Dour J5: le mot de la fin

17/07/17 à 14:32 - Mise à jour à 14:52

Voyage en Martinique (Chassol), coup de gueule prolétaire (Sleaford Mods) et fouille au corps. Dour 2017, this is the end...

Dour J5: le mot de la fin

sleaford Mods © Olivier Donnet

Dimanche. Dernier jour de festival. 14h30. La file d'entrée pour les bénévoles et les invités n'avance pas. Le service d'ordre fait du zèle. Passe cinq minutes sur le moindre sac. Retourne les poches. Explore les chaussettes. Ausculte les portefeuilles... Les mecs prennent le temps de renifler toutes les bouteilles (alcool interdit). Ouvrent tous les paquets de clopes et de tabac sur lesquels ils mettent la main. A ce rythme-là, l'année prochaine, c'est le test d'urine et la fouille anale. On n'a même pas droit à pareil traitement de faveur quand on prend l'avion à Zaventem... Et ce n'est pas du tout une question de sécurité. "C'est moi le plus malin ici," fanfaronne un membre du personnel en sortant deux malheureux pétards d'une petite boîte en métal. Génial. Quasiment une heure d'attente. On a déjà raté un des cinq groupes (Meatbodies) qu'on voulait voir de la journée. C'est pas le seul exemple un peu limite du week-end... Faut-il vraiment confisquer une bouteille d'eau à une fille en chaise roulante pour qui l'accès au festival est déjà un vrai parcours du combattant? "Moi, c'est la dernière fois. J'ai failli rebrousser chemin à mi parcours tellement on est loin," explique un trentenaire agacé par la grosse heure de marche qu'il vient de se taper... 37.000 personnes mercredi, 48.000 jeudi, 50.000 vendredi, 55.000 samedi et 52.000 dimanche. Faites les comptes: 242.OOO festivaliers en cinq jours... Ca ne se gère pas comme une fancy-fair.

On a beau avoir dormi dans un vrai lit et pris des douches quotidiennement, avec quatre jours dans les pattes, on est comme tout le monde un peu au bout de notre vie. Direction la Martinique. Chassol et son batteur invitent au voyage. Chassol, Christophe de son prénom, c'est ce pianiste français qui aime "harmoniser le réel" et faire des disques de ses expéditions. Qu'elles le mènent à La Nouvelle-Orléans, en Inde ou en ce qui concerne son dernier disque (Big Sun) sur les terres de ses parents. Chassol crée ce qu'il appelle des ultrascores. Il enregistre des sons de la vraie vie et les filme pour mieux les transformer ensuite en mélodie. Ca part de quelques mots, de pépiements d'oiseaux, de sonorités carnavalesques et puis ça s'envole, tournoie... Le concert est aussi visuel que sonore. Les images sont splendides et si le bonhomme qui a collaboré entre autres avec Phoenix, Sébastien Tellier ou encore Jean Rochefort a besoin de se concentrer pour caler ses notes avec tout le boucan que font les Deep Vally à côté (un peu bête quand même de ne pas l'avoir davantage isolé), l'expérience est aussi renversante que dépaysante.

"I'm not who you think you are"... Millionaire présente son nouvel album à La Caverne. Autant ce disque (Sciencing) enregistré au Costa Rica est bon, autant le concert a tendance à se déliter. Un saut chez Romeo Elvis, le fils de Marka (ah, c'est là que sont les gens), un petit tour par Hanni El Khatib (qui a quand même bien mal tourné depuis son premier album)... La claque du jour sera sans surprise l'oeuvre des Sleaford Mods. L'un danse vaguement, les mains dans les poches en buvant des bières. L'autre s'époumone, s'égosille, sue à grosses gouttes. Crache ses vers sur une société qu'il vomit comme un Johnny Rotten qui aurait préféré le rap au punk. Ici, c'est l'Angleterre ouvrière. Celle des bitures, des pubs décatis, des entretiens d'embauche. Army Nights, Moptop, Jobseeker... Victoire par KO. Les beats rachitiques d'Andrew Fearn et la prose décapante de Jason Williamson auront à coup sûr marqué les esprits. Désolé PNL, Justice et compagnie... Dour 2017, c'est déjà fini!

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