Sortie de route #17: Une bien belle soirée avec Maîtresse Grand Popo

06/02/12 à 10:29 - Mise à jour à 10:29

Gonzo éthylique, Serge Coosemans chronique chaque lundi la nuit. Cultures noctambules, aventures imbibées, rencontres déglinguées, observations variées, win, lose et sortie de route assurées.

Sortie de route #17: Une bien belle soirée avec Maîtresse Grand Popo

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Ne le niez pas. On a tous connu ça. Le backflip mental. La crevaison surprise. Un samedi matin, se réveiller fébrile comme un premier communiant, les pensées entièrement tournées vers les promesses de la nuit à venir. Toute la sainte journée, retourner les réseaux sociaux pour battre le rappel des troupes, passer un temps dingue au téléphone afin de vendre à ses amis une soirée inoubliable. Laisser des commentaires du genre "Cccan't wait!!!" sur la page de l'event, passer le nubuck de ses pompes à la petite gomme qui rend propre. Déborder d'enthousiasme, vraiment, et, au fil des heures, se farcir des mixes de house ultra pute afin de se cultiver la niaque. Et puis, bardaf. Surgit une première contrariété, souvent tellement insignifiante que l'on ne se rend même pas compte de sa véritable portée de sortilège tout droit remonté des enfers. C'est pourtant bien l'Ongle du Démon qui vient de percer votre baudruche d'enthousiasme et va, en quelques heures, transformer le Gengis Khan du dancefloor en Robert Bidochon calé devant Pulvar & Polony en deuxième partie de soirée.

Catclub, Bitchy Butch, Recyclart, Propulse, Wax... Je m'y voyais déjà, samedi matin, paré pour faire de ce 4 février 2012 un véritable "évènement marquant" de ma timeline Facebook. Tutoyer les anges, visiter le cosmos, bref, me prendre une murge du genre orbitale. Je me suis alors rendu compte que l'évier de la cuisine était complètement bouché. Et que je n'avais plus de chaussettes d'hiver à me mettre aux pieds. C'est donc socquettes et Converse enfilées que je me suis téléporté au magasin de déboucheur liquide. Un trajet de moins de 500 mètres, même pas dix minutes le nez dehors. Une peccadille, même en Sibérie. Au retour, les pompiers ont néanmoins attaqué le bloc de glace formé autour du pif en question au chalumeau de chantier, avant que l'ambulancier n'envisage l'amputation de 7 orteils, 3 doigts et une demi-oreille. Pas grave, j'en ai d'autres (contrairement aux chaussettes) et un kawa bien chaud plus tard, c'était déjà oublié, back to life: chaussettes dans le lavabo plein de poudre, Destop dans l'évier, j'étais à nouveau dans la préparation de mon Opération Overlord du soir, à chatter avec un Baron de la Nuit via les Internets:

MOI: Kikou! Catclub 2night!!!
LUI: ki ki joue?
MOI: Culoé de Song. Bright Forest. Trrble!
LUI: Trop déprimant ta truk, Holocauste House!!!
MOI: Holocauste House? Comme ds Auschwitz Folk?
LUI: Oui. Voilà.

Et là, le mec se déconnecte. Mais alors, vraiment. Deux jours plus tard, je reste d'ailleurs toujours sans nouvelle de mon ami. Il va peut-être même falloir penser à transmettre son signalement à Wild Focus, la centrale des clubbeurs disparus.

Vous, avec le recul, vous avez déjà bien compris que l'Ongle du Démon avait méchamment entamé la chambre à air de mon bel entrain, qu'à ce moment dont je parle, je pédalais déjà à vide, proche de la crevaison et de l'abandon. Dans ma bulle de joie, s'étaient insufflées des notions subliminales de petits soucis domestiques, de météo pourrie, d'obligation de se fringuer comme un trappeur pour survivre, de gros lâcheurs et de solution finale. Ajoutez encore que selon Google Maps, cinq kilomètres huit séparent mon domicile de la Catclub. 1H13 de marche. 47 minutes avec la STIB. A dos d'ours polaire, une demi-heure, mais il faut savoir les dompter, ces bêtes-là. D'ailleurs, où sont mes gants? Mon écharpe? Mon bonnet? C'est quoi cette tache sur mon pantalon? On dirait de la lasagne séchée. Et ces chaussettes sur le radiateur qui ne sèchent pas!!! En attendant, sur une chaîne flamande, je me suis laissé hypnotiser par une émission où une équipe télé suit des flics en intervention au fin fond de la province anglaise. Ils en étaient à arrêter un type qui volait de la plomberie chez des vendeurs de sanitaires et c'était filmé comme s'ils coffraient Pablo Escobar. Fascinant. J'en ai oublié mes chaussettes.

J'ai sorti du frigidaire un pot de Baked Alaska de chez Ben & Jerry's, attaqué à la petite cuillère; un plaisir bien supérieur à celui de boire des liquides fermentés et de parler à des inconnues. Hein, quoi? Non, c'est vrai. Vagues de chaleur dans le corps, empathie avec le voleur de chasses d'eau, la crème glacée en plein hiver me fait toujours l'effet d'un très bon whisky, d'un gros cacheton de MDMA. Complètement en phase avec mes désirs, en osmose totale avec mon bonheur, soyons fous, je me suis alors mis en pyjama. Comme ça. Parce que je le vaux bien. Parce que -10 dehors et Satan dedans. Parce que Natacha Polony, aussi. Maîtresse Grand Popo et tout son délire sur la transmission des savoirs, l'élève, les professeurs, la discipline. Fouettez-moi, je ne suis qu'une raclure de gauchiste libertaire. Faites de moi un homme, maîtresse Grand Popo. Tout ça pour dire que j'ai connu bien des clubbeurs qui avaient coutume de justifier leurs faux bonds et leurs revirements casaniers de dernière minute par un Irish Coffee carrément bazouf reçu au resto ou le joint trop tassé après le sexe. Ici, c'est beaucoup plus simple: envie et puis, plus envie. Soirée TV sur canapé en plein hiver = pur bonheur, vraiment. Si ce n'est, dans le couloir, ce rire de bouc et cette odeur de soufre.

Serge Coosemans

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