Nick Drnaso - Beverly

25/10/17 à 21:00 - Mise à jour à 03/11/17 à 14:03
Du Le Vif Focus du 27/10/17

CHRONIQUES

De Nick Drnaso, Éditions Presque lune, 136 pages. ***(*)

Nick Drnaso - Beverly

À l'exception du remarquable Le Roi des mouches des Français Mezzo et Pirus, c'est plutôt l'apanage de la bande dessinée américaine de dépeindre la banlieue qui s'emmerde. Un genre à part entière, comme reflet d'un pays qui a érigé cette urbanisation pavillonnaire à l'échelle de mégalopole en véritable mode de vie. Moins violent que le premier cité, Beverly nous conte les déboires de la jeunesse middle class qui erre dans les rues mornes à la recherche d'un truc à faire. Entre travail d'intérêt général et surprise parties, les acteurs traînent leur spleen en pensant à la prochaine biture. Même s'ils évoluent en bande ou en famille, on est toujours dans une situation où l'individu est confronté au groupe. Wes accompagne Tina à la party de Charlotte et se retrouve seul dans son coin pendant que les deux copines se rappellent le temps passé. Keith et sa soeur accompagnent leurs parents pour un voyage célébrant les 25 ans de mariage de ceux-ci. Si sa soeur fait des rencontres au bord des piscines des motels où ils résident, le gamin se rêve en tueur sanguinaire imaginant des gens démembrés dans les couloirs.

Nick Drnaso, dont c'est le premier album, a choisi la nouvelle comme forme de récit. Chaque histoire met en scène un personnage qui connaît vaguement un gars ou a entendu parler d'une fille dont l'auteur parlera dans l'histoire suivante, tissant ainsi un lien ténu entre elles et accentuant également le sentiment de solitude de chaque individu. Le style fait évidemment penser à du Chris Ware ou du Adrian Tomine. En plus d'un certain talent pour dépeindre les ambiances pesantes, l'auteur chicagolais partage avec ses pairs le goût pour les couleurs pastel et une économie de trait. Au final, on lit ce Nick Drnaso comme on regarderait un soap américain qui serait passé du côté sombre de la force.

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