques, comme au football. De toute façon, il n'y a pas que les artisans qui aient disparu: il serait très difficile de trouver aujourd'hui des acteurs disposés à y consacrer tant de temps, et à prendre des leçons d'équitation, de tir ou de patins à roulettes, et qui soient prêts à s'engager pour la durée et le type d'horaires que nous leur avions soumis à l'époque..." A ces raisons, on en ajoutera une autre: on ne voit guère quel studio serait prêt à se lancer dans une telle aventure, à l'heure où la production hollywoodienne est dominée par les franchises de super-héros. Mais qu'à cela ne tienne, Cimino poursuit sa route, fut-elle cahotante, dont on espère qu'elle le ramènera un jour derrière une caméra...

HEAVEN'S GATE, WESTERN DE MICHAEL CIMINO. AVEC KRIS KRISTOFFERSON, CHRISTOPHER WALKEN, ISABELLE HUPPERT. 1980. 3H37. ED: CARLOTTA. DIST: TWIN PICS.MICHAEL CIMINO, LES VOIX PERDUES DE L'AMÉRIQUE, DE JEAN-BAPTISTE THORET, ÉDITIONS FLAMMARION, 350 PAGES.LOW8pluijgers-jean-francoisJournaliste cinémaPluijgersJean-Françoisreporter/assets/88/avatar_45372.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/jean-francois-pluijgers-8.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/jean-francois-pluijgers-8.htmlMichael CiminoDVDheaven's gate
Michael Cimino présente son chef-d'oeuvre Heaven's Gate à Bruxelles
Michael Cimino présente son chef-d'oeuvre Heaven's Gate à Bruxelles
Michael Cimino présente son chef-d'oeuvre Heaven's Gate à Bruxelles
Michael Cimino présente son chef-d'oeuvre Heaven's Gate à Bruxelles
Michael Cimino présente son chef-d'oeuvre Heaven's Gate à Bruxelles
Michael Cimino présente son chef-d'oeuvre Heaven's Gate à Bruxelles
0108322013-10-15 12:29:23Focus VifPas de parutionNormalArticleJean-François PluijgersPar Jean-François PluijgersCinéma

Michael Cimino présente son chef-d'oeuvre Heaven's Gate à Bruxelles

En partenariat avec Focus, Michael Cimino débarque à Bruxelles pour y présenter Heaven's Gate dans sa version intégrale et restaurée, le 21 octobre prochain à Bozar. Retour sur un chef-d'oeuvre rendu à sa monstrueuse beauté.

2013-10-15 12:30:00LeVif Focusauto2013-10-15 19:23:53http://focus.levif.be/culture/cinema/michael-cimino-presente-son-chef-d-oeuvre-heaven-s-gate-a-bruxelles/article-normal-10832.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/cinema/michael-cimino-presente-son-chef-d-oeuvre-heaven-s-gate-a-bruxelles/article-normal-10832.htmlhttp://focus.levif.be/culture/cinema/http://m.focus.levif.be/culture/cinema/
Michael Cimino présente son chef-d'oeuvre Heaven's Gate à Bruxelles

"Being infamous is not fun." La scène se déroule en septembre 2012, à la Mostra de Venise. Venu y présenter Heaven's Gate dans sa version intégrale, Michael Cimino a des trémolos dans la voix au moment d'évoquer sa longue traversée du désert. Trente ans et quelque -on était alors à l'orée des années 80-, depuis que le film, un pur chef-d'oeuvre, fut l'objet d'un lynchage en règle suivi de mutilations diverses à l'occasion de sa sortie américaine. Avec pour conséquence directe un échec commercial qui devait précipiter la faillite de la United Artists, pas moins. Et pour dommage collatéral la mise au ban de Hollywood d'un réalisateur majeur, l'équivalent, au bas mot, d'un Francis Ford Coppola.

