Clubbeur du dimanche va!

06/12/10 à 15:05 - Mise à jour à 15:05

Un peu très énormément frigorifié, Guillermo Guiz s'est quand même extrait de son lit, pas longtemps certes, pour nous conter la nuit bruxelloise. Night in, Night out, épisode 13.

Clubbeur du dimanche va!

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Ca commence mardi. Ou mercredi. Me souviens plus trop. Sur Google, tu tapes "météo Bruxelles" et Google, parce que Google et Dieu ont fait leurs études ensemble, il t'affiche la température du moment. Avec la vitesse du vent, le degré d'humidité, et les prévisions à trois jours. Et à trois nuits. Trois nuits où la température corporelle de Bruxelles plongerait en plein délire sibérien, version "fous ta cagoule, moi je nique le réchauffement climatique".

Sortir... Faire la fête... Danser... Avant, quand j'étais un homme, un vrai, pas un grand corps salade frileux comme un scampi, j'aurais pu la créer, cette image mentale d'une chaloupe clubbée, d'un bras en l'air-sur-beat-sévère, je l'aurais créée, même en plein remake d'Ice Age. Mais là, devant Google, devant les douloureuses anticipations de Google, l'évidence s'abat, vacharde et tranchante: sortir, ce week-end, ça va être compliqué. Faudra 1) du lourd, de l'inédit, de l'incontournable; 2) que Jeff Goldblum débarque avec sa machine à téléporter les mouches, histoire d'accélérer au maximum le trajet lit-dancefloor.

Moins huit m'a tuer: je suis donc, officiellement un clubbeur du dimanche, un dilettante. Tout l'inverse de ma pote Julie G., dont l'exubérance festive et l'abondance des formes ont déjà été largement évoquées dans Night in, Night out. Au point, d'ailleurs, de voir ladite Julie se demander publiquement si la description massive et systématique de son soutien-gorge (attention, attention, message subliminal à venir dans quatre mots) avait influé sur la nomination de FocusVif aux prochains Merit Awards 2011 (le 28 janvier au Fuse, after-party avec Röyksopp), dans la catégorie "Média de l'année"... Yeahhh!!! Félicitations à toute l'équipe, vive nous, vive l'autocongratulation et vive toi, qui a la grande sagesse de lire ces lignes.

Bref. Julie G., samedi, vers 23h sur Facebook : "Tu fais quoi ce soir?" "Je glande chez moi et à mon avis, ça risque de durer encore et encore. Et toi, tu vas où?" "Au Louise Gallery, pour l'anniversaire de Chez Maman. Je me suis déguisée en zèbre". "...? ...?"

Chez Maman, classique de la nuit travestie et transformiste à Bruxelles, semblait donc trop à l'étroit dans son sauna de la rue des Grands Carmes. Quinze ans, ça se fête. Pas à moitié. Serge Morel (Maman) et sa bande ont donc réinvesti le Louise Gallery, longtemps après le clap fin des dernières soirées Cabaret, où il m'arrivait d'errer à la recherche des quelques brebis hétéros égarées dans la masse défoncée des clubbeurs du dimanche, les vrais, ceux qui se frottent-collent entre genres.

Sacrée Julie G.... Elle, ni la neige, le vent, le verglas, le nez rouge, le nez rouge qui coule ou les oreilles rouges qui piquent, ne l'empêcheront de s'über-pimper en zèbre pour emplir ses sens des fantasques vibes de la nuit. Moi, j'ai déclaré forfait. Mais en me levant, dimanche matin (!), j'ai pu, grâce à un sms envoyé dans la nuit par ma pote zébrée, capter un peu l'esprit du bazar. Texto, ça disait ceci: "Wouhouuuuuauuuuuu", ce qui, en langage australopithèque, signifie: "Fichtre, cette soirée est fort conviviale".

Clubbeur du dimanche... A ma décharge, la soirée du vendredi s'était révélée plutôt rock'n'roll, avec un périple entamé vers 20h au Bar du Matin, achevé près de dix heures plus tard au Wood. Echarpe, gants, bonnet, pull, blazer et manteau par-dessus, deux paires de chaussettes et un collant Damart (si? non): la dernière fois que je me suis senti moins sexy, c'était en 1998, sur un lit d'hôpital. L'idée? Suivre à la trace le Brussels Tour des Vismets, groupe bruxellois en plein boom décidé, ce soir-là, à donner trois concerts à la suite dans trois bars branchés de la ville: le Bar du Matin, le Belga et finalement le Marquee, plus club dans l'âme, et où se tiendrait l'after-party.

