Critique | Musique

Ty Segall – Sleeper

Ty Segall © DR
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

ROCK | Ty Segall a débranché sa guitare électrique. A perdu son père et hait sa mère. Il déballe avec Sleeper un album cathartique et solitaire au psychédélisme acoustique.

Ty Segall - Sleeper
© DR

L’an dernier, Ty Segall a enterré son paternel qui se battait depuis plusieurs années contre le cancer. Le Kreun s’en souvient: le Californien en avait annulé son concert courtraisien. Plutôt que de se saouler, de se camer, de péter les plombs ou de se faire sauter le caisson, le chevelu a préféré s’asseoir et tenter de se soigner comme il pouvait en écrivant une poignée de chansons. Le temps d’une grossesse plus tard, elles peuplent aujourd’hui Sleeper. Disque au calme surprenant pour un jeune excité de 26 ans qui vient de se tailler une fameuse réputation avec des albums à l’électricité nerveuse et des concerts à l’énergie aussi dévastatrice que salvatrice.

Segall avait déjà tenté le coup sur commande, quand en 2010, Social Music (un label de Portland qui a sorti des cassettes d’Ali Farka Touré, déterré des raretés du formidable one-man-band Abner Jay, défendu Jeff Mangum et Sir Richard Bishop) lui avait proposé d’enregistrer un album folk. L’idée lui avait plu mais le blondinet l’avait rapidement abandonnée, incapable d’écrire autre chose que des morceaux bruyants et furieux.

A travers les dix titres calmes, dépouillés et tourmentés de Sleeper, Segall relève désormais le défi. Rend hommage à son père et règle quelques comptes avec sa mère (Sweet C.C., She Don’t Care).

En septembre, Segall, qui trime comme une fourmi, sortira sur In The Red (le garçon aime jongler avec les labels), le premier album de Fuzz. Son trio avec Charlie Moothart et Roland Casio dont il est le batteur/chanteur -projet qui fera un petit détour par l’Orangerie du Botanique le 25 septembre. Pour Sleeper, par contre, Ty a retrouvé ses habitudes de solitaire et enregistré tous les instruments à l’exception de quelques cordes confiées à son pote Dillon Watson.

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De son propre aveu, Sleeper contient les textes les plus authentiques qu’il a écrits depuis longtemps. « Certaines chansons, reconnaissait-il récemment dans le Rock & Folk, vont jusqu’à évoquer le fait que je hais ma mère. » Exit le son rageur, garage, punk, grunge, les références à Jay Reatard et autres énervés d’un rock plus ou moins psychédélique: le Ty Segall « dormeur » fait plutôt écho à John Fahey, Donovan, Bert Jansch, John Lennon, Syd Barrett…

Enregistré avec du matos rudimentaire chez lui, dans son appartement du centre-ville de San Francisco, juste avant qu’il déménage à Los Angeles, Sleeper dévoile une nouvelle facette d’un des mecs les plus doués, bosseurs, étrangement simples et sains du rock business.

The Man Man a beau s’emballer, Crazy (« He’s here, he’s still here but she’s crazy ») reste la perle d’un album qui s’apprivoise et pénètre au fil des écoutes les âmes sombres d’endeuillés que nous avons tous été. Respect.

TY SEGALL, SLEEPER, DISTRIBUÉ PAR DRAG CITY.

LE 25/09 (AVEC FUZZ) AU BOTANIQUE ET LE 04/12 AU VK.

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