Le livre de la semaine: L'homme à débattre, d'Ilan Duran Cohen

07/08/14 à 10:25 - Mise à jour à 10:25

Source: Focus Vif

ROMAN | Ilan Duran Cohen a subtilement construit son roman en miroir, excluant toute réduction de l'histoire à une comédie banale.

Le livre de la semaine: L'homme à débattre, d'Ilan Duran Cohen

Ilan Duran Cohen © Actes Sud

Le livre de la semaine: L'homme à débattre, d'Ilan Duran Cohen

© Actes Sud

Clément déteste le changement et se vautre dans une routine sécurisante et luxueuse. Il n'a aucune ambition si ce n'est celle d'être conforté dans son petit environnement bourgeois. Il a épousé Daphnée, riche héritière d'une entreprise de carrelage, superficielle, fashionista invétérée et totalement hermétique à la culture autre que people. Ils se connaissent depuis la maternelle et le père a tout misé sur ce gendre malléable et docile: il en fera son successeur, son destin est tracé. Jusqu'au jour de "l'accident" dont Daphnée sort amnésique et végétative. Clément, qui conduisait, culpabilise d'autant que son épouse est enceinte et que le bébé est viable... Désormais désorienté, le voilà qui se perd en subterfuges scabreux, ce qui semble plaire à sa belle-mère qui s'ennuie auprès de son époux si prévisible. Ilan Duran Cohen a subtilement construit son roman en miroir, excluant toute réduction de l'histoire à une comédie banale. La première voix narrative appartient en effet à Carole, la belle-mère, qui considère son gendre comme "un chien qui pensait avoir trouvé sa niche" et dont elle se propose d'être le nouveau "maître"; la seconde est celle de Clément en Bel Ami du carrelage, qui s'enfonce progressivement dans une solitude rassurante. Au sein de cette bourgeoisie décadente, il n'y a pas de place pour l'imprévu: on l'ignore ou on l'élimine. L'homme à débattre doit-il alors être abattu? On imagine aisément ce qu'un cinéaste pourrait faire de cette comédie cynico-tragique. D'autant qu'Ilan Duran Cohen est déjà l'auteur de plusieurs films.

  • ROMAN D'ILAN DURAN COHEN, ÉDITIONS ACTES SUD, 256 PAGES.

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