"Une très courte vue démontrant le plus crasse des égoïsmes"

01/06/16 à 11:50 - Mise à jour à 11:49

Parce qu'il lui est de plus en plus difficile de séparer son activité de conseilleur musical (futile activité, lui semble-t-il, par les temps qui courent) de l'observation du monde qui l'entoure et qui lui semble de plus en plus absurde, Deejay Kwak ne peut s'empêcher de parler politique. Tout en continuant à proposer de nouvelles choses. IMHD S5E23.

"Une très courte vue démontrant le plus crasse des égoïsmes"

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Pendant que notre état fédéral, en bon schizophrène qu'il est, se plaint, d'une part du Belgium bashing et de l'appellation contrôlée "Failed state"; il se pare, par ailleurs des atours du dogmatisme le plus absolu en dénigrant la concertation sociale et en poursuivant une politique d'austérité, que même ses tenants les plus sérieux (le FMI) dénonce de plus en plus régulièrement comme absconse et contreproductive en termes macro-économiques. Que les différents corps de l'État (police, justice, armée, j'en passe...) élèvent de plus en plus la voix pour dénoncer l'absurdité sans recevoir même de réponse à leurs questions et revendications me laisse très songeur. Je donnerais cher pour savoir pourquoi et comment on en est parvenus à accepter le dogme selon lequel un État doit être géré comme une entreprise privée, dont certaines ont sûrement plus de déficit que les trois pourcents imposés aux États de l'Union européenne. Être impactés par une grève semble plus gênant pour certains que de l'être dans son taux d'imposition, dans son droit à des institutions publiques qui fonctionnent convenablement, que d'être dans la nasse d'un discours perpétuellement clivant et stigmatisant. C'est absurde. C'est aussi une très courte vue démontrant le plus crasse des égoïsmes.

Dernier avatar de l'"obligation de résultats" (quand bien même, leurs résultats furent faibles et que je n'en suis pas fanatique absolu), le passage au bleu de l'émission Entrez sans frapper des compères Colin et Van Buggenhout sur La Première. Audiences faibles pour contenu (majoritairement) de qualité, la dilution du service public dans une forme certaine de marchandisation et de nivellement par le bas. En somme, ce serait "comme je ne suis pas lu, je vais écrire sur de la musique commerciale, chose que d'autres feront mieux que moi". J'ose espérer que ce n'est pas une émission façon Benjamin Maréchal qui les remplacera.

Se plonger dans les mémoires de Georges Clinton (1) (achetées durant mon séjour à New York), c'est replonger dans 50 années de pop-music au sens américain du terme, approcher Motown, James Brown, Sly Stone, Prince, Dionne Warwick, Myriam Makeba, des épisodes délirants de tournée, des gags, des histoires à dormir debout de drogues et de salon de coiffure, de managers, de maisons de disques (que ne renierait pas Nick Tosches dans Save the Last Dance for Satan); c'est surtout embarquer dans 50 ans de culture noire populaire. Du doo wop aux débuts du hip hop. Visiter la Virginie, Jersey City, Detroit, LA, voyager à travers le monde. Bref, approcher la réalité quotidienne d'un visionnaire fou furieux et de son gang à travers sa carrière. Passionnant de bout en bout, sidérant par endroits, le livre se laisse lire comme on regarde une bonne série, un bon match de foot ou un bon film à rebondissements multiples.

La vente des disques de Radio France, annoncée à grand renfort de pub, et qui aura lieu le 19 juin, ravira surtout les japonais, qui y trouveront une tripotée de Graals en tous genres (psyché rock et freak beat français, disques ethnographiques africains, raretés soul ou musique électronique expérimentale, entre autres) qui seront les seuls à pouvoir enchérir sans se faire trouer le slip, voire même faire une décente marge bénéficiaire sur les ventes des lots acquis. Je rêverais d'être une mouche dans la salle de vente pour entendre les prix délirants auxquels ces lots vont être adjugés.

M'ont bien plu ces dernières semaines:

Quatre semaines sans chroniques ni radio, et l'impression, pourtant, de n'avoir pas chômé. Je ne m'étendrai ni sur le pourquoi, ni sur mes probables manquements organisationnels, mais pas de doute possible en ce qui me concerne. Être parent célibataire, c'est le mouvement perpétuel, la course permanente, je tire mon chapeau à celles et ceux qui arrivent à combiner boulot, maison et loisirs (le cas échéant) sans coup férir.

Samedi, c'est la réunion de famille chez Strictly Niceness. Retour en arrière. Juin 2002. DJ Eleven et moi-même décidions de célébrer nos anniversaires respectifs en organisant une soirée sans prétention, soirée durant laquelle nous jouerions du funk, de la soul, du disco, du hip hop, du reggae, toutes ces musiques d'origine africaine et afro-américaine, que nous trouvions oubliées dans les clubs et les bars de Bruxelles malgré l'omniprésence de leur héritage direct: la house music, la techno. Juin 2016, Strictly Niceness a 14 ans. Quatorze années à suivre notre chemin, notre voie, pour le plaisir de tous ceux qui, aux cours de ces années sont venues danser avec nous. On a fait du chemin. On a traversé des rivières, des modes, on a reçu des grands noms tels que Gilles Peterson, Benji B, Lefto, DJ Spinna, Dimitri From Paris, les disco-bars de Bruxelles ont tous leurs soirées "black music" peu ou prou régulières, et nous sommes restés tels que nous sommes. Intègres. Nous nous souhaitons bon anniversaire. Soyez-y les bienvenus.

En vous souhaitant une excellente semaine, je vous demande la route. Quoi que vous fassiez, faites-le bien.

(1) George Clinton with Ben Greenman, Brothas be, yo like George, ain't it funkin kinda hard on you?, Atria Books (non traduit)

À VOIR, DANSER CETTE SEMAINE

31/05/16: FREDDIE GIBBS @ ANCIENNE BELGIQUE

04/06/16: 2 BAL 2 NEG + ARAL & SAUZE @ VK

04/06/16: STRICTLY NICENESS BIRTHDAY PARTY W/ SUSPECT, REEDOO, ELEVEN & KWAK

16/06/16: EPMD + ARAL & SAUZE @ VK

ALBUMS

+/ Gregory Porter: Take Me to the Alley (Blue Note) / jazz

+/ Melanie De Biasio: Blackened Cities (Pias) / jazz

+/ The Isley Brothers: Givin it Back (T Neck) / soul

SINGLES & EP'S

+/ Cuttlefish & Aspargus: Rough Times EP (Kalakuta Soul) / disco-boogie

+/ Moses Boyd: Rye Lane Shuffle (Exodus Records) / Jazz

+/ Foreign Beggars feat. Machinedrum, Fracture & Ocean Wisdom: 100 Standard (Par Excellence) / grime

+/ DJ Numark feat. Laudir De Oliveira: Oya Indebure (White) / Brasil-house

+/ A Hundred Birds: Discovery EP (BBE) / Disco

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