Rock Werchter J2: Radiohead, le coeur et la raison

01/07/17 à 10:05 - Mise à jour à 02/07/17 à 09:59

Cérébral mais jamais ennuyeux, Thom Yorke et ses amis ont toujours la grande classe.

Rock Werchter J2: Radiohead, le coeur et la raison

© Wouter Van Vaerenbergh

On rassure tout le monde: pour les farandoles et les pogo dans la boue, Rock Werchter a tout prévu. C'est ce samedi que cela se passe, avec Linkin Park, System of a Down et Blink-182 dans une seule et même foulée. Gasp. Le line-up le plus imbuvable de ces 10 dernières années? Certes. Et objectivement, aussi, le jour le plus rapidement sold out des quatre que compte l'édition 2017...

Bref. Si les nineties ont crée le "néometal", elles ont aussi donné naissance à son parfait antidote: Radiohead. Le groupe de Thom Yorke vient de fêter les 20 ans de l'album OK Computer. Un chef-d'oeuvre, qui annonçait aussi le grand schisme: aujourd'hui encore, certains n'ont pas pardonné le chemin (toujours plus) aventureux emprunté depuis par le groupe. En 2017, il y a ainsi toujours des (ex-)fans pour espérer entendre Creep en concert... À la place, Radiohead préfère cultiver l'image d'une formation exigeante, aventureuse, intellectuelle, quitte à passer pour prétentieuse ou opaque.

Quel autre groupe de ce calibre peut-il ainsi se permettre de démarrer son concert par la rêverie électro-piano Daydreaming (sur le récent A Moon Shaped Pool)? De loin, à 400 m, Radiohead est ainsi une drôle d'embarcation, une sorte d'oursin lumineux traversé de lumières blanches. Un organisme cellulaire en pleine mitose, qui enchaîne morceaux fracassés (Myxomatosis, Ful Stop) et moments de répit plus accessibles. Radiohead en 2017, c'est un peu ça: une claque, une caresse, comme quand il enchaîne l'improbable classique Everything In Its Right Place et le déchirant Let Down. Visuellement, il ne se passe pas vraiment grand-chose, et entre les morceaux, Thom Yorke marmonne toujours de manière aussi incompréhensible. Mais en refusant de choisir entre le coeur et la raison, le fil reste en permanence tendu.

Il y a quelques jours, un hoax faisait encore le tour des Internets: le public de Glastonbury aurait confondu le soundcheck de Radiohead avec une nouvelle chanson du groupe. Lol. C'est un peu le souci aujourd'hui: soyez cérébral, et vous passerez pour chiant; tentez des choses, et vous serez vus comme pédant. On ne s'embête pourtant jamais chez Radiohead. Bien sûr, tout ne fonctionne pas: on peut se moquer de la voix chevrotante de Yorke, surtout quand elle est autant mise en avant que sur Idiotheque, ou rester rétif aux agitations d'Identikit. À certains moments, le groupe paraît même, paradoxalement, coincé sur ses propres rails: qualité iso 30145, propre sur lui, et calibré. Mais c'est aussi à ce moment-là qu'il réussit à en sortir en lâchant... ses tubes. C'est par exemple No Surprises ou Paranoid Android, en début et fin du premier rappel. En revenant sur scène sur le coup de minuit trente, Radiohead enchaîne encore My Iron Lung (The Bends!), avant de clôturer les débats avec la scie Karma Police. Le public, récompensé, est aux anges et chante en choeur. Mieux: alors que la chanson est terminée, Thom Yorke relance la phrase principale seule à la guitare, "For a minute there, I lost myself". On n'en demandait pas tant...

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