La péniche Fulmar poussée à " déguerpir " ?

28/05/10 à 19:46 - Mise à jour à 19:46

L'une des instituions flottantes du quai des Péniches salle de concerts, de soirées et d'anniversaires, est au centre d'un litige opposant Port de Bruxelles et propriétaires. Une histoire assez floue de rapport de pompiers...

La péniche Fulmar poussée à " déguerpir " ?

Quel noceur bruxellois n'a jamais, au moins une fois dans son parcours nocturne, foulé l'incertain ponton des salles flottantes du quai des Péniches ? Pas qu'elles soient en tête du top 50 des usines à danse les plus sexys de Bruxelles, mais elles font partie des meubles, et on se laisse toujours embarquer, bon gré mal gré, pour un anniversaire, un concert ou une soirée bizarroïde sur l'enfilement de bateaux amarrés aux berges du canal. Cette harmonie sera-t-elle bientôt mise en cause ? La péniche Fulmar, l'une des têtes de gondole de cette fratrie, devra-t-elle " déguerpir ", comme l'y enjoint si élégamment le Port de Bruxelles ?

Côté organisation comme côté port, c'est version contre version.
Honneur à l'autorité, pour commencer, et puisque le premier pétard vient de là-bas : le Port affirme que ses injonctions concernant les mesures de sécurité n'ont pas rencontré l'écho escompté, du moins pas dans les bons délais : " Depuis la fin décembre 2009, nous demandons aux propriétaires de la péniche Fulmar qu'ils nous remettent les documents nécessaires à l'exploitation, notamment le rapport des pompiers. On ne l'a jamais reçu. En janvier dernier, nous avons réitéré la demande, en février aussi, en accordant chaque fois un délai supplémentaire d'un mois. En mars, on leur a dit que tant qu'ils ne nous remettaient pas ce document, nous n'allions pas renouveler leur concession ", entonne Sylvain Godfroid, attaché de communication au Port de Bruxelles, à qui appartient le foncier sur lequel évolue cette salle de concert flottante.

Ils nous l'ont demandé, nous nous sommes exécutés.

La concession d'exploitation se renouvelle normalement tous les six mois. Le bail démarrant au 1er janvier 2010 n'a donc jamais été accordé, le port se contentant manifestement d'avancer mois par mois dans le dossier. Mois par mois, jusqu'au 12 mai, date où une lettre assassine vient avertir les tenanciers du Fulmar qu'ils doivent " déguerpir " - c'est en tout cas la formulation agressive que dénoncent les propriétaires - d'ici le 1er juin. Sur les berges du canal, la version diffère sensiblement de ce qui est évoqué au sein des autorités portuaires.

" Il y a quelques mois, le Port nous a effectivement demandé le rapport des pompiers, mais nous nous sommes exécutés : les pompiers ont mis du temps à venir, mais ils sont venus. J'ai faxé le rapport au Port, rapport où les pompiers nous mettaient en garde contre deux ou trois bricoles pas très graves. Nous avions notamment du matériel sous les escaliers qu'il a fallu déposer à la déchetterie : pour ce faire, nous avons dû l'entreposer deux ou trois jours sur le pont, le temps de préparer le transfert. Les autorités portuaires se sont emparées de ce détail pour traiter notre projet de dépôt d'immondices dans leur lettre, ce qui est à tout le moins insultant ", confie Walid Khalil, l'un des deux propriétaires de la péniche.

Pour ce musicien de profession, embarqué à la tête du Fulmar depuis un an et demi, l'absence de communication avec la direction du port, - " malgré mes appels, fax, mails - j'ai les preuves ", assure Walid - expliquerait ce malentendu.

Scandalisé

Ce vendredi, les pompiers sont censés venir faire un nouveau tour d'inspection. L'espérance d'une éclaircie : " S'il s'avère que les pompiers sont bien venus ce vendredi et que le bateau est en règle, le conseil d'administration du port pourrait revoir sa position, ou en tout cas réexaminer le dossier : il est quand même dommage d'en arriver là pour de la paperasserie, mais on ne peut pas se permettre de déroger aux règles, qui sont les mêmes pour tout le monde ", lance encore Sylvain Godfroid.

Walid Khalil, de son côté, se dit " scandalisé " par l'absence de considérations dont souffriraient les institutions culturelles bruxelloises : " On est une ASBL culturelle qui fait tout ce qu'elle peut pour promouvoir des artistes, pour aider jeunes et moins jeunes, et on nous met des bâtons dans les rues au lieu de nous aider. On nous donne des contrats au mois : comment voulez-vous, dans ces conditions que nous envisagions des investissements conséquents, sur le long terme ? " La question se pose, forcément. Sans compter que les patrons du Fulmar comparent leur situation à celle du magasin 4, autre institution underground en perdition. Comme si Bruxelles n'aimait pas choyer celles qui la font vivre de culture.

Guy Verstraeten

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