Deejay Kwak
Deejay Kwak
DJ et blogueur
Opinion

30/03/16 à 11:29 - Mise à jour à 12:59

"Se pa fot mwen": Deejay Kwak pleure les victimes des attentats et fulmine

Dans son second chez lui, Haïti, la phrase "se pa fot mwen" revient comme une antienne. "C'est pas ma faute." De qui serait-ce la faute? Pas de chance? Ce serait trop simple... In My Hard Drive (?) S5E20.

"Se pa fot mwen": Deejay Kwak pleure les victimes des attentats et fulmine

"Tout le monde." © REUTERS/Yves Herman

Certes, on l'a tous utilisée, cette excuse, mais là, elle semble exploitée abusivement. Mon gamin de 6 ans l'utilise quand il se dispute avec ses frère et soeur. Lesquels se défaussent de leurs responsabilités dès qu'ils le peuvent, à la première incartade. "Maman, c'est pas moi, il avait dit qu'il allait débarrasser." "Mais enfin, Papa, c'est son tour d'essuyer la table."

"Se pa fot mwen. Ce n'est pas de ma faute." Tous la sortent. Tous se refilent la patate chaude. Du bon peuple, aux hooligans de dimanche en passant par le personnel politique. Se pa fot mwen. Seraient-ils, serions-nous tous irresponsables? J'en doute. Il est facile de nommer des lampistes, des boucs-émissaires, pour échapper à ses responsabilités, mais de tels dysfonctionnements, de la base au sommet de la pyramide, au sein de la population, il faut croire qu'on les "mérite". Balayer devant sa porte ne semble plus faire partie du vocabulaire, de la pensée et de l'action politique et sociétale.

Mérite-t-on cette pantalonnade de démission ministérielle? Méritons-nous ces experts autoproclamés en terrorisme qui louent les plateaux de télévision au mois pérorant à celui qui sortira la plus grosse ineptie en s'autocongratulant dans le reflet de sa propre image de la finesse de son discours? Méritons-nous cette marche "identitaire" (doux euphémisme) annoncée samedi à Molenbeek, et organisée par un groupe français (on vous a fait mander, vous, les larbins du désordre ancien?) en "hommage" aux victimes (tiens, tiens) alors qu'en face, à bonne source, on me dit qu'on ne se laissera pas exactement marcher sur les pieds, la manifestation échéant. On la mérite aussi notre journée d'émeutes raciales? On n'aurait pas encore assez donné? N'a-t-on pas encore assez saigné? Veut-on en voir encore plus en direct sur Periscope?

Parole d'anarchiste, j'en viens, grand paradoxe, à souhaiter une augmentation drastique des budgets de la Police et de la Sûreté afin qu'elles puissent reprendre leurs missions premières dans de meilleures conditions que celles dans lesquelles elles ont dû exercer ces dernières décades. Parole de libre-penseur, la particratie belge, toute à la préservation de ses compromis, s'est lancée comme un seul homme dans le démantèlement des structures de l'état, y compris, les structures sécuritaires, avec pour résultat, la cascade d'erreurs d'analyse, les incommensurables ratés de communications interservices que l'on connaît, qui sont documentés, conduisant partiellement au carnage de mardi dernier.

C'est à chacun d'entre nous, peuple de gauche, de droite, athées, croyants, agnostiques, jeunes, vieux, Belges, étrangers, nantis et prolétaires, citoyens de notre cité, de nos pays de balayer devant notre porte afin que notre société ne devienne pas une cour des miracles où régneraient intolérance, racisme, xénophobie. Le fait du Prince, c'est de diviser pour mieux régner. Après ce funeste mardi 22 mars, je n'ai jamais senti la société aussi clivée.

Mes pensées vont aux victimes et à leurs familles.

Que le sens de l'état, le vivre ensemble, la dignité face à l'horreur et la responsabilité collective reposent en paix. Se pa fot mwen.

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