Humour et actualité: "Aujourd'hui, tout est pris au premier degré ou presque"

06/05/17 à 09:00 - Mise à jour à 05/05/17 à 15:30

Source: Communiqué

Pour la 3e édition du festival Kermezzoo, Pierre-Emmanuel Barré, Dédo, Walter et Maxime Gasteuil seront sur scène avec des spectacles inédits en Belgique. Nous les avons rencontrés.

Humour et actualité: "Aujourd'hui, tout est pris au premier degré ou presque"

Dédo, Walter, Pierre-Emmanuel Barré et Maxime Gasteuil © DR

Humour, danse, concerts et spectacles pour enfants: l'édition 2017 du festival Kermezzoo, qui se déroulera au Parc du Cinquantenaire du 5 au 21 mai s'annonce prometteuse. Une belle brochette d'artistes français et belges sera présente sur scène. Parmi ceux-ci, on retrouve notamment les humoristes Pierre-Emmanuel Barré et Dédo, qui présenteront Les Insolents, en compagnie de Blanche Gardin, Antoine Schoumsky, Bruno Hausler et Aymeric Lompret; mais aussi Maxime Gasteuil, qui jouera aux côtés de Kyan Khojandi, Thomas Wiesel, Pierre Croce et Navo pour le spectacle One Night Stand; et Walter, qui mettra la Belgique à l'honneur dans From Brussels With Laugh, soutenu par Guillermo Guiz, Kody Véronique Gallo et Freddy Tougaux.

C'est dans le cadre magique de la salle des Folies Bergères parisienne que ces 4 artistes nous en dévoilent un peu plus sur les différentes facettes de leur métier.

Un métier plus compliqué que ce que l'on peut croire, semble-t-il. "C'est dur de se renouveler, de faire des trucs différents tous les jours, d'avoir des spectacles un peu intemporels: on n'a pas toujours le temps de faire évoluer nos sketches", explique très sérieusement Pierre-Emmanuel Barré. Une difficulté d'autant plus grande si on essaie de traiter des sujets sensibles et actuels, selon Dédo. Mais le manque d'inspiration n'est pas le seul obstacle qui se dresse sur leur route. Le débat sur la liberté d'expression que le monde connaît est toujours en cours et amène son lot de problèmes: procès d'intention, poursuites judiciaires et mauvaise interprétation du public sont le quotidien de ces défenseurs du rire.

Un croisement risqué pour certains...

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Si les gens n'apprennent les faits que par la rigolade, ça développe un cynisme malsain.

Walter

D'après Walter, ancien chroniqueur chez France Inter devenu humoriste, traiter l'actualité sous un angle comique n'est pas chose aisée, surtout à notre époque, celle de l'instantanéité: "Je pense qu'on n'a jamais pu dire si peu de choses depuis une quarantaine d'années. On se retrouve dans le même cadre que le cinéma américain à l'époque du code Hays, qui obligeait les cinéastes à trouver toutes sortes de contorsions visuelles et intellectuelles pour dire les choses sans les dire. Les humoristes doivent également opérer de cette manière actuellement: on est dans une société de défiance où tout est sujet à interprétation. Tout est pris au premier degré ou presque. C'est très difficile de surfer sur l'actualité." Walter ajoute que ce traitement de l'information par le rire, la moquerie et la dérision n'est, en soi, pas une si bonne chose: "À la base, il y avait une distinction très claire entre les articles qui exposaient des faits et les éditoriaux qui exposaient des opinions de personnes. On n'avait pas un article qui mélangeait les deux. Si les gens n'apprennent les faits que par la rigolade, ça développe un cynisme malsain." De plus, un risque omniprésent de censure et de critique pèse sur ces artistes, fervents défenseurs de la liberté d'expression, si bien qu'on constate une forte tendance à revenir vers des sujets plus personnels, plus intemporels.

... mais bénéfique pour d'autres

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Je pense qu'il est important de faire du bien aux gens en désacralisant la haine et les mauvais côté du truc.

Maxime Gasteuil

L'avis de Walter n'est pourtant pas forcément partagé par ses confrères présents: Maxime Gasteuil n'aborde pas de "sujets brûlants au niveau de la liberté d'expression", comme il le dit. Pourtant, il n'hésite pas à défendre ceux qui le font: "J'ai plein de potes qui traitent des sujets politiques et le communautarisme pour désacraliser ou avouer des méfaits qui se passent dans le monde. Je pense que c'est important d'avoir des humoristes qui continuent à traiter ce genre de sujet avec autant de talent, même si moi je n'ai pas les connaissances pour le faire", nous confie-t-il avec modestie. Dédo, lui, avance, avec conviction, que le fait de pouvoir parler de n'importe quelle information de manière marrante et fun est plutôt positif: "Il y a plein de gens qui peuvent être rebutés par le côté un peu ennuyant des informations par moment. Si on arrive à vulgariser ça, de façon marrante, et que ça peut attirer des gens qui ne se seraient pas intéressés au sujet autrement, pourquoi pas?" Pierre-Emmanuel Barré renchérit: "Le côté ludique et humoristique du traitement de l'information fait que le discours passe mieux, les gens y sont plus attentifs. On écoute plus un discours avec des blagues dedans qu'un discours sans, parce que ça divertit!" Maxime Gasteuil partage à peu près la même opinion. Il insiste sur l'importance de traiter l'information avec une juste dose de rire: non seulement pour les raisons qu'ont avancées Dédo et Pierre-Emmanuel Barré, mais surtout parce que ce traitement humoristique apporte une touche de légèreté parfois nécessaire: "On est quand même tabassés du matin au soir par des médias qui sont assez durs en ce moment, surtout avec ce qu'il se passe dans le monde, les guerres, les attentats, etc. Je pense qu'il est important de faire du bien aux gens en désacralisant la haine et les mauvais côté du truc", certifie Maxime.

Une question de choix

Certains font le choix d'affirmer leurs opinions, d'autres choisissent de taire leur avis, comme Walter l'a fait pour les élections présidentielles 2017. "Honnêtement, je me suis tu sur les réseaux sociaux. Il y a beaucoup trop de bruit sur ce sujet. Tout le monde a son avis sur la question, les gens sont complètement hystériques. Je me suis retenu de poster certaines blagues que je trouvais objectivement très amusantes, parce que je savais que ça ferait des vagues, qu'on m'accuserait de prendre parti", raconte-t-il, légèrement déçu. Pierre-Emmanuel Barré, lui, a fait le choix opposé: après avoir vu sa chronique censurée par France-Inter, notre homme a décidé de claquer la porte de l'émission, préférant diffuser son billet par ses propres moyens, plutôt que de devoir taire son avis.

Une chose est sûre: les avis divergent, même au sein de la communauté des humoristes. Le débat sur la liberté d'expression est loin d'être terminé et suscite un engouement médiatique manifeste et amplifié par les réseaux sociaux. Un sujet à suivre de près...

Calvin Van der Ghinst

Kermezzoo 2017, jusqu'au 21 mai au Parc du Cinquantenaire, Bruxelles. www.kermezzoo.be

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