Locaux de répèt', bonjour la galère!

14/09/12 à 14:43 - Mise à jour à 14:43

Caves bunkerisées, bouts de hangars ou d'usines déclassées, espaces chers ou parfois planques chics persos, le local de répétition pour groupe rock a le statut de réfugié, même pas politique. Illustrations.

Locaux de répèt', bonjour la galère!

Le buzz belge de cet été -cf. Paradise- répète régulièrement chez les parents du batteur de son trio, dans une sorte de chic "cabane de jardin" à la déco Marie-Claire, au coeur du Brabant Wallon bobo. © Philippe Cornet

Flash-back. Le bâtiment est sinistre mais on franchit quand même sa porte ébréchée alors qu'un "vraoum" monstrueux cogne la brique intérieure, rouge de fatigue. On note que les multiples portes en contreplaqué vibrent sous un éclairage au teint javellisé d'autoroute nocturne. L'endroit est glauque mais l'emplacement imbattable: plusieurs centaines de mètres carrés au centre de Bruxelles, une vingtaine de boxes transformés en locaux de répétition ouverts 24 heures sur 24. En plus, on ne sent même pas la charcuterie turque, stockée dans l'autre partie du bâtiment. Quelques semaines de notre année 1990 passent dans ce havre de bruit à tourner un reportage pour feu Strip-Tease (à voir dans la rubrique Focus TV). Au bar dûment installé dans l'un des locaux, on croise la populace d'une ruche besogneuse: beaucoup de hardeux mais aussi ce mec de la cinquantaine, très propre sur lui. En cassant un mur de son double local, le voilà locataire d'un loft où il écoute à fond -faut bien couvrir le voisinage- le divin bruit de Mozart et de Bach. "Je suis ici parce que je ne veux pas que ma femme, divorcée, me retrouve, aucune intention de payer une pension alimentaire." Plus loin, une douzaine de Congolais s'entassent dans quelques mètres carrés pour honorer la gloire de Simon Kimbangu (1), sinon, c'est plutôt la routine: la majorité des groupes ont les cheveux longs et, à ce qu'on peut en entendre, les idées musicales plutôt courtes. Amplis à fond, guitares affamées, hurlements de loups asservis, groupies, alcool et stups: c'est Spinal Tap sur Molenbeek. Quelques temps après, Atikoglu, pseudo du propriétaire turc qui donne son nom à l'endroit, vire tous les décibels chevelus, et transforme son usine en dortoir à clandestins. C'est plus calme. Deux ans plus tard, la justice met fin au cirque illégal, aujourd'hui l'usine rasée fait place à un énorme bâtiment bobo qui domine le canal voisin.

Deux décennies plus tard, malgré la prolifération des home-studios, le groupe rock a toujours besoin d'un local de répétition, son appendice naturel, son faux-frère obligatoire, son chemin de Damas. A Bruxelles comme dans toutes les villes, l'incertaine catégorie relève toujours du plaisir tarifé. Voilà ce qu'en dit David Bartholomé, avec et sans Sharko: "Y a-t-il, à Bruxelles, une impossibilité totale de répéter dans de bonnes conditions? Les lieux semblent inexistants, les bonnes idées/entreprises semblent avoir été découragées il y a très longtemps. Les locaux "officiels" qui restent sont hors de prix, ou fort sales, ou pas faits pour ça. Il y a 20 ans, il y avait le First Floor, rue Verhaegen. Aujourd'hui disparu. J'ai connu ensuite les Glacières, mais à l'époque, avec les rats, la probabilité de choper une pneumonie ou de te faire tuer par des gangsters (sic), je me suis vite enfui. Nous répétions un temps dans une immense cave à Koekelberg mais le proprio, qui nous savait en détresse, nous louait ça 600 euros par mois. Ça puait la mort et il fallait faire 200 m pour y accéder depuis une porte en fer (avec tout le matos après les concerts, c'était sympa). Les locaux du Novanoïs étaient... disons un peu chers pour nous, donc nous avions ensuite trouvé campement au studio Rising Sun. Puis dans un studio (humide) à Beersel. Puis nous avions loué un local à Wavre, mais les voisins se plaignaient." Là, David répète avec son jeune batteur dans la grande maison des parents de celui-ci, isolée, sans déranger personne, mais à 40 kilomètres de Bruxelles, ville où habite le Sharko en chef. Un système D largement partagé par la profession. Illustrations...

(1) PRÉDICATEUR CONGOLAIS (1887-1951)

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