Grooveshark rend les armes, la fin du web libertaire?

02/05/15 à 16:56 - Mise à jour à 06/05/15 à 14:49

Source: Belga

Il n'aura pas fallu attendre une semaine pour que le site de streaming, précurseur illégal de Spotify, refasse surface. Il avait pourtant été fermé jeudi dernier après plusieurs années de litiges en justice engagés par les majors du disque au sujet des droits d'auteur. L'amende promet d'être historiquement salée.

Grooveshark rend les armes, la fin du web libertaire?

Grooveshark © capture d'écran

Sa page d'accueil affichait vendredi matin un texte sur fond noir expliquant que "malgré les meilleures intentions, nous avons fait de très grosses erreurs". "Nous n'avons pas souscrit aux autorisations des détenteurs de droits pour la vaste quantité de musique du service." "C'était mal. Nous présentons nos excuses. Sans réserve", ajoutent les responsables du site, sans doute le couteau de la justice sous la gorge.

"Dans le cadre d'une transaction amiable avec les plus grandes maisons de disques, nous avons accepté de cesser immédiatement nos opérations, d'effacer toutes les oeuvres en stock couvertes par des droits d'auteur et de renoncer à la propriété du site, de nos applications mobiles et de notre propriété intellectuelle, y compris nos brevets et droits d'auteur", poursuit la société.

700 millions de dollars d'amende

Apparu en 2006, soit bien avant l'avènement de Spotify et des plateformes de streaming légal, Grooveshark était sans doute l'un des plus beaux représentants du Web libertaire, celui où, si quelque chose n'était pas (encore) interdit, c'est forcément que il devait être autorisé. Mais s'il rejoint les oubliettes du Web illégal aux côtés de Napster ou LimeWire, l'amende dont il pourrait écoper devrait être historiquement salée, à hauteur 700 millions de dollars alors que Napster n'avait dû en débourser "que" 26 à l'issue de son procès en 2001. Et outre les excuses publiques formulées sur son site Web, Grooveshark devra céder la propriété de son site, ses applications mobiles et tout ce qui relève de sa propriété intellectuelle. Ouch.

On se rappelle que Grooveshark a été l'un des premiers sites qui permettait d'écouter gratuitement de la musique à la demande. Les morceaux étaient mis en ligne sur le site par les utilisateurs eux-même, pour être rendus publics. Problème: les concepteurs du site n'avaient pas pris soin d'acquitter les droits d'auteurs auxquels ces chansons étaient sujettes.

Si la société -qui affirmait avoir 30 millions d'utilisateurs par mois et brassait de la pub venant entre autres de Mercedes Benz- avait réussi à trouver des accords avec plusieurs maisons de disques indépendantes, les trois grandes majors étaient restées intransigeantes. Et en septembre dernier, un juge fédéral estimait que les dirigeants de Grooveshark avaient encouragé les utilisateurs à poster des fichiers musicaux, y compris certains qui avaient été retirés précédemment suite à des plaintes.

Depuis le lancement du site, le streaming a obtenu ses lettres de noblesse avec, au premier rang, le site suédois Spotify créé en 2008 et qui revendique aujourd'hui 60 millions d'utilisateurs, dont 15 millions d'abonnés à son service premium, sans publicité.

UPDATE: De retour en ligne après une semaine

Nouveau rebondissement en date du 6 mai: à peine une semaine après avoir été supprimé, un clone de Grooveshark faisait surface sur un autre domaine, grooveshark.io (oui, .io comme... indian ocean). La plateforme est une "réplique" qui promet " de reproduire l'interface de Grooveshark dans son entièreté", comme le rapporte Consequence of Sound.

"Shark", le petit malin derrière cette réapparition, s'explique chez BGR: "Je me suis mis à faire des backups de tout le site quand j'ai commencé à suspecter que la fin de Grooveshark était proche. Mes soupçons se sont confirmés quelques jours plus tard quand ils l'ont fermé. À l'heure où le site fermait, j'avais déjà sauvegardé 90% du contenu du site, et je travaille aujourd'hui à récupérer les 10% restants."

On ne sait pas combien de temps ce rafistolage tiendra, mais il est néanmoins une preuve de plus que l'Internet est une véritable Hydre de Lerne. Qu'on lui coupe la tête...

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