Petite coquetterie: le quatuor, ses potes et ses fans voguaient de bar en bar dans un bus londonien à deux étages, tout classe, tout rouge, vachement stylé de l'extérieur. De l'extérieur seulement, parce que dedans, ça puait le vieux pot d'échappement. Ce qui n'avait rien d'anormal dans la mesure où les échappements s'échappaient à l'intérieur. Heureusement que j'avais les poils du nez surgelés (pas de chauffage dans le bus tout stylé) et que toute mon attention se portait sur la circulation de mon sang.

L'important, cela dit, c'était le (chouette) concept. Lequel sera renouvelé avec d'autres formations. Puis Vismets, c'est un peu des potes de soirées faut dire, surtout dans le chef du batteur Niko Collaer, dont le petit corps tout frêle rend d'autant plus impressionnante la puissance rythmique. En vrai, j'aime très sincèrement leur son, j'aimais déjà avant Güru Voodoo. Particulièrement en concert, où le groupe déménage pas mal avec sa playlist rock punchy mâtinée de claviers bruts. Particulièrement en concert, malgré quelques péchés super-FM-friendly, genre Dilemma, leur mini-tube du moment. Particulièrement en concert, même si Dan, le leader-chanteur beau mec with attitude (assumée d'ailleurs), me fait parfois penser à Jean-Michel Ca Va.

Du monde au Bar du Matin, du monde encore plus au Belga et du monde très énormément dans le costume plus cintré du Marquee. Malgré la fatigue, Vismets maîtrise son sujet. Enfin je pense, parce qu'à la fin du concert, vers 2h, Marie-Christine Vodka-Perrier, avalée en cascades pour conjurer le sort frigo, commence sérieusement à me flouter l'environnement, visuel et sonore. Mais ça passe vite, suffisamment vite pour assister, un peu interdit, à une sorte de transhumance des gnous à la bruxelloise. Tout d'un coup. Sans crier gare. J'ignore s'ils fuyaient le côté trop peu festif du set électro pointu de So'Lex ou si le Wood est devenu tellement irrésistiblement incontournable que ne point y passer, un soir, tient de du crime de lèse-Moncharline, mais soit, ça se remue.

En bon mouton, je suis le mouvement. Pour un trajet funky-explosif dans le van d'un mec sobre comme un french-kiss entre le foie de Michel Daerden et l'haleine de Serge Gainsbourg. Ben oui, j'avais laissé la ploucomobile au clou, sans quoi je serais peut-être passé à la Phonotherapy, au Fuse (ceci est un mensonge éhonté), histoire d'arrêter de parler des mêmes endroits chaque semaine. Au final, je ne regrette pas. A la barre, au Wood, y'avait Stephen, l'ancien binôme d'Aeroplane devenu The Magician, en nôme sans bi. Fagoté classieux, quasi dans un rôle en costard Copperfield, l'ancien complice de Vito fait tourner la boutique au poil, dans un set carrément lumineux. Je dis ça, c'est au cas où tu verrais son nom sur un flyer à l'avenir, le mec à la poigne qui faut et l'intelligence suffisamment dancefloor pour mettre tout son monde d'accord.

A mon avis, je devrais être moins apathique le week-end prochain. Sauf en cas de moinsdix-huitisation, ça risque de pétarader dans tous les sens à BX, notamment avec DJ Premier au Nexx, le Bal in the Box au KVS, la Onda Sonora Release au Beurschouwburg, Prins Thomas au Libertine Supersport, la High Needs Low au Congrès, la Strictly Niceness, la soirée Bide et Musique chez Madame Moustache, 113 au Studio 44, Union Match au Wood et même pour qui aime ça, la NRJ party à l'Axess. Un peu comme si tous les organisateurs avaient reçu leur Saint-Nicolas et voulaient la dépenser dans un grand bouillonnement bruxello-festif. Vivement vendredi. Ou jeudi. Ou Mercredi. Enfin vivement ce soir. Rideau.

Guillermo Guiz

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