À Los Angeles sur la piste de Brian Wilson

27/08/15 à 09:25 - Mise à jour à 09:39

Source: Focus

Sorti aux États-Unis, le biopic consacré à Brian Wilson, Love & Mercy, n'atterrira sans doute ici qu'en version laser. Mais il installe le génie du Beach Boy et les lieux ayant nourri sa cosmique musique: à Los Angeles, on a remonté la piste du Brian sixties en une demi-douzaine d'endroits liés à sa muse.

À Los Angeles sur la piste de Brian Wilson

Hawthorne Landmark © Philippe Cornet

Fin juillet, comme durant la majeure partie de l'année, Los Angeles héberge ce soleil dur vite synonyme d'obsession pour une ville grande comme huit Bruxelles. Folle de lumière et des corps en pose continue, culturistes et sans-abris pareillement tannés. En parcourant les freeways contusionnés, l'espace balayé est étrangement large. Rues, avenues, dépôts, usines, arbres, floraisons, villas, parcs, terrains vagues ou en friche: tout semble avoir été planté là par un démiurge qui aimait ses aises et le coup de bambou des UV. Et tant pis pour les éventuels earthquakes, désastres jamais annoncés. Parcourir Los Angeles en pointant quelques lieux majeurs de la vie de Brian Wilson, en tout cas ceux des années 60, c'est aussi comprendre les réceptacles du mythe californien et ses autres méandres biographiques. Malibu ou Sunset Boulevard semblent d'un autre pays qu'Hawthorne, nid anonyme de la famille Wilson, ou de la plus lointaine et dangereuse Vallée de la Mort. Reste cet influx lumineux qui façonne la musique des Beach Boys, qui lui donne jaillissement enfantin et mélancolie extrême, héritier direct de la ville chaude océanique. Celle-ci est un conglomérat de dizaines de quartiers qui s'ignorent volontiers les uns les autres mais qui ont tous en commun de vivre intensément la haute pression thermique et le Pacifique. Pet Sounds aurait pu s'appeler Sun Record, mais, à un "s" près, cela avait déjà été fait.

1. Hawthorne Landmark

Une rare photo noir et blanc montre Brian Wilson nettoyant au jet une bagnole alors que son frère Dennis (1944-1983) passe aimablement la tondeuse. Mise en scène de la maison familiale où grandissent les deux cités, en compagnie du troisième frère, Carl (1946-1998), sous la tutelle du père dictatorial, manager volatile des Beach Boys à leurs débuts. Lorsque la relation d'affaires au pater se termine en 1966, Hawthorne est, au sud-ouest de L.A., un quartier blue collar sans charme. La modeste maison des Wilson a été rasée dans les années 80 pour faciliter le trajet d'un freeway: depuis 2005, à l'emplacement original se trouve un Landmark couleur brique plus proche d'un feu ouvert bizarre que de Graceland. Hormis un texte succinct et les noms des... donateurs, il exhibe une plaque représentant les six BB originaux accrochés à une planche de surf. Aujourd'hui, le coin est essentiellement latino et pas forcément engageant une fois la nuit tombée. De toute façon, le monument n'est pas éclairé...

  • 3701 W. 119TH STREET, HAWTHORNE

Hawthorne Landmark

Hawthorne Landmark © Philippe Cornet

2. Hawthorne High School

A environ trois kilomètres de l'ex-maison des Wilson se trouve le lycée des frères. Les pavillons d'époque, désuets, sont aujourd'hui flanqués d'une vaste structure moderniste. Elève avec ses deux frangins, Brian Wilson y rencontre Al Jardine -futur guitariste des BB- au team de foot, tout en pratiquant la chorale de l'école. Parmi les célébrités d'HHS, on pointe Chris Montez (interprète de Let's Dance), Olivia Trinidad Arias (future madame George Harrison), Greg Hetson (Bad Religion) et l'olibrius Tyler, The Creator.

  • 4859 W EL SEGUNDO BOULEVARD, HAWTHORNE

Hawthorne High School

Hawthorne High School © Philippe Cornet

3. Capitol Records

Depuis 1956, cette tour ronde de treize étages de West Hollywood est aussi fameuse pour être le QG des disques Capitol -aujourd'hui propriétés d'Universal- que pour ses prestigieux studios. Lorsque les Beach Boys y entament l'enregistrement de leur premier album en août 1962, malgré les fabuleuses chambres d'écho à six mètres sous terre, Wilson se sent étranger dans les vastes espaces conçus pour la prise de son d'orchestres classiques et de big bands à la Sinatra. La relation avec Capitol se termine au printemps 1969 lorsque le groupe poursuit la compagnie pour défaut de paiement: 600.000 dollars de royalties dus aux BB et 1,5 million de salaire non-versé au producteur Brian Wilson.

