Sortie de route #19: Le métier le plus abject au monde (juste après nazi)

20/02/12 à 11:15 - Mise à jour à 11:15

Gonzo éthylique contre physio exclusivement nourri à l'étron frais, c'est le match noctambule de la semaine, avec ce bon Louis Tobback à l'arbitrage. Win, lose et sortie de route assurées.

Sortie de route #19: Le métier le plus abject au monde (juste après nazi)

Moi, je suis pour le grand méchoui. Le brassage social total. Je ne trouve aucun intérêt à sortir dans des boîtes dont le règlement d'ordre intérieur serait semblable à celui d'un internat pour gosses d'industriels bons chrétiens de 1890; entièrement pensé, donc, pour exclure certaines personnes et permettre à d'autres de se la péter übermensch. Le discours ringard genre "ici, c'est un établissement select, monsieur", on sait ce que cela accouche, en général: des versions real life de Tournez Manège, où des petits dentistes descendants de curetons défroqués tentent de copuler avec des lécheuses de vitrines du Zoute au son de la grosse Guetta. Intérêt: zéro. D'autant plus zéro que lorsqu'on laisse entrer n'importe qui fringué n'importe comment pour pas cher et avec les idées larges en cadeau bonus, les bioutifules de la haute comme les singes des cavernes et les fornicateurs des montagnes, on a souvent des chances que son établissement devienne mythique dans l'histoire noctambule. Intérêt, social et artistique: immense. D'où mes doutes sur la nécessité des physios.

Un videur, je peux comprendre, bien que je considère ces mecs comme des éléments de dissuasion et que la dissuasion, c'est une théorie, pas une vérité. Le syndicat des ouvre-boîtes peut bien m'agiter sous le pif la menace fantôme d'invasions barbares et sa connaissance de la nature humaine voulant que la nuit, tous les chats sont cons, dangereusement cons, je continue malgré tout de penser qu'un portier est moins utile à une fête réussie qu'un bon lightshow. Parce que sans videur, ce n'est pas forcément le Bronx. Il reste une possibilité d'autorégulation. C'est mon opinion, pas non plus une vérité. Le physio, celui qui décide qui rentre et qui reste sur le carreau, par contre, c'est autre chose. En insultant un physio comme du jus de pestilence et en lui décernant la médaille du métier le plus abject au monde (juste après nazi), là, on touche justement une vérité aussi essentielle que profondément lumineuse.

Il est notoire que c'est à Paris que l'on trouve la plus belle collection de physios exclusivement nourris à l'étron frais. Paname où le tristement détestable "toi oui, toi non" est véritablement ancré dans les moeurs, où peu de gens trouvent encore à rechigner devant cette humiliante pratique. En Belgique et plus singulièrement à Bruxelles, si j'en crois ce que l'on me raconte et ce que je lis sur le web, il semblerait toutefois que cela commence aussi à drôlement se la jouer empereur romain de droit divin à l'entrée de certaines discothèques et autres lieux de soirées. Doit-on vous rappeler, chères petites victimes de telles pratiques aussi parfaitement scandaleuses que pile-poil antidémocratiques que nous vivons ici au royaume de la loi Tobback, législation de 1990, régulièrement amendée, qui réglemente sévèrement tout ce qui touche au gardiennage privé et coupe donc pas mal la chique aux physios, portiers et autres videurs aux tentations dignes de Néron? Le mot magique: antidiscrimination (race, orientation sexuelle, âge, handicap...). Se faire traiter comme un putois à l'entrée d'une discothèque est peut-être une discipline olympique en France, chez nous, il y a par contre drôlement moyen d'agiter le cocotier auprès de certaines instances dès que cela dérape et certes, cela dérape beaucoup moins qu'avant (1989, du vécu: "toi le grand con oui, toi le petit gros non") mais le baratin de la "carte de membre obligatoire" et les gorilles qui gonflent leurs biscottos pour vous arracher un pourbiche à la sortie, c'est déjà du dérapage, selon Tobback. Autant le savoir, jeunes gens. L'apprendre par coeur, l'imprimer, en faire des t-shirts. Protester et s'indigner devant ces pratiques crapuleuses, arbitraires et tout à fait illégales. Faire en sorte que cela relève plus du délire passager de fin de sarkozysme ambiant que de la tendance lourde qui s'installe. Pas oublier, pas pardonner. Ici le Stéphane Hessel du dancefloor, à vous les studios.

Serge Coosemans

PS: Le DJ portugais Tiago était ce samedi au Bazaar pour un DJ-set vraiment très très bien, dans le cadre des montantes soirées Holger, d'où les clips.

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