Old New York

28/02/11 à 14:55 - Mise à jour à 14:55

NO WAVE | Le label français Harmonia Mundi, distribué par V2, propose trois albums racontant la glorieuse époque du New York No Wave né à la charnière des années 70-80.

James Chance and Terminal City, The Fix is In , distribué par V2, ***.
Lydia Lunch, 1313 , distribué par V2, *.
Marc Hurtado/Alan Vega, Sniper , distribué par V2, ***.

New York, 1976. L'école du trash-pop (Blondie, Ramones) voisine celle des gros cerveaux (Talking Heads, Television) alors que la street-poésie de Patti Smith convole déjà en noces internationales. Dans les mêmes milieux déchirés du Lower East Side, au CBGB notamment, on croise aussi James Chance, Lydia Lunch et Alan Vega: leurs saillies sont moins dépendantes de l'histoire du rock que de celle du (free) jazz ou des lubies expérimentales.

Chance et Lunch partagent un destin commun dans les performances noisy libératoires de Teenage Jesus And The Jerks. Quelques singles plus tard, séparation des trajectoires: James Chance aka James White (1953) devient l'Albert Ayler punky alors que Lunch (1959) convoque les fantômes gothiques avant l'heure. Une vingtaine d'albums plus tard (live compris), Chance s'est calmé: sa musique ressemble maintenant à du bop déboîté sur lequel ce cousin imaginaire d'Archie Shepp torture un sax indolore jusqu'à l'extase. Chance jazze abondamment: il blues aussi, à la manière d'un Chet Baker gondolant, la voix toujours au bord du déraillement.

Le résultat est à la fois mathématique et foutraque, rétro et micro-ondes, moins abrasif qu'à l'époque, mais, pourquoi pas, plus sentimental (Leave My Girl Alone). Ce dernier qualificatif ne convient guère à Lydia Lunch dont on est allé pêcher un enregistrement sorti confidentiellement en 1982: 1313 est un concept album autour des meurtres et de la glauque ambiance de L.A. où Lunch débarque en provenance de New York au début des années 80. Les mots, à condition de pouvoir les déchiffrer, sont le seul véritable intérêt de la chose. La musique, elle, ressemble trop à une maquette de Siouxsie captée dans une machine à laver que pour impressionner 30 ans plus tard.

Papy fait de la résistance

Reste le lascar Alan Vega, dans le civil Boruch Alan Bermowitz, né à Brooklyn en juin 1938 (...). Il est devenu célèbre en fondant en 1971, avec le claviériste Martin Rev, le duo Suicide, précurseur du synth-pop et influence notable sur une tonne d'artistes actuels: demandez à The Horrors ou M.I.A. Cette collaboration avec Marc Hurtado, Français avant-gardiste qui pourrait être son fils, n'ajoute rien de neuf à son délirant parcours. Pourtant, dans l'alliance entre la voix crooneuse de Vega et les carcasses de boucles électroniques, se trouve une pulsion d'envergure. Elle prend la forme de ballades neurasthéniques (Saturn Drive Duplex) ou de régimes minimalistes en route vers la folie (Criss Cross). Voire même d'un Tom Waits immergé dans un puits sans fond (Sacrifice). Forcément incongrue, l'affaire sonne au final comme le disque d'un vieux bluesman du cyber-malaise qui ferait de la résistance. Electronique bien sûr.

Philippe Cornet

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