Beyoncé plagie des Bruxellois

10/10/11 à 11:33 - Mise à jour à 11:33

Dans le clip de "Countdown", l'ex-Destiny's Child reproduit des extraits de la chorégraphie du spectacle "Rosas danst Rosas" d'Anne Teresa De Keersmaeker.

Beyoncé plagie des Bruxellois

© Columbia Records

Dans son dernier clip, Countdown, la star américaine Beyoncé reproduit des extraits de la chorégraphie du spectacle Rosas danst Rosas (Rosas danse Rosas) de la compagnie de danse du même nom basée à Bruxelles, qui a décidé de confier le dossier à un avocat de la capitale. C'est ce que rapportent plusieurs médias précisant que depuis ce week-end, l'affaire fait le tour des réseaux sociaux.

Ce sont les danseurs de la troupe qui ont remarqué les similitudes entre la chorégraphie et le clip. Rosas estime que le plagiat est flagrant dans certains passages.

L'oeuvre originale, pour laquelle Rosas n'a jamais donné d'autorisation de copie, a été présentée pour la première fois en 1983 par Anne Teresa De Keersmaeker, la fondatrice de la troupe. En 1997, le réalisateur Thierry De Mey a fait un film autour de Rosas danst Rosas. Beyoncé se serait inspirée de cette comédie musicale.

FocusVif.be, avec Belga

Anne Teresa De Keersmaeker a réagi dans une lettre au plagiat de Beyoncé. Nous l'avons traduite ci-dessous.

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Comme beaucoup de gens, j'ai été extrêmement surprise lorsque j'ai reçu un message via Facebook à propos de la présence de deux de mes chorégraphies --Rosas danst Rosas (1983) et Achterland (1990)-- dans le nouveau clip de Beyoncé, Countdown. On m'a demandé si j'avais vendu Rosas au circuit commercial.

Quand j'ai vu la vidéo, j'ai été frappée par la ressemblance entre le clip de Beyoncé et les mouvements de Rosas danst Rosas, mais aussi les costumes, le décor et les plans du film de Thierry De Mey. Manifestement, Beyoncé, ou la réalisatrice du clip Adria Petty, ont pillé de nombreux morceaux de scènes intégrales du film, comme le montage de Studio Brussel le met bien en évidence (voir ci-dessous). Mais ce montage est loin de montrer tout ce que Beyoncé a pris à Rosas pour le clip de Countdown. Il y a également de nombreux mouvements repris d'Achterland, même si cela est moins visible à cause de différences esthétiques.

Les gens me demandent si je suis en colère ou honorée.
Aucun des deux, d'une certaine manière. Je suis heureuse que Rosas danst Rosas puisse peut-être atteindre un public plus large qu'il n'ait pu le faire, malgré sa popularité dans le monde de la danse depuis les années 80. De plus, Beyoncé n'est pas la pire imitatrice: elle chante et danse très bien, et elle a bon goût!
D'un autre côté, il y a des protocoles à suivre et des conséquences à ce genre d'actions, et je ne puis imaginer que ni elle, ni son équipe n'en soient conscients.

Pour conclure, les événements ne m'ont ni mis en colère, ni le contraire, mais m'ont fait réfléchir à plusieurs choses.

Premièrement, pourquoi la culture populaire prend-elle 30 ans pour reconnaître un travail de danse expérimental? Il y a quelques mois, j'ai vu un clip sur YouTube dans lequel des écolières flamandes dansaient Rosas danst Rosas sur Like a Virgin de Madonna. Ça m'a touché. Mais quand il est question de culture pop de masse, c'est différent. Est-ce que cela signifie que 30 ans est la période nécessaire pour pouvoir recycler une performance expérimentale et hors-mainstream?

Deuxièmement, que peut-on en tirer par rapport au travail de Rosas danst Rosas? Dans les années 80, la danse a été vue comme une déclaration du "girl power", se basant sur les attitudes féminines d'expression sexuelle. On m'a souvent demandé si j'étais féministe. Quand je vois Beyoncé la danser, je trouve ça plaisant mais je trouve que rien ne s'en dégage. C'est séduisant, mais d'une manière amusante et consumériste.

Au-delà des ressemblances, il y a également une coïncidence amusante. On m'a dit que Beyoncé était enceinte de 4 mois lorsqu'elle a tourné le clip. En 1996, quand le film de De Mey a été tourné, j'attendais moi-même un deuxième enfant. Aujourd'hui, je ne peux que lui souhaiter autant de joie que m'a apporté ma fille.

Anne Teresa De Keersmaeker

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