[Critique théâtre] Guerre, entre ciel et terre

19/03/18 à 14:47 - Mise à jour à 14:46

Le Festival Up! accueillait ce week-end la première belge de Guerre, aspiration vers les hauteurs chorégraphiée par Samuel Mathieu. Un diamant brut acrobatique qui a laissé bouche bée.

[Critique théâtre] Guerre, entre ciel et terre

Guerre, de la Cie Samuel Mathieu © Pierre Ricci

L'événement prenait place à la fois dans le cadre de Brussels, dance! et dans celui du Festival Up!, à l'exact croisement entre la danse contemporaine et des arts du cirque. Présenté pour la première fois en Belgique, pour deux représentations à la Raffinerie de Charleroi danse, Guerre réunit sur un même plateau au tapis d'un noir presque laqué trois danseurs et trois "sanglistes". Comprenez, pour ce dernier terme, des circassiens spécialistes des sangles, discipline d'acrobatie aérienne trouvant ses origines en Chine.

Ils sont donc six, pour trois paires de sangles, encadrés par trois écrans blancs qui ne recevront pas de vidéo mais les couleurs de la lumière et leurs ombres portées des interprètes. Six à évoluer sur une trame conçue par le chorégraphe français Samuel Mathieu, lointainement inspiré par le synopsis d'un spectacle qu'imagina Yves Klein dans les années 50 et intitulé La Guerre (de la ligne et de la couleur). Pourtant, ce sont moins les compositions de l'inventeur de l'International Klein Blue que ce Guerre évoque que la fameuse photo en noir et blanc de 1960 où le plasticien semblait prendre son envol, s'élançant dans le vide d'un pilier dans une rue de Fontenay-aux-Roses. Car c'est bien d'une lutte pour s'arracher au sol d'Icare contemporains qu'il est ici question.

Il faut avoir soupesé la lourdeur pour apprécier pleinement la légèreté et avoir entendu la dissonance pour prendre toute la mesure de l'harmonie. Fort de ce principe, Samuel Mathieu fait chauffer les oreilles de son public avec des sifflements à la limite du supportable et déploie une danse écrasante, presque violente, avant de transporter l'assistance dans de purs moments de grâce où les artistes semblent libérés de la pesanteur, circulant comme des patineurs ailés, atterrissant tels des oiseaux à la surface d'un lac, se croisant comme des planètes en orbite ou mettant toutes leurs forces à s'élever toujours plus haut, en frôlant le public du bout de leurs orteils. Le Festival Up! n'a sans doute jamais aussi bien porté son nom qu'ici. On en veut encore!

Guerre: vu le 18 mars à la Raffinerie, à Bruxelles, dans le cadre du Festival Up!, qui se poursuit jusqu'au 25 mars. www.upfestival.be

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