Sigur Rós - Valtari

04/06/12 à 16:23 - Mise à jour à 16:23

AMBIENT | Amniotique et liturgique, le sixième album studio de Sigur Rós confirme les islandais panthéistes en champions olympiques du trip cosmique.

Sigur Rós - Valtari

© Lilja Birgisdottir

SIGUR RÓS, VALTARI, DISTRIBUÉ PAR EMI. *****
Le 27 août au Rivierenhof, Anvers (sold out).

Il est assez ironique que l'avenir du post-rock -pour autant que Sigur Ros ait quelque accointance avec ce genre- soit incarné par une musique totalement détachée du sens binaire. Le truc le plus rock de l'ensemble étant peut-être le regard strabique de Jonsi Birgisson, chef de troupe, allié à une identité gay affirmée et un goût pour les cocktails louches. Mais appeler son groupe du nom de votre soeur -"Sigur Ros" signifie "Victoire Rose"- n'est pas non plus un acte de rébellion inouï. Pourtant, ce nouvel album étourdissant, écoutable à peu près dans toutes les activités humaines, maintient un cap créatif qui n'a de cesse d'être ambitieux sans jamais tomber dans l'hermétisme, contrairement à Björk par exemple. Sigur Ros s'est une fois pour toutes débarrassé des contingences structurelles: les morceaux n'ont pas plus de format chanson qu'ils n'ont de souci radiophonique, pointant de 5 minutes 5 secondes à 8 minutes 19. La plupart du temps, il s'agit d'une pièce de musique pneumatique, gonflant et fondant au gré de son développement, modèle de drone évoquant le sens du bourdonnement primal avec l'objectif un peu dingue d'en faire un film lyrique. Et cela fonctionne.

La musique de Sigur, matière taillable et hypnotique, passe donc du chuchotement à la mousson avec une force harmonique dont il n'existe guère d'équivalent dans le répertoire populaire. Au sens d'une formation qui décroche depuis plus d'une décennie -premier album en 1997- un réel succès international. Et dont les huit nouveaux morceaux ne cessent d'envelopper l'auditeur dans des surprises formelles, sans jamais relâcher l'étreinte émotionnelle, subtile, intense, durable.

Le mellotron du bonheur

Les huit plages, donc, apaisent, dopent, stimulent, décadrent, via un magma principalement instrumental, même si Jonsi reproduit ici son fameux falsetto qui affole les volcans (Ekki mukk, Varud). Le tout chanté en bribes d'islandais et en vonlenska, anti-langage fictif où les phonèmes sont recréés en dehors de tout sens lexical pour épouser les confins des mélodies. Une vocalise dont le sens premier reste celui des intonations et du timbre, parfois rejoints par des choeurs d'origine tout aussi fantasque. Contrairement au disque solo de Jonsi, celui-ci ne contient guère de "dance-music" et l'électronique ne sonne jamais comme telle. On se demande d'ailleurs comment est fabriqué cet objet qui évoque tour à tour Gorecki, Eric Satie et les chants liturgiques orthodoxes, le tout repassé à la turbineuse boréale: de l'orgue, des claviers divers et puis le travail de Jonsi à l'arc sur la guitare électrique. Des instruments qui évoquent la voix, des vocalises qui se transforment en mellotron du bonheur, cet album qui tient clairement du trip cosmique incarne aussi une forme de réponse musicale à la spiritualité immanente et aux tourments géologiques de l'Islande. La beauté insensée de cette île se retrouve dans l'incandescence et la spiritualité d'un disque qu'on peut aimer toute une vie.

Philippe Cornet

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