Brico Vidéo: les clips à la belge

16/11/11 à 16:50 - Mise à jour à 16:50

Très loin du barnum des années 80-90, le clip musical belge change de nature et de facture: surfant sur les nouvelles techniques d'images, atmosphère et sens communautaire bricolent l'imaginaire musical. Bon marché mais pas cheap.

Brico Vidéo: les clips à la belge

© Waf

En 2011, on peut tourner un clip avec un Canon 5D Mark II -3000 euros et une qualité comparable au 16mm- et le monter avec un software Final Cut à 1000 euros. Souvenir des années 80: une grue, un podium installé devant l'open bar, une bonne poignée de figurants crooners maquillés comme des rétroviseurs volés et tout le Mirano, boîte historique de la Chaussée de Louvain, ressemble à bébé Hollywood. Deux jours de tournage, en film comme il se doit, et une préparation soignée d'une semaine pour qu'Arno et ses comparses mettent en boîte, dans la douceur, Elle adore le noir. Les années 80: décennie où le clip musical s'invente, glousse sans fin dans le robinet MTV -lancé en 1981- et se voit en roi du pétrole via des productions volontiers pharaonesques à la Michael Thriller Jackson. Le clip eighties a été précédé du Panoram américain dès les années 40 ou encore du scopitone français et italien fin de la décennie suivante. Et puis, des Beatles en noir et blanc (Strawberry Field Forever, 1967) à Queen (Bohemian Rhapsody, 1975), le visuel scénarisé s'impose comme jumeau naturel du son pop. Reste à faire du belge.

35 mm et maquis

Michel Perin, 66 ans, quitte la RTBF en 1985 pour fonder une société de production (Zabriskie) qui concurrence Dream Factory, également montée par un ex de la télé publique. Mais ces Belges à la mode clippent surtout de l'étranger (Robert Palmer, Daho, Bashung, Balavoine, Orchestral Manoeuvres In The Dark) avec de rares exceptions nationales comme Rapsat ou Allez Allez. Perin: "Pour le morceau In The Valley Of The Kings de ces derniers, en 1983, on est allés tourner en Israël, avec une armée de petits porteurs qui trimballaient notamment un encombrant matériel vidéo, la facture de 800 000 francs belges (20 000 euros) a été réglée par EMI." Dans la marge, Polyphonic Size bricole ses propres histoires: Walking Class Hero (ci-dessus) évoque un vieux machin de Méliès. D'autres tâtent même de l'autoproduit total, comme Snowy Red, électro-rock bruxellois eighties, qui fabrique 9 clips pour 40 minutes vendues en cassette-vidéo: tourné-monté la nuit avec du matos d'emprunt. Le clip du maquis. Le terme convient assez bien à Front 242 qui va faire les belles soirées de l'Electronic Body Music des années 80/90. Sa cote grimpant, le terrör-quatuor belge embauche, en 1988, Anton Corbijn -qui a déjà clippé U2 et Depeche Mode- pour mettre en images le titre Headhunter. La chose, filmée en N/B à Bruxelles, notamment devant l'Atomium, est une jolie bizarrerie combinant un oeuf protéiforme et moult grimaces de la bande des 4. On se demande d'ailleurs à quel niveau exactement se situe la dérision...

Trainspotting

Logiquement, l'industrie du clip belge vogue au gré du succès du navire rock: il faut attendre l'avènement de dEUS pour qu'un groupe local assume une identité visuelle forte. Dès 1994, Tom Barman assure la réalisation de vidéos, initialement bricolées sur le gaz indé (Suds & Soda) mais aux ambitions narratives certaines. Ainsi, Theme From Turnpike (1996) est conçu à la manière d'une bande-annonce pour un film qui n'existe pas. Tourné en 35 mm avec le comédien américain Seymour Cassel vu chez Cassavettes, et le danseur Sam Louwyck, le mini-film est projeté en première partie de Trainspotting dans les cinémas européens, ce qui encourage les ventes de l'album parent, In A Bar, Under The Sea. Le clip n'est pas seulement le garant d'une exposition supplémentaire, il complète la carte d'identité artistique du groupe. On a récemment vu dEUS se dérider sur le clip de Constant Now où ils font aussi les touristes chercheurs (?) en shorts et chapeaux de vacanciers. Casser l'image, l'aménager, surprendre: c'est ce qu'ont essayé les Girls In Hawaii et Venus, chacun à leur manière, plutôt arty. Mission moyennement accomplie: les vidéos des Brabançons tirent vers un noir et blanc assez morne et des humeurs peu expansives alors que celles de Venus tâtent d'un zeste d'art vidéo ou d'une scénarisation peu probante (She's So Disco). Alors, comme toujours, ce sont les vieux stéréotypes qui font bouillir la caisse: Ghinzu, en 2009, pour Take It Easy, s'est contenté de filles dénudées. Argument original: elles sortaient enduites de noir d'un miroir...

