Pukkelpop: récit d'une fin d'après-midi catastrophe

19/08/11 à 11:35 - Mise à jour à 11:34

La tempête a rudement frappé le Pukkelpop ce jeudi. Les grelons et bourrasques ont évincé toute possibilité de concerts en moins de 20 minutes. Récit.

Pukkelpop: récit d'une fin d'après-midi catastrophe

© Noah Dodson

Surréaliste. Quand on repense aux événements d'hier au Pukkelpop, on a encore du mal à s'en remettre et la larme vient facilement à l'oeil, comme pour libérer le surplus d'émotion. Sur le coup de 18h15, alors qu'on regarde distraitement Skunk Anansie s'égosiller au loin sur la Main Stage, les gouttes commencent à se faire dangereusement nombreuses. On se dit que, tant qu'à faire, on ira attendre le concert de Miles Kane sous le chapiteau du Club, que les nuages passeront d'ici peu. C'est déjà la cohue à l'entrée de la tente. Les festivaliers arrivent de toutes parts pour remplir l'espace couvert le plus proche, jusqu'à pleine capacité. En plus de la pluie, le vent se met à souffler avec une force rare. Miles Kane, visiblement pas à l'aise, monte sur scène, serre les mains des premiers rangs comme pour dire "on est dans la même merde, j'espère qu'on passera un bon moment ensemble dès que ce sera passé." Mais quand les quatre piliers principaux de l'armature du chapiteau se mettent à plier sous le poids de la bourrasque, on se dit qu'il y a réellement un gros problème. La pluie à l'extérieur est tellement dense qu'on a l'impression d'être emmuré dans cette tente qui tangue de toutes parts. Les copines à nos côtés paniquent, on essaie de masquer sa peur pour les rassurer mais à l'intérieur, ça bat sacrément vite.

Et vlan. Les deux structures métalliques à l'entrée de la tente, sur lesquelles sont fixées écrans géants et baffles, s'envolent et s'écroulent, emportés par la tempête comme un vulgaire jeu de cartes. Là, on commence sérieusement à flipper. On espère très fort que la tente est aussi solide qu'elle en a l'air, malgré les pans qui s'envolent et l'eau qui pénètre dedans. La masse humaine à l'intérieur est irrationnelle: quand un coin de la tente crève, elle applaudit et crie à tout rompre comme elle le ferait pour la tête d'affiche du soir. Comme pour relâcher la pression. Et puis elle court d'un sens à l'autre: les uns tentent de s'échapper, les autres continuent à essayer de se mettre à l'abri.

C'est l'évacuation générale. Une armée de bénévoles, visiblement elle aussi prise de panique, fait évacuer la tente à grands renforts de rubalise. On apprendra par la suite que c'est après l'effondrement total du chapiteau du Château que l'angoisse s'est répandue dans les walkie-talkies. Forcés de retourner sous la tempête, qui s'est maintenant relativement calmée, on a ce réflexe curieux d'aller constater l'ampleur des dégâts aux alentours, sous les gouttes et les pieds dans la boue. Le carnage est impressionnant. À notre droite, la structure abritant les bars à bières spéciales est à terre. Rasée. À notre gauche, un immense arbre de l'allée principale du festival s'est effondré sur le stand Proximus.

Et un peu plus loin, c'est le désastre: plus de Château. Rien d'autre qu'un amas de toiles et de tubulures métalliques au sol. Mince. C'est qu'on avait des amis là-dedans, devant le concert de Smith Westerns. Prise de panique. Coup de téléphone sur coup de téléphone, SMS en veux-tu, en voilà. Mais rien. Pas de réponse. Réseau saturé. Les gens autour s'affolent, tous pendus à leur téléphone portable. Les sirènes résonnent dans tous les coins, les rumeurs de morts et de blessés se répandent. Il faudra au moins deux heures pour réussir à contacter tout le monde sur place et se rassurer un minimum, mais on a toujours peur d'avoir oublié quelqu'un: "tiens, il ne venait pas au Pukkelpop, lui?"

On se précipite sur Twitter pour attraper ce qui existe comme infos, mais là aussi, il est très difficile d'avoir une connexion. On se dirige alors vers l'espace presse, où on espère en savoir plus. Mais la consigne dans l'organisation est d'évacuer tout le monde du festival, pas question de traverser à nouveau la plaine pour se rendre derrière la Main Stage. Deux heures encore pour y arriver, passant péniblement les checkpoints l'un après l'autre. Une fois arrivé sur place, les nouvelles glaçantes sont confirmées: il y a eu deux morts. Puis trois. Et cinq, apprend-t-on ce matin. Et les blessés ne se comptent plus sur les doigts de la main. Gros froid. Le sommeil ne viendra pas.

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