Akhenaton: rap, musée et publicité

27/04/15 à 16:29 - Mise à jour à 16:51

Le rappeur français Akhenaton (IAM) fait assez bien parler de lui en ce moment: directeur artistique d'une exposition sur le hip-hop à Paris et ambassadeur d'une célèbre marque de boisson gazeuse. Focus sur un homme... engagé?

Akhenaton: rap, musée et publicité

Akhenaton, à Paris en 2008. © REUTERS

Akhenaton, c'est tout d'abord une figure emblématique du rap français. Son histoire débute en 1989 lorsqu'une bande de potes décident, à la terrasse d'un café tunisien de Marseille, de trouver un nom pour leur groupe de rap. Ils sont italien (Philippe Fragione, alias Akhenaton), malgache, algérien ou sénégalais et tombent d'accords sur IAM, pour "Imperial Asiatic Men" ou "Indépendantistes Autonomes Marseillais", selon les humeurs. Après des débuts difficiles, ils deviennent rapidement une pointure dans le milieu hip-hop (français et international) avec des beats assassins et des paroles tantôt engagées, tantôt plus légères.

Vingt-six ans plus tard, AKH -comme le surnomment ses fans- est toujours sur le devant de la scène: albums solo, tournées avec IAM en Europe mais aussi Outre-Atlantique et dans le monde entier, le Marseillais ne chôme pas.

Le hip-hop s'expose façon AKH

Philippe Fragione troque, pour un temps, ses fringues de rappeur pour celles de directeur artistique. C'est en effet ce lundi qu'il inaugure l'exposition "Hip-Hop, du Bronx aux rues arabes" qui se tiendra à l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris du 28 avril au 26 juillet. L'ambition de cette exposition est de retracer l'histoire de cette culture, de sa genèse aux États-Unis dans les années 1970, en passant par sa réappropriation en France dans les années 1980 et à son développement dans les rues arabes des printemps révolutionnaires. Il y aura de la musique, de l'écriture, du graffiti, du tag, de la danse, de la mode, de la photographie ou encore du cinéma. "Pour tout exposer, il aurait fallu quinze fois la surface de l'IMA. J'ai plutôt mis l'accent sur l'accessibilité du hip-hop, son ouverture d'esprit, la transmission, le partage...", explique AKH au quotidien Le Monde. C'est la multinationale américaine Coca-Cola qui finance, avec d'autres, cette exposition. Tiens donc...

AKH vs Coca-Cola

Six mois après la sortie de son dernier album solo Je suis en vie, c'est bien cette même firme qui lui propose un partenariat. Akhenaton, rhabillé en rappeur, accepte et sort donc, il y a quelques jours, un clip sur le net intitulé Vivre ensemble. Un titre très calqué sur ses dernières créations. Et pourtant: comme si AKH avait vendu son âme aux diables de la pire espèce, les réactions des internautes ne se sont pas fait attendre. A lire notamment, à titre d'exemple, la lettre ouverte d'un "ex-fan". Elle est intitulée "L'école du MYTHO d'argent", en rappel au titre d'IAM, "L'école du micro d'argent".

C'est avec sa plume (ou plutôt son clavier d'ordinateur), comme il le fait depuis les années 90, qu'il réagit face à ses détracteurs. Dans une autre lettre ouverte "à des esprits plus trop ouverts" publiée sur sa page Facebook, il répond aux critiques en déplorant "devoir se justi­fier à chaque fois que je fais une inter­view ou un morceau". Il y explique aux "pseudo fans et aux haineux qui déversent leur fiel sur la toile" les raisons pour lesquelles il a accepté de travailler avec la marque. "D'abord, ils ne m'ont rien imposé artistiquement, j'ai écrit un morceau de 2 min 40 qui est une adaptation d'un titre en anglais existant", explique le rappeur.

Il précise aussi avoir été directement clair avec Coca-Cola quant à son profond désaccord avec certaines pratiques, notamment l'utilisation de l'aspartame. "Je pense qu'ils ont apprécié ma franchise dès la première poignée de main, ils savent manifestement quel genre d'artiste ils ont invité pour faire ce titre. Je pense encore, peut-être un peu trop naïvement, que les artistes justement peuvent faire changer des choses...", ajoute-t-il dans cette fameuse lettre. On apprend également que le cachet perçu sera entièrement reversé à des associations tels que Action contre la faim, la fondation Abbé Pierre, ou encore l'association pour les enfants malades de Pascal Olmeta.

Ensuite, l'artiste s'en prend directement à ceux qui l'attaquent. "Quelle ironie d'être crucifié pour une pub par des individus qui justifient des actes d'une violence insensée". Et Akhenaton de continuer: "Ce qui est marrant mon ami(e), c'est de recevoir tes critiques postées d'un ordinateur ou d'un smartphone fabriqué par des ouvriers esclaves chinois, qui donne des cancers du cerveau et qui est farci de lithium, avec de l'électricité issue de l'uranium d'Areva qui dévaste le Niger, avec une clope du géant Philip Morris au bec, et un bon verre de whisky Coca sur le bureau". Ce qui est certain, c'est qu'il ne mâche pas ses mots. Il clôturera en écrivant que ses intentions sont sincères, qu'il fait tout avec le coeur et sans calcul, même quand son image est en danger.

Graffiti sur un mur de la résidence du rappeur Akhenaton, à Marseille.

Graffiti sur un mur de la résidence du rappeur Akhenaton, à Marseille. © Page Facebook d'Akhenaton

Pour rappel, Akhenaton avait vu le mur de sa résidence marseillaise taggué à coups de "Adieu la France" et d'autres inscriptions faisant référence à des "bougnoules". Ceci fait suite à un papier du Figaro au "titre accrocheur" reprenant certains propos d'une interview accordée à Europe 1.

Alors, coup de pub ou véritable volonté artistique et philanthropique de la part du chanteur? A 46 ans, entre albums solo, tournées, Coca-Cola et exposition hip-hop, AKH continue de tracer sa route...

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