Un Bourgmestre de Nuit pour Bruxelles? Demandez le programme!

13/05/13 à 10:00 - Mise à jour à 15/05/13 à 10:51

SORTIE DE ROUTE | L'idée d'un Bourgmestre de Nuit pour Bruxelles a rencontré quelque intérêt parmi nos lecteurs et chez les amis de notre chroniqueur. L'un d'eux a même imaginé ce qui s'apparente à un véritable programme politique!

Un Bourgmestre de Nuit pour Bruxelles? Demandez le programme!

© DR

Il y a quelques semaines, était évoquée dans cette chronique l'idée de doter Bruxelles d'un Bourgmestre de Nuit. "Quelqu'un connaissant bien le terrain et les moeurs actuels, idéalement issu de la génération Y plutôt qu'affichant le double de l'âge des plus jeunes clubbeurs. Quelqu'un d'altruiste, ouvert et documenté, actif, avec aussi les reins assez solides pour ne pas les courber à la première mauvaise enroule proposée par un cabinettard mité. Quelqu'un qui ne soit ni frivole, ni politiquement placé, et reçoive de l'establishment politique suffisamment de latitude pour produire autre chose que du gaz." Ce week-end, mon bon ami Docteur Lo, vieil activiste des nuits underground, concepteur de flyers et occasionnellement deejay, me disait avoir dressé la liste de différentes mesures qui, selon lui, nuisent à la vie nocturne locale et, mieux encore, avoir pensé à des solutions. Un véritable programme politique, en d'autres termes, quasi une vraie candidature au titre de Bourgmestre de Nuit. Tout cela certes pensé et écrit avec le sourire mais sur le fond tout à fait sérieux et aussi bien conscient qu'il y a dans ces propositions une bonne dose d'utopie, de quoi lancer des grosses polémiques ainsi qu'un parti-pris d'obédience plutôt très libertaire avec lequel on peut politiquement ne pas être d'accord. Bref, nous voilà mine de rien en plein débat de fond, qui devrait en principe inspirer des contre-propositions, des réflexions et des améliorations. Affaire à suivre?

Docteur Lo: "Bruxelles est une ville moche, sale, au plan de mobilité catastrophique, aux transports en commun foireux. Elle n'a pas l'attrait culturel de Paris, Londres ou Berlin et ne bénéficie pas d'un climat qui en fasse un pôle touristique comparable aux villes du Sud. Sa vie nocturne est potentiellement déterminante, indirectement ou directement, sur la culture locale, mais la politique de destruction des activités noctambules que mènent depuis déjà de nombreuses années les élus, de droite comme de gauche, a pour effet la fuite de beaucoup d'acteurs de la vie culturelle vers Paris, Berlin ou Londres. Tuer la nuit à Bruxelles, c'est tuer notre culture." Pour y remédier, voici quelques solutions possibles:

1. Supprimer tout règlement sur les heures d'ouverture et de fermeture de n'importe quel établissement ou commerce.

2. Diminution drastique, voire suppression, des accises sur l'alcool, afin que les établissements puissent pratiquer des tarifs abordables par tous.

3. Autoriser la cigarette dans les établissements à partir de 21h.

4. Immunité à la loi sur le tapage nocturne pour tout rassemblement festif de plus de 300 personnes.

5. Exonération de toutes taxes (patente, SABAM, etc.) pour tout rassemblement festif de moins de 300 personnes.

6. Dépénalisation de toutes les drogues. Les budgets alloués au répressif sont transférés au préventif et à l'information.

7. Suppression des limiteurs de son mais obligation de fournir des protections auditives à la clientèle qui le demande.

8. Gratuité obligatoire de l'eau dans tout établissement ou évènement festif.

9. Concernant les initiatives festives dans les espaces publics, à l'instar des raves et des free parties: constituer une charte de respectabilité et de sécurité, qui comprendrait une série de points à respecter par les organisateurs. Par exemple: voies d'accès obligatoires pour ambulances et pompiers, nettoyage du lieu le lendemain, etc. Si cette charte est respectée, les pouvoirs publics ne pourraient en aucun cas annuler ou interrompre ce genre d'évènement.

10. Concernant la sécurité dans la ville: partir du principe que l'insécurité et la violence urbaine naissent du fait que les rues sont vides dès le soleil couché. La vie nocturne peut justement relever de la solution à ces problèmes, la ville déserte donnant une impression d'impunité aux personnes mal intentionnées. Proposer des "stewards" chargés de calmer les débordements minimes dans un esprit de dialogue, la police n'intervenant que dans les cas de violence physique et de dégradations de biens. Ces stewards ont également un rôle de conseillers, chargés, par exemple, de convaincre les personnes en état d'ébriété de ne pas utiliser leur véhicule et de les diriger vers des solutions alternatives (taxis, STIB, hôtel, etc.). Penser aussi à des "tea-rooms de garde" où déssaoûler sans passer par la cellule de dégrisement du commissariat.

Utopiste? Naïf? Anarchiste? Irresponsable? Chichiteux? La porte ouverte à la barbarie? Si vous avez mieux à proposer, on n'attend que vous! Ce n'est pas que ça urge. Mais presque, vu la situation de plus en plus dramatique de l'état de la nuit, pas que locale. Allô, quoi...

Serge Coosemans (avec Docteur Lo)

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