Nuits Bota: I Should Coco

19/05/16 à 12:08 - Mise à jour à 12:07

Tandis que Benoît Lizen se réinvente avec le Mons Orchestra, CocoRosie souffle avec éclats le chaud et le froid.

Nuits Bota: I Should Coco

Benoît Lizen © Olivier Donnet

Il est grand mais se fait tout petit. Comme s'il était gêné d'être là, sur l'immense (pour un seul homme) scène du Cirque royal. Les programmateurs s'arrachent parfois les cheveux pour trouver des premières parties belges aux concerts d'artistes internationaux installés. Mais avec son univers rêveur, poétique, sa voix tout en douceur (qui rappelle parfois un Devendra Banhart) et sa petite boîte à musique, Benoît Lizen est pour CocoRosie une mise en bouche idéale. Certains se seront sans doute demandé, mercredi soir, en quoi chantait ce frêle rouquin barbu au pull marin... Ca nous est tous déjà arrivé devant des groupes à l'anglais très approximatif. Mais le singer songwriter liégeois s'exprime en galionka. Une langue imaginaire qu'il a lui-même créée et qui laisse dans un premier temps les quelques spectateurs ponctuels bouche bée. Si la soirée est si particulière pour Benoît Lizen, ce n'est pas parce qu'il jouait encore au Grand Salon de Concert (la plus petite jauge des Nuits et pour remplacer Gambles au pied levé) il y a deux ans. C'est parce qu'il collabore ici sur trois morceaux de son concert avec le Mons Orchestra. Entouré d'une batterie, d'une clarinette, d'une trompette, d'un cor et d'un trombone, le biologiste, ancien chercheur universitaire et d'habitude artiste solitaire, explore de nouveaux territoires. Direction la Louisiane, le début du siècle dernier... Les fanfares de la Nouvelle-Orléans ou le travail, plus proche de nous, d'un CW Stoneking.

CocoRosie

CocoRosie © Olivier Donnet

Mettre des artistes de chez nous à l'honneur, leur permettre de grandir, d'évoluer musicalement aussi... Le Botanique s'accroche à ses missions et pour l'occasion Benoît Lizen prend de nouvelles couleurs. Une séduisante mais encore un peu inaboutie manière d'élargir sa palette. Celle de CocoRosie a toujours joué avec les contrastes. Quitte à déplaire parfois. Des bas, des rastas, un short de boxeur (ou de basketteur), une casquette et des baskets pour Coco. Une robe rose à pois noirs, des ballerines et des longs cheveux éclaircis pour Rosie... Les soeurs Casady ont toujours eu un sens particulier du look, une conception singulière de la mode. Mode quelque part à l'image de leur musique. Bricolée, dépareillée, improbable... Accompagnées d'un claviériste et de Tez, leur fidèle human beatboxer, les frangines qui jongleront tout au long de la soirée avec les instruments (harpe, synthé, harmonica et autres bidouillages) ouvrent avec le splendide Heartache City qui a donné son titre à leur nouvel album. Celui du retour en grâce et aux sources. Avec Tim & Tina, Un Beso, Lucky Clover, le début du concert, plutôt intimiste, lui est pratiquement réservé. Bianca chante, rappe de cette voix nasillarde qui nous rappelait jadis Karen Dalton. CocoRosie sait provoquer de vrais moments de magie (ce dont il ne se prive pas d'ailleurs) mais dans sa fête foraine pour grands enfants (juste une image, le décor étant réduit à son plus simple appareil), le concert de mercredi ressemblait surtout à des montagnes russes. Avec des petites merveilles comme l'entame a cappella de We Are On Fire mais aussi des instants crispants où Sierra en fait des tonnes et donne à la soirée des relents d'Eurovision (quand elle n'est pas rejointe par un drôle d'invité mystère à la voix androgyne). Entre Lemonade, le fond sonore de la publicité pour Alfa Romeo (il n'y a pas de petits profits, a fortiori quand on reprend son destin en main et sort soi-même ses disques) et un numéro étourdissant, en solo, de leur boîte à rythmes humaine, Bianca et Sierra dessinent des paysages parfois moins poétiques et plus "grossiers" que d'autres mais restent une réjouissante anomalie dans un monde de la musique ultra formaté. Le public l'a depuis longtemps compris. Celui du Cirque s'en est allé conquis...

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