Le hip-hop belge ne perd pas le nord

26/04/17 à 11:53 - Mise à jour à 12:07

Alors que le rap belge francophone connaît ses plus belles heures avec notamment Roméo Elvis, Damso ou Caballero & Jean Jass, les néerlandophones ne sont pas en reste et créent des ponts.

Le hip-hop belge ne perd pas le nord

Zwangere Guy du groupe Stikstof © Capture d'écran

Voilà un domaine où le sud de notre pays n'a pas à rougir face au nord. Ces derniers mois, sans doute depuis la sortie de l'hymne Bruxelles arrive, les amateurs de rap francophone ne cessent de s'extasier devant chaque prouesse de Damso, de Caballero & JeanJass ou de Roméo Elvis. Ce dernier trônait d'ailleurs récemment en couverture chez nos confrères de Knack Focus. Ils s'érigent en véritables porte-drapeaux d'une nouvelle génération du hip hop qui comporte de nombreux artistes qui ne demandent qu'à attirer la lumière, comme L'Or du Commun, Le 77, Isha, Nixon ou encore Krisy pour ne citer qu'eux.

Du côté néerlandophone, on surfe aussi sur cette hype belge pour s'exporter hors de nos frontières qui sont bien souvent trop étroites. Pour cela, ils sont nombreux à avoir choisi de délaisser la langue de Vondel pour celle de Shakespeare pour s'ouvrir au marché mondial. Pratiquant un hip-hop proche de ce qui se fait aux États-Unis ou au Royaume-Uni, les Bringhim et autres Dvtch Norris marchent dans les sillons tracés par l'Anversoise Coely ou Woodie Smalls qui, en un album et une mixtape, a su convaincre les amateurs du genre. Plus récemment, la raposphère a vu débarquer le jeune Yung Mavu avec un morceau réinterprétant l'instrumental et l'univers d'Harry Potter, le plus célèbre des sorciers. En un claquement de doigts, il atteint les millions de vues sur son clip et il devra faire bien attention à la suite d'une carrière qui a débuté sur les rives de l'Escaut. Les deux régions partagent en tout cas une autodérision bien belge.

D'autres ont fait le choix plus compliqué d'assumer à fond leurs origines et de rimer en néerlandais. Et si cette langue n'est ni la plus répandue ni la plus appréciée, ils réussissent à tirer leur épingle du jeu en proposant un univers plus décalé. En suivant les pas des Hollandais de De Jeugd van Tegenwoordig qui avaient ouvert la voie il y a une dizaine d'années ou de Gers Pardoel qui avait squatté les radios francophones avec son titre Ik neem je mee, certains tentent tant bien que mal de tirer leur épingle du jeu. Les plus fiers représentants de cette branche sont les membres du groupe Stikstof, que ce soit ensemble ou dans leurs différents projets solos. Après un premier album sorti il y a 3 ans, passé un peu inaperçu du côté francophone, leur deuxième disque paru l'an dernier leur a permis d'entrer en force dans le rap jeu belge et de traverser la frontière linguistique, notamment grâce à leur collaboration avec Roméo Elvis.

Les différents MC de Stikstof ne semblent pas rassasiés de ce succès naissant et tentent également leur chance dans d'autres projets par des collaborations avec différents artistes ou en solo. C'est le cas de Jazz, un des 4 paroliers du groupe, qui s'est allié au producteur bruxellois Phasm pour former Swiss Bank. Leur particularité réside dans le fait qu'ils ne partagent leur projet qu'en version physique sans passer par la case streaming pour créer un objet rare et il y a fort à parier que leur prochaine sortie qui répond au nom de #QPLV s'arrachera dès sa mise en vente. Et pour pouvoir organiser un concert avec le duo, cela coutera le prix de deux casquettes Gucci. Le deuxième à s'être échappé du groupe bruxellois est Omar G qui pour l'occasion s'est renommé Zwangere Guy. Rempli d'autodérision, il se décrit lui-même comme le David Beekkant des terrains de football ou comme le champion de Scrabble de la basse classe bruxelloise. Sa première mixtape Zwangerschapsverlof Vol.3 résume bien l'unité du paysage du hip-hop belge actuel puisqu'il comporte des collaborations avec Roméo Elvis, Primero de L'Or du Commun ou encore Le 77.

Dans une veine plus commerciale, le nom à retenir est celui de Johannes Faes, plus connu sous celui de Tourist LeMC. Parmi ses influences, il cite volontiers le hip-hop français de la fin des années 1990 et il aime faire voyager ses textes sur des rythmiques jouées par de véritables instruments. Il a rapidement réussi à se trouver un public des deux côtés de la frontière et son deuxième album En route, sorti en 2015, est certifié disque de platine (plus de 40.000 exemplaires), un fait assez rare pour un artiste belge que pour être souligné.

À leurs côtés, impossible de ne pas citer le duo bruxellois Berrykrimi et leur album Elke Dag sorti durant l'été 2016. Armés de leur rap vaporeux porté par des instrumentales teintées de jazz, ils parviennent à faire du néerlandais une langue apaisante.

Si certains semblent prendre les devants d'une scène en développement constant, ils sont nombreux à se bousculer derrière eux pour continuer à entretenir la flamme. Parmi les prochains à pouvoir prétendre se retrouver sous le feu des projecteurs, on peut citer Brihang, Jay Mng, Seba, le producteur Yung Umbro qui s'associe à une quantité de rappeurs néerlandophones, Onze Zaak ou encore MF, mais ils sont bien plus à se trouver en embuscade dans le but de faire voyager cette langue qui peut paraître si rebutante.

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