Les trésors cachés des Nuits Secrètes

06/08/12 à 15:30 - Mise à jour à 15:30

Le festival ch'ti tire toute son originalité de deux concepts atypiques: les Parcours secrets et les Secret Sessions. Et comme pour conserver une part de mystère, y accéder se mérite. Mais le jeu en vaut sacrément la chandelle.

Les trésors cachés des Nuits Secrètes

© Noah Dodson

En cette fin d'après-midi, la foule s'amasse devant l'entrée du Jardin. Des files peu disciplinées se forment devant trois bus garés l'un derrière l'autre. Ils ont tous une destination bien précise, un parcours secret inconnu des passagers. Dans le car B, des lampions de papier orange et mauve sont suspendus et les fenêtres décorées d'affiches du festival pour empêcher, tant bien que mal, les passagers de voir le trajet. Mais un petit carré de vitre resté découvert permet la tricherie. Un champ de blé, une chapelle à moitié abandonnée: une chose est certaine, la destination sera champêtre. A l'intérieur, ça chante et ça s'agite au fur et à mesure que le voyage s'éternise. Quand le car s'arrête, on remercierait presque le chauffeur parce que les chansons paillardes et le son perçant de la petite flûte commençaient à avoir raison de notre bonne humeur.

Après une courte marche, l'endroit du concert se dévoile à des bouilles enchantées. Le cadre bucolique du moulin à eau de Maroilles semble tout droit sorti d'une carte postale. Un calme enchanteur règne le long du cours d'eau qui alimente le bâtiment en briques anciennes. Par contre, dans une salle sous la charpente du toit, la quiétude du lieu en prend un coup. L'artiste qui s'y produit s'appelle Steve Smyth. Le jeune Australien barbu, frère spirituel de Timber Timbre et de Josh T. Pearson, éructe un folk rock blues incandescent, accroché à sa guitare. Accompagné ou non par son batteur (qui semble captivé par la performance vocale de son acolyte), il met toutes ses tripes, corps voûté et yeux clos, dans les morceaux de son premier album Release. Il aurait fallu que Bon Iver se fasse larguer dix fois par Emma pour propager un tel désespoir. Sa voix, tantôt rocailleuse, tantôt céleste, hante la salle obscure aux murs et parquet d'un bleu-vert étrange. Et lorsqu'il lâche le micro pour un morceau a cappella où il donne le rythme à coups de boots noires, les poils se dressent sur nos avant-bras. On verrait presque les fantômes de Nick Drake et Jeff Buckley se convier à ce rituel tourmenté.

A la fin du concert, on se dit qu'on ne peut laisser partir un tel phénomène sans l'interviewer. Le timing étant trop serré, rendez-vous est pris plus tard dans la soirée à l'entrée des Secret Sessions. L'occasion parfaite pour découvrir ce lieu énigmatique dont on a à peine entendu parler jusqu'à présent.

A une heure du mat', après s'être un peu perdu dans le village, on débarque au Théâtre Léo Ferré. C'est là que les Secret Sessions ont pris leurs quartiers pour la deuxième année consécutive. En attendant notre homme, on s'installe dans un fauteuil surplombé d'une tête de cerf et d'une armada de petites poupées en porcelaine flippantes. Les organisateurs en profitent pour nous faire un topo: quelques musiciens du coin et un studio éphémère sont à disposition des artistes se produisant au festival. Si le coeur leur en dit, ils peuvent les rejoindre. Ils ont alors deux heures pour enregistrer un morceau. Le tout est filmé, retransmis en direct dans un salon attenant à la décoration gothico-loufoque soignée et balancé sur la toile. Les morceaux sont téléchargeables pour un prix variable reversé à une association du coin. Ce concept d'échangisme musical est séduisant. Par un passage en forme de serrure géante, nous accédons au lieu d'enregistrement. Malgré l'heure tardive, ça s'active aux instruments. Benoît Carré, frère de l'actrice Isabelle, prépare un titre avec la complicité d'un invité surprise, Baptiste Lalieu alias Saule. La joyeuse bande concocte sous nos yeux Lalala, un morceau festif et agréable à voir naître. On aurait presque envie de les rejoindre et on aurait pu ne pas s'en priver suite au petit quiproquo qui nous fait penser que certains membres de l'équipe nous ont pris pour des artistes...

Alors, même si Steve Smyth n'est finalement jamais arrivé, on se dit que la soirée n'a pas été perdue. C'est ça, la magie des Nuits Secrètes: quand on cherche, on trouve.

Kevin Plasman (stg)

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