The Black Keys: "on est juste 2 ploucs du Midwest"

05/12/11 à 12:35 - Mise à jour à 12:34

Boum! Après le carton de Brothers, les 2 Black Keys reviennent en fanfare avec le rutilant El Camino. Du rock sexy et saignant, volontairement un peu couillon.

The Black Keys: "on est juste 2 ploucs du Midwest"

The Black Keys - Dan Auerbach et Patrick Carney © Danny Clinch

The Black Keys, El Camino 3, Warner. En concert à la Lotto Arena, Anvers, le 23/01.

Confirmation: Dan Auerbach a bien quelque chose de Diabolo -le chien Hanna Barbera, pas le yo-yo chinois. Le regard, la pilosité, quelque chose comme ça. Le rire dément? Un peu moins... Dans le centre d'Amsterdam, un grand hôtel, une grande salle de déjeuner, et une longue table remplie de journalistes attendant leur tour. World promo tour, ton univers impitoyable... Le chanteur-guitariste des Black Keys, gros succès public et critique 2010 avec Brothers, fait front. On est comme ça chez les Black Keys, binôme formé avec le batteur Pat Carney: bosseurs, durs au mal. Il y a 10 ans, ils sortaient un premier disque blues-rock, batterie-guitare, 4 pistes pas une de plus, cagneux et cogneur. Au passage, le duo se faisait embarquer dans la vague garage-rock du moment: The White Stripes, The Strokes, The Hives, The Kills, The Dirtbombs... Une décennie plus loin, alors que la plupart des précités sont rentrés dans le rang, les Black Keys n'ont jamais autant cartonné. "Ce n'était pas du tout prévu. Le morceau Tighten Up a commencé à tourner en radio. Et cela nous a ouvert pas mal de portes."

Black Eyed Keys

Malgré le succès, l'humilité et le second degré restent de mise. Cela peut toujours servir: quand ils reçoivent un MTV award en 2010, le trophée est gravé au nom des Black... Eyed Peas. Lol, coup de gueule, et excuses de la chaîne musicale, mais un signal quand même: les Black Keys ont franchi un cap. Invités sur le plateau du Colbert Report, l'un des plus fameux late shows américains, ils affrontent les Vampire Weekend lors d'un sketch mémorable. But de la "battle: désigner le groupe le plus "vendu" des 2, le gagnant étant celui ayant placé sa musique dans le plus de publicités. "Avons-nous vendu notre âme?... Je ne sais pas... Vous connaissez probablement l'histoire: on nous a proposé pas mal de sous pour une pub, 225 000 dollars exactement. C'était à l'époque de notre 2e disque (Thickfreakness, en 2003, ndlr). On a dit non. A ce moment-là, on était en pleine tournée, juste à 2. On voyageait dans un minivan un peu merdique, et le soir on dormait à l'arrière. On se tapait tous les jours entre 9 et 12h de route pour arriver à l'endroit du concert, où l'on se faisait 50 dollars. Soit. Le truc, c'est qu'on réalisait notre musique nous-mêmes, dans notre cave, pour 3 fois rien. Il n'y avait rien en nous ou dans ce qu'on faisait qui se rapprochait d'un quelconque compromis. A partir de là, on a réalisé qu'on avait pris une décision très conne. Refuser l'argent que nos parents auraient mis plusieurs années à gagner était même quelque part insultant. Depuis lors, on continue à dire non à certaines choses, mais sans se fermer complètement."

Poseurs

Aujourd'hui, la camionnette dont parle Auerbach n'a pas tout à fait disparu. Elle apparaît en effet sur la pochette d'El Camino, le nouvel album du duo, taillé pour la route. Le premier single, Lonely Boy, a donné le ton: direct, saignant, sexy, fendard aussi. "On a essayé de faire un disque qu'on pourrait jouer facilement live. Brothers était vraiment un disque de studio, plus lent, au spectre plus large, pas toujours aisé à recréer sur scène. Pour le coup, on a voulu à nouveau simplifier notre musique. La base même des morceaux a été jouée quasi live, soit la batterie et la guitare enregistrées en une prise." C'est assurément la formule avec laquelle les Black Keys se sentent le plus à l'aise. Du rock qui ne se prend pas la tête, droit au but, qui évite de compliquer les choses ou de rallonger la sauce inutilement -"On est très bons pour savoir quand il faut s'arrêter", sourit Auerbach.

Question classique alors: comment conserver spontanéité et fraîcheur après 10 ans passés autour des mêmes accords? "C'est simple: on répète le moins possible." C'est le modèle Ramones et leurs morceaux aussi basiques qu'éternellement jouissifs. Les Cramps aussi, originaires d'Akron (Ohio), comme les Black Keys. "Leur musique est géniale, avec tout ce côté débile, sexuel, immature, leurs rythmiques d'hommes des cavernes... En fait, je n'aime pas la musique intelligente. Je n'aime pas non plus les gens intelligents (rires)." Ce n'est pas seulement une boutade. Auerbach et Carney adorent se réfugier dans la posture d'idiots savants. Un vrai sacerdoce. Même quand Auerbach évoque les Clash, il n'en retient que les fulgurances pour balayer joyeusement le côté politique du groupe punk. "C'est ce qui m'intéresse le moins chez eux. Puis on peut dire ce qu'on veut, leur attitude était quand même très arrogante. Regardez n'importe quelle photo de l'époque! Des vrais poseurs! (rires). Ils étaient fringués, coiffés, ils savaient très bien ce qu'ils faisaient."

Au passage, Auerbach oublie quand même de dire que les Black Keys ont joué pour Obama. "Oui, bon, OK... Mais il n'empêche qu'en général, je n'aime pas trop mélanger les genres." A la place, les Black Keys cultivent donc l'image d'un groupe de prolos, artisans doués certes, mais surtout bosseurs. "Bah, je pourrais faire comme Tom Waits et créer une sorte de personnage. Mais en gros, on est juste 2 ploucs du Midwest. Le genre de coin où les mecs triment. On a toujours misé là-dessus. En gros, on a bossé comme aucun autre groupe autour de nous, on a bouffé plus de miles, donné plus de concerts... Le fait est que, quand vous venez d'un bled comme Akron (ils habitent désormais à Nashville, ndlr), vous vous sentez toujours comme un outsider. Vous ne faites partie d'aucune des grandes scènes qui sont sur les côtes. Il n'y a aucun endroit où jouer, le plus proche étant à une heure de bagnole. Donc voilà notre histoire. Ce n'est pas très intéressant. Mais c'est ce que nous sommes." Les Black Keys, ces working class heroes...

Rencontre Laurent Hoebrechts, à Amsterdam

Nos partenaires