Aux côtés de The Deer Hunter, qui l'avait précédé de trois ans, Heaven's Gate aurait dû parachever le grand oeuvre de son auteur, aller simple d'un Voyage au bout de l'enfer à La Porte du paradis, suivant les titres français de ces deux fresques ayant fait souffler un vent de démesure sur le nouvel Hollywood. En lieu et place de quoi Cimino allait entamer là un parcours chaotique, litanie ininterrompue, ou presque, de vicissitudes et autres revers de fortune; 17 ans, déjà, que l'on attend ainsi le successeur à The Sunchaser, son dernier long métrage à ce jour, et un film valant beaucoup mieux que le dédain critique qui l'accueillit à l'époque. Soit une éternité, traversée par l'intéressé en qualité de "mythitude" (mythood), suivant le néologisme chargé d'ironie féroce et amère imaginé par ses soins dans son deuxième roman, Shadow Conversations (Conversations en miroir, dans sa traduction française, publiée chez Gallimard).

Voir du Mahler

Heaven's Gate rendu aujourd'hui à sa monstrueuse beauté, c'est un peu comme si la malédiction était enfin levée. Michael Cimino ne semble d'ailleurs pas considérer les choses autrement qui, après Venise et Lyon, viendra à l'initiative de Focus présenter le film en personne à Bozar le temps d'une séance unique, en prélude à sa sortie dans un luxueux coffret collector (1). Parler d'événement n'est en l'occurrence nullement usurpé: "Mythood" ou non, le réalisateur appartient de plein droit à la légende hollywoodienne. Quant au film, dont le chef d'orchestre Zubin Mehta devait dire: "Voir Les portes du paradis c'est comme voir du Mahler", il nous parvient enfin dans son ampleur d'origine, conforme à la durée (70 minutes de plus que la version sortie en salles), aux intentions et aux ambitions de son auteur.

Inscrit dans la seconde moitié du XIXe siècle, Heaven's Gate se déroule au coeur du Wyoming, parmi une communauté d'immigrants de l'Europe de l'Est ayant payé de leurs maigres avoirs leur modeste part de rêve américain. Trop, déjà, pour l'association toute-puissante des éleveurs qui vont engager, avec la bénédiction des autorités, un peloton de mercenaires pour éliminer ces empêcheurs de prospérer sans partage. Grande Histoire à laquelle viendra s'en greffer une autre, intime celle-là, dont les protagonistes (les Kris Kristofferson, Christopher Walken et autre Isabelle Huppert, notamment) seront emportés dans le tourbillon des événements.

Rendue à son format et à ses couleurs d'origine, la vision de Cimino prend tout son sens. Celui de l'espace, bien sûr, comme dans l'ensemble de son oeuvre; celui du spectacle, aussi, qu'il s'agisse de mettre en scène l'extraordinaire scène de bal ou le déchaînement de violence final; celui de l'Histoire, aussi, le réalisateur prenant à rebours les mythes fondateurs de l'Amérique pour en livrer une version crue(lle). A quoi s'ajoute une façon toute singulière de glisser de l'intime à l'épique, dans une perspective portée par un puissant souffle lyrique, tandis que le temps y creuse son sillon, donnant à la fresque tragique une nouvelle dimension. Trente-quatre ans après, et à défaut de paradis, il y a là une sorte de rêve de cinéma, enfin retrouvé.

(1) HEAVEN'S GATE, DE MICHAEL CIMINO, EN VERSION INTÉGRALE ET RESTAURÉE. LE LUNDI 21 OCTOBRE À 19H, À BOZAR. LA PROJECTION SERA PRÉCÉDÉE D'UN ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR PAR UN CRITIQUE DE FOCUS. GAGNEZ DES PLACES POUR LA PROJECTION ICI.

COFFRET COLLECTOR HEAVEN'S GATE DISPONIBLE CHEZ TWIN PICS À PARTIR DU 20 NOVEMBRE.

