Charles Bradley - No Time For Dreaming: The soul of a man

01/02/11 à 17:01 - Mise à jour à 17:01

SOUL | Aloe Blacc, c'est bien. Charles Bradley, c'est nettement mieux. Le vieux soulman de chez Daptone sort à 62 balais un premier album parfait.

Charles Bradley, "No Time For Dreaming", 4/5, distribué par Daptone Records.

www.myspace.com/charlesbradleymusic

Le 20/2 au Vooruit (Gand) et le 21/2 au Grand Mix (Tourcoing).

Charles Bradley - No Time For Dreaming: The soul of a man

© D.R.

1962. Harlem. 125e rue. James Brown joue à l'Apollo. Symbole depuis les années 40 de la musique noire américaine. Pour le petit Charles Bradley, né 14 ans plus tôt à Gainesville, en Floride, c'est la révélation. De retour à la maison, le gamin saute sur le balai, l'attache à une corde et se met à imiter le maître. Il se décide aussi surtout à faire quelque chose d'une vie foireuse essentiellement passée dans les rues.

Avec l'aide de Job Corps, un programme fédéral destiné aux familles défavorisées, il déménage dans le Maine où il apprend le boulot de cuisinier. Quand, lors d'un petit concert improvisé, Charles rend dingue les employées de la société, il comprend qu'il est fait pour ce métier. Quelques-uns de ses musiciens partent cependant pour la guerre du Vietnam, et le voilà qui se retrouve à faire la bouffe dans un hôpital psychiatrique. Cuisinant pendant 9 ans pour 3500 personnes tous les jours, harcelé par la police locale.

Entre James Brown et Otis Redding...

Avec ses économies, Bradley s'achète une Ford et part à la conquête de l'ouest. Incapable de payer ses traites, il revend la bagnole. Poursuit en stop -un conducteur lui confiera qu'il vient de tuer femme et enfants. Et termine cuistot en Alaska. Avion pour la Californie. Nouveau boulot de chef et concerts de reprises par-ci par-là. Charles voit le bout du tunnel, mais perd son boulot après 17 ans de bons et loyaux services alors qu'il s'apprête à acheter une maison.

Ni une ni 2: il charge un camion avec tous ses instruments et rentre bredouille à New York. Quinqua bricoleur, il retrouve le sourire en jouant son James Brown dans les clubs de Brooklyn sous le sobriquet de Black Velvet. Un beau matin, le cauchemar frappe une fois de plus à la porte, quand Charles se réveille dans la maison de sa mère au son des sirènes. Son frère vient d'être tué par son neveu...

Bradley est dans le 36e dessous. Sa carrière est pourtant enfin sur le point de décoller. Repéré par Gabriel Roth de Daptone Records (Sharon Jones, Naomi Shelton), il enregistre un premier single avec les Sugarman 3, 2 autres avec les Bullets et, quand il raconte le malheur qui vient de le frapper à Thomas Brenneck (The Bullets, The Dap-Kings, The Budos Band), celui-ci lui suggère de mettre son histoire en musique. Cette histoire, c'est celle de No Time For Dreaming enregistré avec le Menahan Street Band. Un disque de soul comme on n'en fait plus ailleurs que chez Daptone et sa microstructure Dunham Records.

Cet album est juste parfait. Digne du meilleur de James Brown et d'Otis Redding. Il y a tout. La voix intense, profonde, éraillée, rugueuse. Les arrangements vintage. Le souffle des cuivres. La douleur et l'espoir. La soul funky et les slows squette braguette. Bref, la classe et les tripes.

Julien Broquet

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