Je suis allé à Werchter avec une amie qui n'avait jamais vu de concert de sa vie (*)

03/07/17 à 14:47 - Mise à jour à 04/07/17 à 09:40

Compte-rendu de la dernière journée du festival brabançon, avec les Foo Fighters en tête d'affiche, au travers du regard d'une trentenaire néophyte en la matière.

Je suis allé à Werchter avec une amie qui n'avait jamais vu de concert de sa vie (*)

Foo Fighters © Wouter Van Vaerenbergh

"À demain! C'est mon baptême festival et concert, tu n'imagines pas comme je suis impatiente!" À moins de douze heures d'une journée à Werchter qui s'annonce toute particulière, Hélène ne tient plus en place. Revérifie sept fois la météo du lendemain. Bombarde Whatsapp de messages inquiets, curieux, à la recherche du moindre conseil utile. C'est qu'elle, l'institutrice de 33 ans, n'y connait pas grand-chose aux raouts d'été, à leurs plaines boueuses et leurs chapiteaux bondés. Jusqu'ici, l'occasion ne s'était tout simplement pas présentée, elle pour qui la musique n'est pas une préoccupation centrale. Hélène, c'est la femme d'un de mes meilleurs amis. Celui avec lequel on a monté nos premiers groupes vers quinze ans, tannant parents et voisins à grand renfort de reprises de Nirvana beuglées avec plus d'intention que de talent. Notre premier "vrai" groupe, qu'on avait appelé Thurmann en hommage à Uma, c'était d'ailleurs le seul (*) qu'Hélène avait vu en concert avant de franchir les portes de Rock Werchter ce dimanche.

Au cours du trajet vers le festival, elle se souvient comment elle a impressionné Quentin au début de leur relation: dans l'autoradio, une compile bourrée de classiques du rock qu'affectionne particulièrement son futur mari. Sauf que la K7, c'est son frère qui lui a compilée, et que de son propre aveu, elle "n'y connait rien". Tout au plus, elle explique être fan"de Hooverphonic et Lamb, qu'un co-koteur écoutait en boucle pendant mes études". Alors aujourd'hui, elle nous laisse les commandes pour composer le programme de la journée.

C'est un peu un concours de circonstances qui fait qu'elle se retrouve aujourd'hui avec nous. Il y a deux ans, Hélène avait offert à Quentin pour ses trente ans une place pour Werchter où les Foo Fighters devaient se produire avant l'annulation due à la chute de Dave Grohl. Au lendemain du rendez-vous manqué, elle lui fait une promesse: "s'ils reviennent, je viens avec toi". Pas spécialement par amour pour le groupe, mais plutôt pour vivre un moment particulier ensemble.

"Et si on me parle flamand?"

"J'ai trop peur de devoir parler flamand, confesse notre amie en arrivant sur le site. Je sais commander une bière mais qu'est-ce que je fais si on m'adresse la parole pour autre chose?" Ouf de soulagement: dès les premiers contacts, la faune locale répond dans un français aussi approximatif que l'est son néerlandais.

C'est avec Thurston Moore qu'on entre dans le vif du sujet. "Jamais entendu parler." Ce n'était peut-être pas la mise en bouche la plus judicieuse pour une néophyte, mais vu le culte que je voue à l'ex-Sonic Youth et les claques à répétition reçues lors de ses derniers passages par chez nous (à l'Openluchttheater Rivierenhof ou au Pukkelpop, notamment), il me fallait essayer de convaincre Hélène. Coup dans l'eau: "Il chante un peut tout le temps de la même manière." "Tu m'avais annoncé un concert planant, je m'attendais à quelque chose de plus calme à la Hooverphonic (sic)." À sa décharge, ce n'était pas, et de loin, le meilleur concert du Thurston, mal desservi par un dernier album, Rock'n'Roll Consciousness, en pilotage automatique.

Alison Mosshart (The Kills)

Alison Mosshart (The Kills) © Wouter Van Vaerenbergh

Suivent les Kills sur la Main Stage, qui passent déjà beaucoup mieux, même si les sarcasmes amusés s'enchaînent: c'est qu'on a déjà quelques bières dans le gosier. "Dis, le guitariste, il tient un magasin de guitares sur scène?" "Il a un look de vieux pervers avec ses lunettes." "Alison, elle joue au renard qui passe!" On passe aussi brièvement devant les atroces Lumineers ("C'est le seul nom que je connaissais à l'affiche, mais ça craint, leurs "Hé!... Ho!" à chaque chanson.") avant de se diriger de commun accord vers The Barn pourSoulwax. C'est là qu'Hélène goûtera avec nous aux travers du gigantisme festivalier: arrivés près de 45 minutes avant le début du concert, on n'arrive à se glisser que dans les dix derniers mètres du chapiteau déjà bondé. Qui sera fermé un quart d'heure plus tard... Clair qu'à 88.000 personnes sur le site par jour, les places sont chères là-dessous. Soit. L'attente en aura valu la chandelle, surtout pour le monstrueux show qu'offrent les trois batteries sur scène (Igor Cavalera et Victoria Smith, ces animaux!). Mais d'avis commun, ça manque de volume, ça manque de basses pour donner vraiment l'envie de danser. La faute à notre mauvaise place sous la tente?

On s'éclipse alors quelques minutes avant la fin du set pour aller poireauter devant la Main Stage et se réserver une place aux premiers rangs pour les Foo Fighters. "J'espère qu'ils vont faire Best of You, c'est la seule que je connais", trépigne Hélène. Ne t'inquiète pas: il y a peu de chances qu'ils l'oublient à la setlist. Dave Grohl et consorts ne feront d'ailleurs pas dans la dentelle ce soir, attaquant en force avec le combo All My Life/Times Like These/Learn to Fly. S'égarent un peu trop dans les récentes erreurs (horreurs?) discographiques, mais retombent systématiquement sur leurs pattes. Et clôturent, sans rappel ("À quoi bon perdre du temps à faire semblant qu'on ne va pas revenir sur scène?", glisse Dave Grohl), sur un autre trio gagnant, This Is A Call/Best of You/Everlong. Hélène dégaine le smartphone pour immortaliser le moment qu'elle revisionnera dès le retour en voiture. "2h30 de concert! J'ai peur de trouver le temps long", s'inquiétait Hélène en début de journée. Avec les étoiles qu'on a vues briller dans ses yeux durant une bonne partie du concert, on n'a même pas eu besoin de lui demander si elle avait envie de retenter l'expérience festivalière...

(*) Ou presque: au cours de la journée, Hélène se rappelle quand même avoir vu Stromae au Palais 12 avec des copines, "mais ce n'était pas terrible, il s'était cassé le pied et ne bougeait pas beaucoup"...

Le fil de la journée

Nos partenaires