Philippe Cornet
Philippe Cornet
Journaliste musique
Opinion

13/09/13 à 16:09 - Mise à jour à 16:13

Rock vs mode: 1-0

Deux incidents récents prouvent que les musiciens en ont peut-être assez d'être des potiches de défilé.

Rock vs mode: 1-0

Russell Brand © DR

Le rocker est fashionista et, dès les débuts fifties, il suscite des modes vestimentaires, par exemple la veste en lamé d'Elvis. Mais dans les années 90, super models et marques de luxe faisant bruyamment l'actu, l'industrie musicale à la Lenny Kravitz se met à courir les dorures chanelisées du carton d'invit. La génération exhibitionniste et monétariste du hip hop prend la suite et on ne peut plus voir défiler une Vuittonerie ou une Guccirie (goût de...) sans la présence des casquettes retournées et breloques dorées de Jay Z, Beyoncé ou Kanye West. Ce dernier n'hésitant d'ailleurs pas à toucher au passage un chèque de 3 millions de dollars pour se produire au mariage du petit-fils du dictateur kazakhe Nursultan Nazarbayev, un autre genre de pose. Une raison simple à cela: l'élitisme proclamé de la mode, versant haute couture-haut de gamme, comme outil de pouvoir, de commerce et de marketing. Si Vuitton peut avoir l'impression d'être dans le coup en embauchant Pharell Williams pour ses accessoires, il faudra peut-être que le maroquinier revoie ses procédures d'embauche.

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"Deux incidents récents prouvent que les musiciens en ont peut-être assez d'être des potiches."

Fin août, la chanteuse Fiona Apple, invitée à se produire à un événement de la marque française à Tokyo, irritée par le babil incessant de la faune, commence par grimper sur son piano pour demander "un peu de calme". La deuxième tentative plus musclée restant lettre morte ("Shut The Fuck Up"), elle interrompt alors son set, foutant le camp de la scène en hurlant: "Prévisible mode: c'est quoi ce merdier?"

Le deuxième acte de résistance au bourrage de mou fashion survient, début septembre, via le turbulent vecteur Russell Brand. Cet acteur anglais, chanteur occasionnel, guest à la boum du chic magazine GQ, commente le sponsor de la soirée: "Ceux qui connaissent un brin les relations entre l'Histoire et la mode savent que c'est Hugo Boss qui a fabriqué les uniformes pour les nazis." Vérité historique complétée du légèrement sarcastique: "Mais ils avaient une putain d'allure fantastique, reconnaissons-le, alors qu'ils tuaient les gens sur base de leur religion et de leur sexualité." Après quelques commentaires du même tonneau, on a prié l'amusant Monsieur Brand de quitter la soirée. Même si celui-ci avait été vu, quelques mois auparavant, portant un manteau (ben oui) Hugo Boss, tout ne semble plus intégralement béat dans les relations entre showbiz et commodités Chanelguccivuitton. Le début d'une conscientisation?

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