Sortie de route #22: Le Bazaar et ses drôles de truucs

12/03/12 à 11:01 - Mise à jour à 11:01

On le sait râleur, on le pense aigri mais il arrive aussi que Serge Coosemans pratique le clubbing décomplexé, pintochard et légèrement beaufisant. En toute décontraction.

Sortie de route #22: Le Bazaar et ses drôles de truucs

Au Bazaar, je me marre. Chaque fois. Soirées Holger, Leftorium ce samedi, Lil Louis vendredi, sans compter l'after d'Azari & III ou l'event Horse Meat Disco où je n'étais pas. Ces derniers temps, il s'y passe souvent de drôles de choses. Drôles parce que surtout improbables. Déjà, ce n'est pas grand, le Bazaar, pas beaucoup plus que mon appartement, et il y a quelque-chose de divinement incongru à y voir défiler des pointures de la house, plus habituées à bouger le bounze de milliers de personnes que se de retrouver devant deux centaines de pékins dont une bonne partie n'entrave que pouic à la musique électronique. "Ce soir, Superpitcher joue dans ton salon", me sort un pote et c'est exactement cela. Un set techno, genre Fuse, dans une ambiance de boum. Un DJ qui vous bourre le Libertine et Recyclart les doigts dans le nez mais se retrouve dans une petite boîte des Marolles même pas blindée et encore fondamentalement tout ce qu'il y a de plus ringarde. Un lieu de nuit qui ne se prend des "noms" que parce qu'il n'y a pour le moment plus grand-chose d'autre à Bruxelles susceptible de les accueillir. Vu le prix du DJ premium tel qu'on le connaît, j'ai beau ne pas comprendre son sens de la rentabilité, j'applaudis bien sûr à milles mains cette nouvelle direction artistique du Bazaar, endroit jadis parfaitement horrible, resto pas bon et cave dansante pour expats coincebarres. En toute logique, après toutes ces années nazes, comme c'est parti depuis fin 2011, il devrait finalement vite devenir totalement incontournable. Quand il le sera, au top et forcément normalisé, je crains toutefois qu'il ne devienne alors nettement moins marrant. .

Là, maintenant, ce qui m'éclate surtout, c'est tout ce côté New Starflash Lazerline Hatchin' Club qui reste encore très prégnant malgré la mue branchaga en cours. Les portiers jouent des biscottos, le vestiaire est obligatoire et la dame de cour encore plus insupportable que la déjà particulièrement abominable Mamy Jacqueline du Mirano/Libertine d'antan. Les gens qui bouffent au resto ont quant à eux tous des allures de vendeurs d'armes et de porte-serviettes de l'OPEP, bien évidemment accompagnés des lauréates du concours du plus beau cougar d'Alicante. Quand cette fine fleur descend à la cave, que cela soit Superpitcher et la fine équipe de la Leftorium aux manettes plutôt que Michel à la technique et Momo aux lumières, c'est kif-kif. Kompakt, pour eux, c'est un meuble Ikea, pas un label électronique allemand de référence. Je trouve ça génial. Si le public était davantage hétérogène, rencart assuré de vieux clubbeurs, hippies urbains et autres gobeurs de plombs, on rirait forcément moins. On ne rencontrerait pas une bande de Tchèques explosés à la vodka Red Bull, qui tapent bouteilles après bouteilles et ont l'air bien capables d'aller demander à Superpitcher de passer Lady Gaga. Un moment, il est même carrément manifeste qu'ils attendent les slows. Un autre moment, je me fais alpaguer par une femme de la bande qui ressemble au David Bowie de l'époque Let's Dance, même coiffure et même red shoes to dance the blues, mais c'est un David Bowie qui aurait avalé un gros bidon d'hélium. Cette créature des enfers me postillonne dessus en slovlangue et je ne comprends rien. Elle se rabat alors sur une connaissance, un mec assez grand, gueule à la Nicolas Bedos, et cette engeance de gobelin se met à le draguer ouvertement. On l'imagine finir torturé dans un cave de Bratislava, au son de doom-métal des Carpathes, façon le film Hostel, et ça nous plie totalement de rire.

C'est d'ailleurs bien simple, de 23h à la fermeture, je ne fais que ça. Rire. Avec la bière à 2,50, on rigole forcément beaucoup, tellement que je ne capte en fait pas grand-chose de ce qu'effectuent Superpitcher et Mugwump, de toutes façons platinistes de confiance. Je me transforme moi aussi en porte-serviettes de l'OPEP, pour qui DJ Michel ferait tout aussi bien l'affaire, du moment qu'il y a au menu de la nuit de la murge, du rire, du reluquage et des papouilles. Me voilà en plein clubbing décomplexé, pintochard et légèrement beaufisant. Je ne me la pète ni aventurier des musiques borderline, ni expérimentateur sous influence, ni connoisseur de l'histoire de l'électronique à vocation dansante. Ça me fait des vacances et c'est très bien comme ça. HEU-REUX, parfaitement! La pêche fendue. Evidemment, il y en aura pour se plaindre que c'est plus amusant à lire quand je râle. Jamais contents ou quoi, ici?

Serge Coosemans

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