Godspeed You! Black Emperor - Allelujah! Don't Bend! Ascend!

07/11/12 à 17:08 - Mise à jour à 17:08

POST ROCK | Après dix ans de mutisme discographique, Godspeed sort un nouvel album tendu, post-apocalyptique et furieusement engagé. Amen.

Godspeed You! Black Emperor - Allelujah! Don't Bend! Ascend!

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GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR, ALLELUJAH! DON'T BEND! ASCEND!, DISTRIBUÉ PAR CONSTELLATION/KONKURRENT. ****

Avec son nom tiré d'un documentaire japonais en noir et blanc consacré à une bande de motards, Godspeed You! Black Emperor est né pour rouler sur les sentiers de la liberté. Les bras en l'air et les cheveux au vent. Certes. Mais certainement pas le visage fouetté par l'insouciance. D'ailleurs, ouvertement et activement anticapitaliste, le groupe fondé en 1994 par Efrim Menuck et Mauro Pezzente sort de dix ans de sommeil discographique avec un album Allelujah! Don't Bend! Ascend! qui fait référence au "Printemps érable". Ce fameux mouvement social, emmené par les étudiants et déclenché par l'augmentation (75 % en cinq ans) des droits de scolarité universitaire, a secoué le Québec de février à septembre. Et il a encore pris de l'ampleur quand l'Assemblée nationale s'est attaquée au droit de manifester et a notamment voté une loi interdisant la tenue de piquets de grève à moins de 50 mètres des entrées d'établissements. Dispositions dénoncées par Amnesty International et le Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Le texte a depuis été abrogé mais les centaines de casseroles utilisées par Godspeed sur son disque font référence à la batterie de cuisine frappée chaque soir à 20 heures par les opposants à la Loi 78.

Il y a dix ans, Godspeed avait pris congé, épuisé par des tournées à dix et plus si affinités et fatigué de se voir sans cesse qualifié d'anarchiste alors qu'il se considérait comme militant du quotidien. Remonté par une actualité déprimante, il est de retour avec une déclaration de solidarité marquée par l'anticonformisme, l'intransigeance et l'indépendance qu'on lui connaît.

Titre d'ouverture de l'album, Mladic, Ratko de son prénom, fait référence au tristement célèbre criminel de guerre serbe, le boucher des Balkans, arrêté l'an dernier, et s'étend sur une vingtaine de minutes comme We Drift Like Worried Fire. Troisième des quatre pistes d'un disque menaçant, tempétueux, époustouflant, épique et en colère marqué par la conjoncture actuelle mais aussi par la participation de ses géniteurs à d'autres formations (Silver Mt. Zion, Set Fire to flames, Hrsta, Black Ox Orkestar...).

Relents celtiques, ornements orientaux... Les bâtisseurs de cathédrales sonores réussissent un incroyable tour de force. Aussi curieux que cela puisse sembler, Allelujah! est un disque sans parole et militant. Sans doute même l'un des albums les plus engagés de ces 20 dernières années. Le grondement d'une partie de la jeunesse et plus largement d'une société prête à refaire le coup de mai 68 s'il le faut. On y sera peut-être plus vite qu'on le croit.

LE 3/11 À LA CONDITION PUBLIQUE (ROUBAIX) ET LE 7/11 AU CIRQUE ROYAL.

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