Tokyo

20/09/12 à 11:57 - Mise à jour à 11:57

PSYCHÉDELIQUE | Dès la page de garde, le ton est donné. Une pin-up gainée de cuir clouté offre son regard plein de sous-entendus au lecteur.

Tokyo

DE JOANN SFAR, ÉDITIONS DARGAUD, 104 PAGES. **

PSYCHÉDELIQUE | Dès la page de garde, le ton est donné. Une pin-up gainée de cuir clouté offre son regard plein de sous-entendus au lecteur. Ce n'est pas un dessin mais une photo. De celles qu'on trouve dans les casernes de pompiers. Planche suivante, la même fille aux yeux de faon prend la pose devant un dessin noir et blanc représentant une tête de mort aux cavités squattées par trois créatures pulpeuses. On se croirait à la belle époque de Hara-Kiri. Et de fait, un fort parfum seventies flotte sur le nouvel album du prolifique Sfar, entre incrustations d'images réelles -à dose homéopathique- dans la trame graphique, héroïne insoumise en minishort et bottes hautes calquée sur la Pravda de Guy Peellaert, trait psychédélique et scénario dopé au LSD.

On le sait depuis Le chat du rabbin, le Français a l'habitude de nous emmener sur les montagnes russes de son imagination, passant d'un looping de l'hémisphère droit à l'hémisphère gauche et vice versa. On était joyeusement secoués, mais on restait toujours sur les rails. Alors que dans ce portrait free style de Tokyo, jeune femme libre se klaxonnant la tête au Toxic sous le regard jaloux d'un tigre aspirant rockeur et croisant la route d'un touriste accro à une émission de télé érotico-sadique, on a l'impression qu'il a perdu le contrôle des wagonnets. Du coup, même si l'emballage du pastiche distille quelques frissons, on se sent vite coincé dans la peau du témoin clean assistant impuissant à la montée du junkie. C'est sexe, violent, cru, rock'n'roll, ce qui n'est pas pour nous déplaire, sauf qu'à force d'en rajouter dans l'exubérance, on perd le fil. La critique sous-terraine de la loi du marché, de la place de l'artiste, de la télé vampire se noie dans le brouillard lysergique. Le modèle Sfar, qui carbure à l'association libre, atteint ici ses limites. Mais il fallait bien qu'un jour le bonhomme touche le sommet de sa constellation. Voilà qui est fait. Il peut maintenant redescendre parmi nous...

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