"Par définition, les plages ne sont pas des endroits sérieux"

21/09/17 à 16:41 - Mise à jour à 16:41

Au coeur d'un beau livre publié ce mois par les éditions Textuel, la mer du Nord a vu défiler quelque chose comme l'Histoire de l'humanité.

C'est une vastitude froide, mouvante et salée, balayée par les vents contraires et les courants sur des centaines de milliers de kilomètres carrés. Un pays liquide qui vient sans cesse redessiner les contours de la France, de la Belgique, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, du Danemark et de la Norvège. C'est, pour qui se souvient de la regarder avec tout l'étonnement qu'elle requiert, l'un des spectacles européens les plus formidables: incarnation de l'horizon, de l'immensité du monde autant que de sa plus parfaite étrangeté. Un endroit de vertige. Une zone de transit.

Au coeur d'un beau livre publié ce mois par les éditions Textuel, la mer du Nord a vu défiler quelque chose comme l'Histoire de l'humanité. Son ciel bas, ses vagues argentées et son littoral ont de tout temps suscité les projections et représentations. Citant par ironie Walker Evans, pour qui la photographie "ne se pratique jamais, sous aucun prétexte, à proximité d'une plage", le livre rassemble 200 clichés d'artistes confirmés comme Harry Gruyaert ou Stephan Vanfleteren, mais aussi d'anonymes, documentant surtout la naissance d'une très contemporaine société de loisirs. On y regarde par exemple le visage de Florence May Chadwick, première femme à avoir traversé la Manche à la nage dans les deux sens en 1951, et qui laissa derrière elle les plages du Kent en s'écriant "à dans 30 heures j'espère", la silhouette pleine de santé de ces danseurs anglais de la compagnie Margaret Morris Movement ayant traversé la Manche pour venir faire la roue à Saint-Idesbald, mais aussi la poésie de ce terrible hiver 1962, qui finit par pétrifier les vagues.

"Par définition, les plages ne sont pas des endroits sérieux", relève dans sa préface l'écrivain James Attlee. La mer du Nord, pour beaucoup, ce sont ces digues entières d'images proustiennes de crèmes glacées, de cuistax et de fêtes foraines au ralenti. C'est aussi cette saisissante nuée de soldats allemands nus, se lavant dans les flots, à Ostende, en 1915. Entre les deux, la permanence vertigineuse et stoïque de la mer, résolution de tous les paradoxes.

Mer du Nord, éditions Textuel, 240 pages.

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