La Grande Guerre de Charlie

14/06/12 à 16:29 - Mise à jour à 16:29

HISTORIQUE | Historique dans plusieurs sens du terme. Le scénariste Pat Mills explore entre 1979 et 1986 une période jusqu'alors peu exploitée dans la bande dessinée outre-Manche: la Première Guerre mondiale.

La Grande Guerre de Charlie

La Grande Guerre de Charlie, de Pat Mills et Joseph Colquhoun, Éditions Çà et Là. ****

HISTORIQUE | Historique dans plusieurs sens du terme. Le scénariste Pat Mills explore entre 1979 et 1986 une période jusqu'alors peu exploitée dans la bande dessinée outre-Manche: la Première Guerre mondiale. D'autres auteurs s'y sont déjà cassé les dents -comment représenter de manière vivante et mouvante quelque chose d'aussi figé qu'une guerre des tranchées?- lorsque le futur "Parrain de la BD anglaise" propose au magazine Battle Action de se plonger dans la bataille de la Somme. Et la transforme en un feuilleton parfaitement passionnant. Historique, aussi, car le scénariste dénonce une "mauvaise guerre", loin des séries qui, aujourd'hui encore et sous couvert d'exposer un enfer, ne remettent jamais en question les fondements du mythe de la "guerre juste". Historique, enfin, car on a rarement aussi bien illustré la Première Guerre mondiale en tant que "lutte des classes", le combat des riches (qui dégustent des panier-repas de chez Harrods dans le confort de leurs abris) contre les pauvres (qui meurent par milliers dans le no man's land). "En réalité, Charlie et ses copains se battaient pour enrichir d'autres personnes", résume Mills dans sa préface au premier volume. Préface qui s'inscrit dans un appareil critique impressionnant, avec moult postfaces, commentaires et documentations. Mills, notamment, a utilisé de vraies cartes postales de soldats comme motifs récurrents dans la narration, afin de décrire, plus encore que les relations personnelles de Charlie avec sa famille, la façon dont chacun choisit de s'exprimer, et surtout ce que chacun choisit de dire ou de taire. Le contraste entre le désespoir dépeint par Mills et le dessinateur Joe Colquhoun et ce qu'en dit Charlie dans ses lettres est saisissant. Et poignant.

V.D.

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