8pluijgers-jean-francoisJournaliste cinémaPluijgersJean-Françoisreporter/assets/88/avatar_45372.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/jean-francois-pluijgers-8.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/jean-francois-pluijgers-8.htmlCinematekMichael Ciminoheaven's gate
En direct depuis la Mostra : Heaven's Gate, Michael Cimino
En direct depuis la Mostra : Heaven's Gate, Michael Cimino
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En direct depuis la Mostra : Heaven's Gate, Michael Cimino
En direct depuis la Mostra : Heaven's Gate, Michael Cimino
En direct depuis la Mostra : Heaven's Gate, Michael Cimino
032562013-03-18 20:24:20Focus VifPas de parutionNormalArticleJean-François PluijgersPar Jean-François PluijgersCinéma

En direct depuis la Mostra : Heaven's Gate, Michael Cimino

Durant cette 69e édition de la Mostra de Venise, retrouvez chaque jour le film coup de coeur de notre envoyé spécial, Jean-François Pluijgers.

2012-09-01 19:55:00LeVif Focusauto2012-09-01 19:54:59http://focus.levif.be/culture/cinema/en-direct-depuis-la-mostra-heaven-s-gate-michael-cimino/article-normal-3256.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/cinema/en-direct-depuis-la-mostra-heaven-s-gate-michael-cimino/article-normal-3256.htmlhttp://focus.levif.be/culture/cinema/http://m.focus.levif.be/culture/cinema/
En direct depuis la Mostra : Heaven's Gate, Michael Cimino

Une fois n'est pas coutume : l'événement du jour, à la Mostra, était à chercher non du côté de la compétition, où l'on a pu voir les quelconques Izmena, du Russe Kirill Serebrennikov, et The Iceman, de l'Américain Ariel Vromen, mais bien du côté des Classics, avec la redécouverte du Heaven's Gate, de Michael Cimino, projeté dans sa version intégrale de 219 minutes . Trente-trois ans que les cinéphiles attendaient cela, si bien que le réalisateur, visiblement ému - " Being infamous is not fun ", expliquera-t-il avec des trémolos dans la voix - avait tenu à faire le déplacement. L'histoire de Heaven's Gate est connue, les dépassements de budget et le flop commercial du film ayant précipité la faillite de la United Artists (qui allait mutiler le grand oeuvre de Cimino en l'amputant de 70 minutes), non sans provoquer, indirectement, la fin du Nouvel Hollywood. Restauré à l'initiative de Criterion, ce western nous revient dans une version conforme aux intentions, et aux ambitions du réalisateur de The Deer Hunter - d'une ampleur rare. Inscrit dans la seconde moitié du XIXe siècle, Heaven's Gate se déroule au coeur du Wyowing, parmi une communauté d'immigrants d'Europe de l'Est ayant payé de leurs maigres avoirs leur modeste part de rêve américain. Trop, en l'occurrence, pour l'association toute puissante des éleveurs qui vont engager, avec la bénédiction des autorités, un peloton de mercenaires pour venir liquider ses empêcheurs de prospérer sans partage. Grande histoire à laquelle viendra s'en greffer une autre, intime celle-là, dont les protagonistes seront emportés dans le tourbillon des événements. Rendue à son format et ses couleurs d'origine, la vision de Cimino prend tout son sens - celui de l'espace, bien sûr, comme dans tout son cinéma ; celui du spectacle, aussi, qu'il s'agisse de mettre en scène l'extraordinaire scène de bal ou le déchaînement de violence final ; celui de l'Histoire, aussi, le réalisateur prenant à rebours les mythes fondateurs de l'Amérique, pour en livrer une version crue(lle). A quoi s'ajoute une façon toute singulière de glisser de l'intime à l'épique, dans une perspective portée par un puissant souffle lyrique, tandis que le temps y creuse son sillon, donnant à la fresque une nouvelle ampleur tragique. Trente-trois ans après, et à défaut de paradis, on y aura trouvé une sorte de rêve de cinéma - un chef-d'oeuvre rendu à sa monstrueuse beauté.

8pluijgers-jean-francoisJournaliste cinémaPluijgersJean-Françoisreporter/assets/88/avatar_45372.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/jean-francois-pluijgers-8.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/jean-francois-pluijgers-8.htmlMostra de VeniseHeaven's GateMichael CiminoIzmenaKirill SerebrennikovThe IcemanAriel Vromen