dEUS - Keep You Close *** (écoute intégrale)

13/09/11 à 09:54 - Mise à jour à 09:54

ROCK | Sixième album de dEUS, Keep You Close clôt le second cycle du groupe, entamé à la moitié des années 2000. Pas parfait, mais toujours pertinent.

dEUS - Keep You Close *** (écoute intégrale)

Un constat d'abord: même si dEUS n'est peut-être plus le groupe excitant des années 90, il reste toujours le plus important du Royaume. Un fleuron du rock noir-jaune-rouge, dont chacune des sorties est scrutée attentivement, y compris à l'étranger. A raison: même balloté et chahuté, dEUS a continué à chercher, là où tant de ses collègues des nineties -la décennie de l'alternatif triomphant- semblent aujourd'hui vidés de tout sens. Même dans ses moins bons moments, dEUS n'a jamais ronronné.

Sorti en 2008, Vantage Point n'était ainsi pas sans accroc, mais n'en comportait pas moins son lot de réussites, consacrant un nouvel équilibre du groupe, avec Barman en leader entouré d'un line-up désormais stable. Son titre trahissait aussi la perspective empruntée par le groupe, qu'aujourd'hui Barman décrit comme plus distante. "On s'est laissés mener trop loin en studio. Du coup, en live, les morceaux ne prenaient pas si bien. C'est un indice. La production était aussi trop moderne, trop comprimée. Maria Schneider par exemple n'a pas eu le traitement qu'il méritait. J'étais fier comme un con d'avoir écrit ce morceau. Mais il ne sonne pas bien, on est passés à côté. Il mérite une seconde chance. Pourquoi pas via quelqu'un d'autre comme Mark Lanegan, qui aime le morceau, ou même Iggy Pop?"

Jeu collectif

Pour Keep You Close, Barman a donc décidé de se recentrer sur le groupe. "Pour Vantage Point, je me mettais souvent dans la peau de quelqu'un d'autre pour trouver de nouvelles mélodies. Ici, la seule référence, c'est dEUS et les 5 mecs qui jouent dedans." La basse d'Alan Gevaert, par exemple, n'a ainsi jamais pris autant de place, et à côté de l'invité américain Greg Dulli, présent sur 2 titres, tous les membres donnent de la voix d'une manière ou d'une autre. A vrai dire, on n'est pas convaincu que le jeu collectif est ce qui convient le mieux à Barman. Reste en effet toujours cette impression que c'est dans la confrontation et la friction que le leader est le plus tranchant. Difficile par exemple d'accrocher à The End of Romance -"notre nouveau Serpentine!", s'enthousiasme Barman-, mais qui ne décolle pourtant jamais, baignant dans un parlando filmique. Après le majestueux Keep You Close (ses cordes somptueuses, ses coups de tonnerre retentissants), The Final Blast paraît lui aussi un peu fade.

Comme toujours avec dEUS, à l'image des entomologistes de la pochette, c'est en se penchant plus près que la richesse du propos apparaît. Dark Sets In crée une vraie tension, prolongée par le faussement calme Twice. Avec son départ léger comme un morceau de Belle & Sebastian, Ghost finit lui aussi dans le chaos organisé. Après Pocket Revolution et Vantage Point, Keep You Close clôt ainsi ce qui ressemble fort à une trilogie. "Dans mon écriture même, admet d'ailleurs Barman, je ne veux pas commencer à me répéter, à rabâcher tout le temps les mêmes thèmes. Il faut que quelque chose se passe." La fin d'un cycle pour dEUS? Si c'était le cas, même imparfait, il ne manquerait pas d'allure.

Laurent Hoebrechts

dEUS, Keep You Close, distribué par Universal. ***
En concert le 16/12 à la Lotto Arena (Anvers), et le 17/12 à Forest National.

 

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