Eagles of Death Metal à Forest, comme si de rien n'était

26/02/16 à 12:32 - Mise à jour à 12:32

Ce jeudi à Forest (Club), le groupe de Jesse Hughes venait jouer le concert qu'il n'a pas pu donner au Cirque Royal, initialement prévu deux jours après les événements du 13 novembre. Concert qui aura également été le dernier d'une tournée avortée le lendemain. Compte-rendu sur le fil.

Eagles of Death Metal à Forest, comme si de rien n'était

Eagles of Death Metal à Forest Club, le 25 février 2016. © Olivier Donnet

Ces derniers jours, la surmédiatisation autour des Eagles of Death Metal, qui renouent avec la scène trois mois après les attentats de Paris, leur a valu un sérieux retour de flamme auprès de l'opinion publique. Si, au lendemain des attaques, de nombreuses interviews de Jesse Hughes avaient déjà été ressorties des vieux tiroirs, mettant en exergue sa passion pour les armes ou pour l'énergumène Trump, le couperet tombait définitivement quand le bougre expliquait au micro de Claire Chazal qu'il verrait bien une société où tout un chacun porterait une arme. NRA fever.

Tout à coup, on se retrouve le cul entre deux chaises puisque des Eagles of Death Metal, on se fait une affection toute particulière depuis leur découverte en 2004 via le Belge Tim Vanhamel et le saint patron Josh Homme. Mais soudainement, aux yeux de beaucoup, il semblerait qu'il soit de mauvais goût de porter dans son coeur la musique d'un groupe dont le leader a des idées un peu trop à droite. Sauf qu'à suivre ce raisonnement un peu hâtif, il devrait être également de bon ton d'écarter bien vite de nos radars les Clint Eastwood, Bruce Willis, Brad et Angelina, Jennifer Lawrence, Eric Clapton, James Hetfield, et autres militants pro-NRA notoires. Certes, ceux-ci n'ont pas été directement impliqués dans des attentats terroristes et n'ont donc pas été au centre de l'attention médiatique, ouvrant un boulevard à leurs idées les plus crasses...

Fête surtout, commémoration un peu

Quoi qu'il en soit, nous étions donc à Forest National ce jeudi en mode fête principalement, commémoration un peu. Parce que (attention, cliché assumé) c'est ça avant tout que sont les Eagles of Death Metal: un groupe rock'n'roll à la limite de la parodie, qui se joue des codes pour mieux les exploiter. Dès son entrée en scène, cape au dos, Jesse Hughes ne traîne d'ailleurs pas à exhiber son torse tatoué, peigner ses cheveux gominés et sa moustache de camionneur, déambuler en funky chicken avec la guitare en bandoulière ou encore sermonner la foule à grand renfort de "Can I get an Amen? -AMEN!": on rappelle que le lascar a récemment été ordonné prêtre de l'Universal Life Church et dispense régulièrement son prêche dans des shows radio religieux...

Du reste, le concert sans réelle surprise semble avant tout être un parfait exutoire pour un groupe en manque d'amour. La setlist est remplie de bons moments, piochant largement dans les deux premiers (et meilleurs) albums du groupe, Peace Love Death Metal et Death by Sexy. De l'I Only Want You inaugural, avec un Uncle Sam décliné EODM en fond de scène, au Speaking in Tongues final (mais gâché par des solos interminables), on aura (presque) oublié que le groupe et son public étaient la cible des mitraillettes il y a quelques mois. En façade, les principaux intéressés en font aussi abstraction. Car de tout le concert, presque aucun mot n'aura été adressé à l'attention des victimes, à part un instant durant le premier rappel où Boots Electric, seul en scène et drapeau français sur l'ampli, fredonne un "I blow you a kiss" à l'attention des victimes et de Nick Alexander, membre de leur staff qui en faisait partie. L'autre moment d'émotion aura été l'inévitable hymne I Love You All the Time, repris en choeur avec les deux premières parties réunies sur scène, soit Sinner Sinners et White Miles, les seconds visiblement émus: ils étaient aussi au Bataclan le 13 novembre.

Tournée annulée

Ce matin, alors qu'on n'avait absolument rien suspecté la veille, un communiqué de Nous Production faisait irruption, semblant sortir de nulle part: "Eagles Of Death Metal est malheureusement contraint d'annuler les dernières dates de sa tournée européenne suite à la déchirure d'un tendon de son fondateur Jesse Hughes." Ah bon? À chaud, on ne peut s'empêcher d'y voir une excuse pour se délester d'une tournée chargée en émotion, même si le plaisir de jouer du groupe était particulièrement tangible. Le communiqué poursuit: "Ce dernier a tenté de jouer malgré la douleur pendant cette tournée, mais les médecins l'ont averti que la seule façon de guérir est d'arrêter de jouer immédiatement, au risque d'aggraver la blessure et de devoir annuler bien plus de shows durant de nombreuses semaines. Hughes déclare "Je suis catastrophé de ne pas pouvoir poursuivre ce retour en Europe qui a changé nos vies, mais il faut que je me retape pour pouvoir continuer à jouer du rock partout dans ce monde merveilleux, et revenir en Europe encore plus fort cet été." EODM annulera les dernières dates de sa tournée européenne actuelle." Comme on imagine la santé mentale du Jesse au moins aussi fragile que sa santé physique à l'heure actuelle, on veut bien lui accorder le bénéfice du doute...

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