La BD de la semaine: Mort au Tsar (2/2) - Le Terroriste

05/11/15 à 11:49 - Mise à jour à 11:46

Source: Focus Vif

Entre polar et histoire, le deuxième et dernier volet de Mort au Tsar propose le point de vue du bourreau après celui de la victime. Du bel ouvrage.

On le sait depuis le premier tome de Mort au Tsar, ou si l'on connaît (très) bien l'histoire de la Russie tsariste au début du XXe siècle: le grand-duc et gouverneur de Moscou Sergueï Alexandrovitch va mourir dans un attentat après avoir fait tirer sur la foule, le 17 septembre 1904. Une "dilogie" (soit un drame qui se joue en deux actes bien distincts) menée de main de maître par le scénariste Fabien Nury et le dessinateur Thierry Robin, dont le premier album se concentrait sur la figure du gouverneur, mort en sursis. Cette fois, et comme son nom l'indique, le curseur est donc pointé sur le terroriste. A savoir Georgi, animal à sang froid, impitoyable et prêt à tout pour parvenir à ses fins. Des fins en l'occurrence sanglantes qui, dans la vision des auteurs, n'ont plus grand-chose à voir avec de l'idéologie: "Le gouverneur doit mourir. La raison est simple et indépendante de lui. Je n'ai rien d'autre à faire." Un monstre fascinant, dans un récit qui, à l'instar du premier volet et même de la première dilogie du duo (La Mort de Staline), remet brillamment l'individu au centre de cette histoire révolutionnaire que l'on pensait de masses. Il n'y a pas de masses, semble nous dire Nury, mais bien des individus, avec leurs pulsions, leurs états d'âme et parfois leur journal intime, comme ici celui de Georgi, habilement utilisé comme fil rouge de ce récit étouffant et réellement sans espoir.

Taillé pour le marché chinois

Dans ce récit historique sublimé en polar, et directement inspiré par le Journal d'un terroriste de Boris Savinkov, principal organisateur du véritable attentat, Thierry Robin déploie toute sa vista graphique proche parfois de l'expressionnisme, et sa science du découpage, à la fois subtile et spectaculaire. Actif depuis plus de 25 ans dans le monde merveilleux de la BD franco-belge, de Crève le Malin! à Petit Père Noël, Thierry Robin semblait jusqu'ici avoir un peu de mal à trouver sa vraie place, et à réellement se distinguer de ses pairs malgré un univers graphique singulier, nourri à de multiples influences, y compris étrangères. L'exil lui fournira peut-être une reconnaissance méritée: l'auteur vient en effet de faire le grand saut, et de s'installer en Chine, à Huai'an, petite (!) ville de province de cinq millions d'habitants. Thierry Robin vient en outre d'y signer son nouveau contrat, le premier d'un auteur européen avec un éditeur chinois, pour le marché chinois: le dessinateur expatrié s'attaquera ainsi bientôt à un livre racontant le siège et la destruction de la forteresse de Hai Long Tun, sous la dynastie Ming. On attendra patiemment l'adaptation française.

DE FABIEN NURY ET THIERRY ROBIN, EDITIONS DARGAUD, 60 PAGES.

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