Public Enemy, toujours d'attaque

10/11/10 à 16:52 - Mise à jour à 16:51

Les legendes hip hop étaient à l'AB, mardi soir. Compte-rendu.

Public Enemy, toujours d'attaque

© Epa

Back to the days. 1988, par là. Le hip hop comme musique la plus innovante du moment. Et Public Enemy, groupe le plus soniquement puissant de la planète, rock et rap confondus. Des " rebelles sans pause ", pas sans cause : celle de la communauté afro-américaine, qui après avoir arraché ses droits civiques dans les années 60, reste à la traîne économiquement.

Vingt ans plus tard. Barack Obama est président des Etats-Unis. Et ? Et rien. Public Enemy est toujours là. Ils ne font plus vraiment peur (on se rappelle des reportages inquiets sur les JT français). On ne peut pas dire non plus qu'ils " font " l'actualité rap - Lil Wayne, Kanye West ou Jay Z s'en chargent à leur manière. Mais ils sont toujours là. Sans maison de disques, ils viennent de récolter assez de fonds pour enregistrer malgré tout un nouvel album. Ils se sont même lancés dans une nouvelle tournée européenne qui passait, mardi soir, par l'Ancienne Belgique.

Cet été déjà, le nom de Public Enemy était à l'affiche des Lokerse Feesten. Cette fois-ci, à Bruxelles, Chuck D et Flavor Flav étaient de retour avec un groupe - guitare, basse, batterie - et toujours DJ Lord, remplaçant du fameux Terminator X. Les " chorés " des SW, l' " escorte " paramilitaire, sont également de la partie. Comme si rien n'avait changé - si, quand même, les uniformes désert ont remplacé les tenues entièrement noires de la glorieuse époque...

Du coup, quand Brothers Gonna Work It Out lance les hostilités, on y croit. Presque. L'envie est là en tout cas : Chuck D déroule, le flow toujours aussi sec, et quand ce grand guignol de Flavor Flav sort son horloge, cachée sous sa veste de training, c'est reparti comme en 89. Une certaine " tonicité " en moins, tout de même - le poids des années, de quelques opiacés peut-être, et probablement plus encore de sa seconde carrière dans la téléréalité...

Comme prévu ( ?), le mur du son devient rapidement une bouillie sonore. Welcome To The Terrordome. En effet... Ensuite, il se passe un drôle de truc : alors que Chuck D répète ad libitum son célèbre " Bass, how long can you go ? ", le bassiste embraie et reprend la ligne du Good Times de Chic. Public Enemy en mode disco ? Pas charrier, mais le fait est là : PE moins la charge politique, cela donne une séquence d'entertainment hip hop tout à fait festive.

De toute façon, le moindre demi-slogan revendicateur de PE reste toujours plus subversif que la totalité du message envoyé par la scène hip hop actuelle. Car, mis à part un groupe comme The Roots, où est passé le propos contestataire du hip hop ? Frappant aussi de constater l'écho que le discours panafricain de Chuck D peut rencontrer chez une audience majoritairement... blanche... Soit. 'Fuck racism, fuck separatism', comme le clamera Flavor Flav, dernier sur scène, au bout de deux heures de concert, les lumières de la salle déjà rallumées.

Avant cela, le public - en nombre, mais pas assez pour remplir l'AB, loin de là - aura pu réentendre une flopée de classiques, livrés avec plus ou moins de pertinence : Bring The Noise, 911 Is A Joke, Don't Believe The Hype, Can't Truss It... Chuck D a l'air de s'amuser, fait participer le public, signe des autographes... Flavor Flav n'est pas en reste : il tend le micro (" Stage trooper ? ", demande-t-il, mort de rire, au spectateur qui vient de lui dire son nom), et saute même dans la foule. En bout de course, l'hymne Fight The Power retourne purement et simplement l'AB, comme prévu.

En 2010, Public Enemy n'a peut-être plus la fulgurance de la grande époque. Il ne se caricature cependant jamais, le problème n'est pas là. Il est dans le fait que son mythe, sa légende, sont parfois plus grands que lui. Inutile de courir derrière, même si, comme Chuck D et ses camarades, ce n'est pas faute d'essayer. En attendant, cela donne un concert hip hop généreux, par moment épatant, et au bout du compte hautement festif. Dans le genre, ce n'est déjà pas si mal...

Laurent Hoebrechts

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