  • 1750 VINE STREET, LOS ANGELES

Capitol Records

Capitol Records © Philippe Cornet

4. United Western Recorders

L'album Pet Sounds a été bouclé dans quatre studios, dont trois se logent sur Sunset Boulevard. Le chef-d'oeuvre des BB, porté par les névroses de Brian, sorti en mai 1966, coûtera la faramineuse somme de 70.000 dollars, soit un demi-million actuel. Il est le résultat d'une saga de sessions menées avec le Wrecking Crew (voir encadré), Brian excluant des enregistrements les Beach Boys, préposés aux tournées. Plusieurs titres, dont la plage titulaire et les immarcescibles Sloop John B et God Only Knows seront principalement réalisés aux United Western Recorders, deux bâtiments proches, dont ce curieux parallélépipède surmonté d'un dôme. Pas si loin du Walk of Fame où les BB sont naturellement immortalisés.

  • 6000 SUNSET BOULEVARD, HOLLYWOOD

United Western Recorders

United Western Recorders © Philippe Cornet

5. Malibu

Brian était plutôt un surfeur d'intérieur: ado, il laissait les rouleaux sur le Pacifique à son frère et batteur Dennis. Dans Rock Dreams, Guy Peellaert avait dessiné un Brian rêveur, les pieds dans le sable du salon: au mitan des sixties, le dépressif chronique avait en effet installé une micro-plage à domicile, histoire d'imaginer le grain du Pacifique. Malibu, décor onirique des chansons océanes, est cette localité chic juste à la sortie côtière nord de Los Angeles. Brian y a habité entre 1982 et 1995, alors qu'il était sous la coupe du controversé Dr Eugene Landy, thérapeute installé à domicile. L'un des moments forts du biopic Love & Mercy.

Malibu

Malibu © Philippe Cornet

6. Laurel Canyon

Comme des chapelets de stars sixties, Brian Wilson est passé par le Laurel Canyon, quelques kilomètres carrés de végétation escarpée dans les Hollywood Hills, région des Santa Monica Mountains. Le Los Angeles bohème arty, pas encore épinglé bobo, où le voisinage s'appelle Frank Zappa, Neil Young, Jimi Hendrix et Jim Morrison. Wilson, dont la fortune est évaluée à 75 millions de dollars -le dixième de celle de McCartney-, a ensuite vécu en divers endroits de Beverly Hills, dont une villa de 850 mètres carrés. Incluant un wet bar, possible souvenir des garçons de la plage.

Laurel Canyon

Laurel Canyon © Philippe Cornet

7. Death Valley

Le mauvais trip de Brian Wilson n'était pas qu'une défaillance chimique suite aux drogues et à la dépression, mais aussi le symptôme de rencontres douteuses. Comme celle de l'indomptable frangin Dennis et de Charles Manson, futur meurtrier récidiviste, et apprenti rock star. Qui écrit une chanson vampirisée par les Beach Boys en 1968 (Never Learn Not To Love), s'installe un temps chez Dennis avec sa "famille", et lorsqu'il décide de quitter Los Angeles, reçoit de Brian en personne un disque d'or des Beach Boys. C'est l'un des objets que la police trouvera lors de l'arrestation, en octobre 1969, de Manson et sa bande -coupables de plusieurs crimes macabres- dans un ranch isolé de la Vallée de la Mort.

Death Valley

Death Valley © Philippe Cornet

TEXTE ET PHOTOS Philippe Cornet, À Los Angeles

DVD: The Wrecking Crew

À Los Angeles sur la piste de Brian Wilson

Le Wrecking Crew n'a pas seulement enregistré avec Brian Wilson mais pondu une large partie de la musique américaine des années 60. The Wrecking Crew, réalisé en 2008 par Denny Tedesco, raconte en 95 minutes cette "équipe de la destruction" qui façonne la musique américaine des sixties via une vingtaine de musiciens de studio de L.A. Ceux-ci ne sont pas seulement hyper-qualifiés, ils sentent le vibrato des futurs tubes et d'une clientèle qui compte, entre autres Phil Spector, Sam Cooke, Frank et Nancy Sinatra, The Byrds, The Monkees, The Mamas & The Papas et, last but not least, Brian Wilson. Le cerveau halluciné des Beach Boys "passant 25 à 30 sessions sur six mois à compléter Good Vibrations avec The Wrecking Crew". A la décennie suivante, l'arrivée des singers-songwriters fera éclater cette bulle mirifique, marginalisant la plupart des musiciens concernés, comme le batteur Hal Blaine, millionnaire en dollars devenu gardien en Arizona. Le fameux rêve piégé américain, ici bien décrypté malgré un format 4/3 vieillot et une qualité d'image plutôt moyenne.

  • DISTRIBUÉ PAR TWIN PICS. ***

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