Critique CD: Schoolboy Q - Oxymoron

10/03/14 à 09:00 - Mise à jour à 28/04/14 à 14:20

Source: Focus Vif

HIP HOP | En direct de L.A., Schoolboy Q livre son premier album -épatant- pour une major. Au menu: gangs, deals, dope et vie de famille. Gangsta rap's not dead...

Critique CD: Schoolboy Q - Oxymoron

Schoolboy Q © DR

Critique CD: Schoolboy Q - Oxymoron

Le rap, c'est un peu comme le cyclisme. Si les amateurs savent, les autres se poseront toujours la question: à quoi servent les équipes dans un sport aussi individuel que le vélo? Pareil dans le hip hop. L'ego trip y est roi, on se battle pour garder le micro. Et pourtant, le rap ne peut se passer très longtemps du collectif. Ces trois dernières années -à côté des grands déballages névrosés des Kanye West et autres Drake-, l'esprit de clan a même retrouvé une nouvelle pertinence. Exemple: Black Hippy, collectif de Los Angeles. Y sont affiliés Ab-Soul, Jay Rock, mais aussi Schoolboy Q et Kendrick Lamar. En 2012, ce dernier avait sorti Good Kid, m.A.A.d city, classique instantané auquel se mesurent tous les rappeurs depuis deux ans. Schoolboy Q y compris: "La barre a été placée très haut. Je veux faire aussi bien." Avec son premier album publié par une major, il n'en est pas très loin...

Watch the throne

Autant faire directement les présentations: "My daddy's a gangster", annonce une voix enfantine (sa fille, 4 ans), dès l'entame du disque (Gangsta). Né Quincy Matthew Hanley (1986), l'intéressé a traîné dans les gangs de South L.A., affilié aux Crips. Sous le manteau, rapidement, un peu de weed, un peu de crack, mais surtout pas mal de pilules (oxycotin). Un bref passage par la case prison aussi. Le gangsta rap, né à la fin des années 80 dans les quartiers craignos de L.A., a marqué le genre, pour le meilleur et pour le pire: avec Schoolboy Q, il retrouverait ici une nouvelle actualité. Lors d'une interview donnée à MTV, il expliquait d'ailleurs: "Je n'essaie pas nécessairement de remettre le gangsta rap à la mode. Je veux simplement rappeler que ce genre existe toujours et que j'en fais partie." On n'est toutefois plus en 1992. Moins Scarface que Sopranos (un mafioso sur le divan), Q prend du recul, joue de ses contradictions. L'oxymoron, cette figure qui mélange deux termes contradictoires? C'est celui d'un père de famille qui joue au caillera ("My daughter call, I hit ignore.").

Oxymoron est donc ce disque à la fois sombre (The Purge, avec l'"ancien" Kurupt, figure clé du label Death Row, et produit par le "nouveau" Tyler the Creator) et parano (Blind Threats, avec Raekwon). Mais jamais tout à fait oppressant: Schoolboy Q se débrouille pour fourguer plusieurs hits en puissance, à l'exemple du brillant Break The Bank produit par The Alchemist ou du single Collard Greens, hymne à la fumette perfusé au dub.

"Dites à Kendrick de faire de la place sur le trône", rappe-t-il à un moment. Pour cela, malgré un morceau de bravoure comme Prescription/Oxymoron, il manque peut-être à SchoolBoy Q la force narrative, le storytelling imparable qui porte Good Kid, m.A.A. d city. N'empêche: il y a ici fort peu à jeter, Schoolboy Q ayant sorti ce qui devrait rester comme l'une des meilleures plaques rap de l'année.

  • DISTRIBUÉ PAR TOP DAWG.
  • EN CONCERT LE 4/05, AU TRIX, ANVERS

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