Huis clos japonais

11/09/13 à 15:41 - Mise à jour à 15:46

Source: Focus Vif

Avec Hell, Yasutaka Tsutsui nous plonge en enfer. L'écrivain invente un monde où les sentiments n'ont plus cours. Ses pensionnaires revivent sans cesse les souvenirs de leur vie passée. Mais plus rien ne paraît avoir de sens. Vertigineux.

Huis clos japonais

Le quatrième roman de Yasutaka Tsutsui traduit en français, un roman d'enfer? © DR

Selon le philosophe espagnol Miguel de Unamuno, les écrivains se préoccupent soit d'amour, soit de la vanité de l'existence. Yasutaka Tsutsui choisit la seconde option. Dans son quatrième roman traduit en français, il imagine l'enfer comme un monde où les personnages se croisent dans un espace-temps éclaté. Avec pour seuls bagages les souvenirs de leur passage sur terre, des événements douloureux en particulier: tromperie, famine, torture... Mais ils ne ressentent plus rien. On assiste donc à une série de flash-back qui dévoilent -a posteriori - l'absurdité de nos vies de chair et d'os.

Parmi les fragments qui composent la fresque anarchique et désespérée de ce roman, la lutte contre la mort apparaît comme un épisode récurrent. Les personnages s'accrochent à la vie jusqu'au dernier moment. Ils crient, ils pleurent, ils prient, ils baisent... Pourtant, après leur dernier souffle, ils se sentent soulagés des tumultes de leur existence. Au point qu'ils s'interrogent : pourquoi avoir eu si peur de passer de l'autre côté ? Cela n'avait-il donc aucun sens ? Singulièrement, c'est au lecteur de répondre.

Hell s'aventure sur d'autres territoires existentialistes tels que les dimensions charnelles de la finitude et l'absence de dieux. Quand l'un des protagonistes trépasse, par exemple, il apprend que "l'enfer, c'est juste un endroit sans dieu ni bouddha. Au fond les Japonais ne sont pas religieux, alors il n'y a pas beaucoup de différences entre ce monde et celui des vivants." Belle réflexion de la part de Yasutaka Tsutsui. Dommage que le fil narratif se perde dans le labyrinthe des scènes qui s'enchevêtrent. Avec le risque de désarçonner le lecteur, déjà malmené par la traduction sans génie de Jean-Christian Bouvier. Il faut donc lire ce livre pour ce qu'il est: un essai philosophique de l'une des voix majeures de la science-fiction et du fantastique japonais; un manifeste qui consacre la lutte sans cesse renouvelée contre la fatalité de l'existence.

Le livre Hell est paru aux éditions Wombat, dans la collection Iwazaru. Il compte 160 pages et coûte plus ou moins 17 euros.

Baptiste Erpicum

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