Couleur Café J2: pluie, hop et roots

02/07/17 à 09:33 - Mise à jour à 09:38

Le hip hop belge continue à bonder le Théâtre de Verdure avec Coely, pendant que Kusturica joue à la pop-star balkanique et qu'Oumou Sangaré et Toots -un autre- font le groove du samedi soir.

Couleur Café J2: pluie, hop et roots

Toots & the Maytals © Philippe Cornet

La nuit de vendredi à samedi, j'ai rêvé de Roméo Elvis: on était au restaurant chinois, puis après, je ne sais plus. Le petit Jésus des reviews n'a sans doute pas aimé ma tiède chronique d'hier et m'a resservi le rapper bruxellois en nocturne. Vu le succès du ket de Linkebeek côté féminin, d'autres rêves, plus humides et réels s'avèrent probables. Je m'égare. Au Théâtre de Verdure ce samedi vers 20 heures, suivant la cohorte de jeunes flamands -en majorité?- c'est de nouveau bondé: pas besoin d'être festivalogue pour comprendre que le futur de CC, passe obligatoirement par la couenne urbaine. Coely l'anversoise débarque donc en sosie jeune de Whoopi Goldberg, annoncée par la présentatrice de CC comme "la première rappeuse de Belgique". Question digne de l'examen de géo vu que le répertoire de la fille (1994) est du pur jus ricain, du vrai Starbucks van Antwerpppen, bref, du torréfié clairement importé. Un groupe réel l'accompagne, ce qui ne nuit pas à donner de la chair au MCing, même si on ne peut pas s'empêcher de se demander où réside l'individualité perçante de tout cela, au-delà de l'adoration locale et de l'efficacité plutôt joyeuse. Triomphe qui pose néanmoins question sur le nombre de spectateurs possibles devant la Green Scene sans risquer l'incident de foule. Vus de près: deux flics s'agitaient pour des raisons de sécurité.

On quitte l'endroit pour Emir Kusturica programmé sur la grande scène Red en compagnie d'une demi-douzaine de zouaves dans l'équivalent balkanique du pub-rock. C'est-à-dire des rythmes traditionnels saucés façon locale, ici mélangés entre les différents éclats sonores de l'ex-Yougoslavie: ça pétarade, ça violonise, ça accordéonne, et cela joue même de la guitare électrique dans les grosses pattes peu habiles du fameux réalisateur de Sarajevo. Qui malgré sa trogne boulevardière et son regard d'ours convivial, a quand même du mal à emmener tout cela au-delà d'un folklore punky post-titiste.

Un peu plus tôt, au même endroit, Oumou Sangaré fait la démonstration exactement inverse: partant elle aussi de ses racines et des traces musicales d'une histoire collective, celle du Mali, la chanteuse impose quelque chose de tangiblement universel. Y compris lorsqu'elle introduit un morceau qui rend hommage à sa grand-mère. La différence? Oumou possède une voix qui transcende la géo et la ramène dans une sorte de vortex global, blindé de beautés salées et de sensations négligeant tout folklorisme. La star de Bamako, empruntant le chemin qui part de l'ex-Empire mandingue vers la pop -contraire au M de la veille- n'y perd jamais son latin-bambara originel. Contrairement à trop d'autres exemples dissous dans un Occident qui aime surtout de l'Afrique ses saillies exotiques.

La morale du jour? Les musiques les plus authentiques construisent une sorte de vulnérabilité durable: c'est à moitié vrai avec Toots & The Maytals ramenant son ska-soul-reggae des années soixante-septante sur la scène Red. Le public qui veut danser, se fout un peu des approximations, surtout lorsque Toots réanime ses incunables à la Pressure Drop, mais l'ensemble manque moins de jeunesse ou de conviction que, bêtement, de cuivres.

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