Philippe Cornet

David Bartholomé - In the Middle of

Le Sharko solo prend son titre au pied de la lettre et se coince maladroitement entre tout ce qui passe: retraités, basketteurs, boîtes postales, voyous... Drôle et absurde.

David: "Cela ne sert à rien de se la péter avec 180 figurants! Le clip est financé avec de l'huile de coude et des bonnes intentions, j'ai payé 80 euros d'essence et les tartines sur la route entre Pepinster et Bruxelles pour moi et l'équipe. Christine Massy de Waf, qui a réalisé le clip, voulait que ce soit ancré dans ma réalité. C'est partiellement inspiré d'un artiste canadien qui avait tourné dans sa rue. Un problème rencontré? Monter sur l'âne m'a fait beaucoup souffrir (rires), mais le clip crée un ton et donne un élan sur le Net, diffusion à laquelle il est a priori d'abord destiné."

Veence Hanao - Faut bien qu'ils brillent

Réalisé par la jeune Caroline Lessire pour un "tout petit budget en autoproduction", le clip est une dérive dans la nuit où corps et regards se frôlent dans des parfums cinématographiques. Elégant.

Veence: "Le but du clip est d'amener les gens à venir nous voir en live et ce clip comme le précédent, Kick, Snare, Bien..., est une façon d'être présent sur le Net et d'annoncer le second album qui devrait sortir début 2012, toujours en autoproduction."

Caroline: "On a tourné sur 3 nuits avec le Canon 5D sur lequel on avait monté de très bonnes optiques de cinéma, je cherchais une identité visuelle correspondant à la musique, Veence et moi avons beaucoup discuté mais il m'a laissé carte blanche. C'est aussi une belle carte de visite pour moi."

Black Box Revelation - My Perception

Autoproduit et autoréalisé avec la complicité de la copine de Jan Paternoster. La moitié du duo flamand, réfugiée dans une cuisine roulante, est poursuivie par 2 types louches. Tout part en bouillie via un plan-séquence trash et délirant.

Jan: "Ce qui nous a coûté cher, ce sont les décors puisqu'on a dû construire 3 cuisines, afin de faire 3 prises. De toute façon, après les 2 premières, les acteurs étaient blessés donc on avait encore une cuisine mais plus d'acteur (rires). Cela a dû nous coûter environ 3 500 euros tout compris, on a tourné avec le Canon 550D (le boîtier est à moins de 600 euros, ndlr). On joue beaucoup aux Etats-Unis et les Américains aiment qu'on ait plein de clips: l'idée est de faire une vidéo pour chaque chanson du nouvel album, My Perception (Pias)."

Great Mountain Fire - Late Lights

Instantanés persos des 5 musiciens du groupe bruxellois, convergeant ensuite en vélo vers une libation post-ado dans un parc. Aéré par une belle lumière de l'été.

Thomas de Hemptinne: "On voulait initialement le faire en film avec 2 chefs opérateurs: Mihnea Popescu et Olivier Boonjing. Pour des raisons budgétaires, cela s'est fait avec le Canon 5D. Trois jours de tournage en décors naturels et la finale au parc du Kauwberg avec 35 figurants recrutés sur Facebook. Si on avait dû payer tout le monde, cela aurait coûté 20 000 euros, là, on s'en est tiré pour 5 fois moins."

Vincent Liben - Mademoiselle Liberté

L'ex-Mud Flow duettise avec la chanteuse française Berry: les corps se frottent entre défi et complicité.

Vincent: "Comme je suis signé sur un label parisien -Play On-, on a reçu des scénarios de grosses boîtes françaises, chers et pas intéressants, mais j'aimais l'idée de Joris Rabijns, un Anversois qui a recréé tout un décor de plantes en studio puis nous a filmé sur un toit bruxellois. Le clip est encore utile en France, particulièrement sur M6: celui-ci, tourné en Arri Alexa (digital haut de gamme), a dû coûter 20 000 euros."

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Bonus


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