[Critique théâtre] Moi, Frankenstein, six mètres de haut

14/03/18 à 14:49 - Mise à jour à 14:48

Un pantin géant à fils, un casting belgo-allemand, une musique live dramatique et quelques touches d'humour: le Frankenstein monté par Jan-Christoph Gockel au Théâtre National est aussi impressionnant que décousu.

[Critique théâtre] Moi, Frankenstein, six mètres de haut

Frankenstein, au Théâtre National. © Hubert Amiel

Il y a au coeur de ce Frankenstein mis en scène par l'Allemand Jan-Christoph Gockel une idée assez géniale: faire interpréter la créature née en 1816 dans l'imagination de Mary Shelley par une marionnette géante, en dressant ainsi un parallèle poétique entre Victor Frankenstein donnant la vie à son monstre et le marionnettiste animant sa création. Et il faut dire que les séquences où le pantin de six mètres de haut conçu par Michael Pietsch et manipulé à vue sur scène par les six comédiens et trois assistants, prend vie, se lève, marche, saute et interagit avec une autre marionnette de plus petite taille sont vraiment spectaculaires, voire carrément magiques. Rien que cela vaut le déplacement.

La particularité de cet immense Frankenstein à fils est qu'il intègre dans ses membres et dans son tronc des objets personnels, souvenirs de personnes défuntes collectés auprès de Bruxellois qui ont été invités à livrer à l'équipe artistique les histoires et anecdotes y étant liées. Histoires qui se mélangent à l'intrigue déjà complexe du roman de Shelley, dans une superposition de passé et de présent séduisante dans son concept mais qui dans les faits dilue la sauce, multiplie à outrance les arcs narratifs et risque de perdre le spectateur en chemin. Le dédale spatio-temporel est rendu plus labyrinthique encore par le fait que tous les acteurs -parmi lesquels on reconnaît l'exubérant Américain Bruce Ellison, chanteur de PPZ30, voix de l'Indien dans Panique au village et compagnon d'armes du Magic Land Théâtre- peuvent jouer tous les rôles, Victor Frankenstein (l'Allemand Thomas Halle, surtitré) et sa soeur adoptive Elisabeth (Léone François, comme toujours lumineuse) s'échangeant par exemple leurs personnages en même temps qu'une robe.

Frankenstein est un spectacle qui, à l'image de sa créature aux innombrables points de suture, peine à former un ensemble homogène de ses parties hétéroclites, mais offre une réflexion subtile sur la manière de garder vivants ceux qui ont disparu.

Frankenstein: jusqu'au 17 mars au Théâtre National à Bruxelles, www.theatrenational.be

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