Pukkelpop 2011: Stop ou encore?

19/08/11 à 12:16 - Mise à jour à 12:16

Suspendu jeudi soir pour cause de funeste tragédie, le Pukkelpop ne redémarrera finalement pas, comme annoncé initialement, ce vendredi sur la plaine de Kiewit. Soulagement.

Pukkelpop 2011: Stop ou encore?

© Image Globe

Jeudi, 18h20. Dans le Château du Pukkelpop, on regarde sans trop comprendre la bâche du chapiteau, soudainement éventrée par la tempête, s'ouvrir comme la gueule d'un démon prêt à engloutir, dans leur dos, les musiciens de Smith Westerns à peine montés sur scène. Puis, l'instant d'après, les structures s'effondrer à nos pieds, fiers pylônes de métal balayés par le vent comme de vulgaires allumettes. Avant d'aller nous réfugier... sous une pluie de grêlons proprement apocalyptique. On panique, c'est le chaos.

A l'espace presse/vip, dans la foulée du drame, la confusion règne mais déjà la vie, dans toute sa grande trivialité, reprend ses droits. Une fois passé au tamis de l'analyse à froid le nombre supposé de morts et de blessés, certains s'inquiètent du score du match d'Anderlecht. D'autres dressent le classement des meilleurs concerts qu'ils ont eu le temps de voir dans l'après-midi. Surréaliste. Life goes on, comme on dit. Tout le monde, évidemment, se demande si la grande kermesse de la musique indépendante va relever la tête pour redémarrer de plus belle. Certaines rumeurs affirment que les concerts du soir auront bien lieu sur la Main Stage. D'autres prétendent que le festival reprendra normalement dès le lendemain matin. The Show must go on, comme on dit. Mais le malaise est prégnant. Passé le drame funeste que l'on sait, sûr que l'enjeu des gesticulations poseuses d'une poignée de rock stars plus ou moins bien peignées confine au dérisoire. Pourtant la question bêtement existentielle du jour tient en cette interrogation désespérément binaire: stop ou encore?

Au nom "de la foire au pognon qui se trame ici", beaucoup parient sur une reprise à la normale dès vendredi matin. Ce que semble confirmer dans la foulée l'organisateur Chokri Mahassine: " Par respect pour les victimes, les organisateurs ont décidé que plus aucun concert n'aurait lieu ce soir. Ceci nous permettra également d'assurer au maximum la sécurité des festivaliers. Et de cette manière, les services de secours pourront également travailler de façon optimale. Nous serons ainsi prêts demain à onze heures pour démarrer ce Pukkelpop 2011. " Vu comme ça, le type semble avoir le respect aussi court que les idées. Quand il ne se confond tout simplement pas, à chaud il est vrai, en justifications plus ou moins fumeuses: " Vous imaginez bien que la décision qui nous incombe est très difficile à prendre. Il y a d'une part la douleur et la tristesse, et d'autre part, des dizaines de milliers de jeunes qui sont encore ici et pour lesquels nous devons aussi faire quelque chose. " Un ange passe.

Sous prétexte que la vie continue, le grand événement ne serait donc pas sabordé. Mais à quoi ressemblerait-il? A un genre de longue veillée funèbre? Si le festivalier a la mémoire aussi courte que ses organisateurs: pas sûr. A un truc glauque qui nous répugne mais auquel on ne peut s'empêcher de participer, à la manière de ces automobilistes étreints par cet irrépressible désir morbide de ralentir pour fixer l'étendue du désastre après un accident? Quelque chose comme ça, sans doute.

Au réveil vendredi, on apprend dans un grand soupir de soulagement que le festival ne reprendra pas. Un peu de décence dans ce monde de brutes? Ca oui, des dégâts matériels difficilement épongeables en si peu de temps aussi. Sans compter qu'on imagine mal certains artistes, pas peu regardants en matière de sécurité et assurance, accepter de dérouler leur show après pareille catastrophe. Au-delà de cet enchevêtrement plus ou moins confus de raisons officielles et officieuses, l'essentiel demeure: une annulation pure et simple. Seule solution décente d'un point de vue moral. Parce que, franchement, annulé ou pas, jeudi dans la nuit, sur la plaine de Kiewit, le coeur n'y était plus.

Nicolas Clément

En savoir plus sur:

Nos partenaires