Foire du livre: notre sélection 14-18 en 8 romans

20/02/14 à 10:48 - Mise à jour à 13:16

Source: Focus Vif

A l'occasion de la Foire du livre, placée cette année sous le thème perecquien de "l'Histoire avec sa grande hache", Focus replonge dans la littérature de la grande guerre, classique ou en passe de le devenir. Sélection.

Foire du livre: notre sélection 14-18 en 8 romans

Putain de guerre! (détail de la couverture) © Casterman

Le plus visuel

Foire du livre: notre sélection 14-18 en 8 romans

Putain de guerre! (L'intégrale), de Tardi et Verney, éditions Casterman (depuis 2008).

Il ne l'a pas vécue mais elle le hante depuis 35 ans. Indigné par la folie militaire, l'anar Tardi revient régulièrement arpenter les tranchées de 14-18. Toujours du point de vue des poilus, ces pauvres types qu'on a envoyés au casse-pipe. A l'occasion du 90e anniversaire de la fin de la boucherie, en 2008, il s'associe à l'historien Jean-Pierre Verney pour publier un journal chronologique au plus près des combattants. La faim, le froid, la peur, l'injustice, la barbarie, le désespoir... Toute l'absurdité de cette guerre statique électrise ce récit viscéral, rendu encore plus effrayant par le lent déclin des couleurs. Un témoignage, ou plutôt un réquisitoire, plus vrai que nature, réédité aujourd'hui dans son intégralité. (L.R.)

Le plus balzacien

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Au-revoir là-haut, de Pierre Lemaitre, éditions Albin Michel (2013).

A la veille de l'armistice, la 163e DI reçoit l'ordre de lancer un ultime assaut. Ne survivront que les trois protagonistes du roman: le lieutenant Aulnay-Pradelle, officier sanguinaire et ambitieux, Albert Maillard, pauvre bougre qui a bien failli être enterré vivant, et son sauveur, Edouard Péricourt, qui paiera au prix fort (une moitié de visage en moins et une jambe en charpie) son héroïsme. Le sort de ces trois hommes sera désormais lié. Aussi à l'aise dans les scènes de bataille que dans les méandres d'une intrigue dénonçant les injustices, la gabegie et le système de classe, le Goncourt 2013 signe un roman populaire enlevé sur la guerre et ses séquelles. L'ombre de Dorgelès, Barbusse et même Balzac plane sur ce morceau de bravoure. (L.R.)

Le plus postmoderne

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14, de Jean Echenoz, éditions de Minuit, 125 pages (2012).

Peut-on encore écrire sur 14-18 aujourd'hui? Tombé par hasard sur des carnets de soldats en triant des papiers de famille, le postmoderne Jean Echenoz s'interroge avec 14, titre allusif et éclair qui annonce la couleur d'un roman qui n'aura ni la prétention de l'inédit, ni la légitimité du vécu. A un sujet littéralement essoré ailleurs, Echenoz oppose la révolution de la forme -du genre synthétique: "Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d'entre eux. Reste à savoir s'ils vont revenir. Quand. Et dans quel état." Grand admirateur de Thelonious Monk, adepte des dissonances et des ruptures de ton, Echenoz compose, face au gigantisme et à la monstruosité des faits, une partition resserrée, terrible et légère, précise et facétieuse. (Y.P.)

Le plus exposé

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La Main coupée, de Blaise Cendrars, éditions Folio (1946).

Poète et traducteur, ami suisse de Soutine et d'Apollinaire, Blaise Cendrars (1887-1961) s'engage dès 1914 comme volontaire à la légion étrangère. Il y puisera un incroyable réservoir de portraits de frères d'armes et de souvenirs non censurés. Dont celui-ci, déclencheur: en 1914, près des positions de son escouade dans la Somme, un bras humain encore agité de spasmes tombe du ciel par une après-midi parfaitement calme où aucune explosion n'est recensée et aucun avion ne passe dans le ciel. Un mystère jamais élucidé qui lui inspirera une image -la main coupée- à haute résonance intime: Cendrars lui-même perdra son bras droit en 1915. La guerre comme une grande aventure humaine et d'amitié, servie par une écriture novatrice -gouailleuse malgré tout. (Y.P.)

Le plus stoïque

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L'Adieu aux armes, de Ernest Hemingway, éditions Folio, 320 pages (1929).

"Un des meilleurs romans de guerre. Un des plus grands romans d'amour." Gallimard ne pèse pas ses mots sur la 4e de couv de cet Adieu aux armes, titre tiré d'un poème du XVIe siècle abritant un récit en grande partie autobiographique. Jeune reporter au Kansas City Star, Hemingway (1899-1961) a 19 ans quand il s'engage comme ambulancier sur le front italien. L'épisode lui inspirera l'histoire d'un double romanesque, Frederic Henry, ambulancier qui, grièvement blessé dans une explosion, tombera éperdument amoureux de son infirmière écossaise, Catherine Barkley, bientôt enceinte. Une plongée volontairement morne et dénudée, aux paysages sinistrement boueux et à la fin déchirante, qui toise la guerre comme l'inévitable émanation d'un monde absurde. Blanc, sec et laconique. (Y.P.)

Le plus fliqué

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La Cote 512, de Thierry Bourcy, éditions Folio (2005).

En six titres, le nom de Célestin Louise, et de son auteur Thierry Bourcy, s'est imposé chez tous les amateurs de romans policiers, mais aussi auprès de tous ceux qui s'intéressent à la Première Guerre mondiale: Célestin Louise, flic et soldat, vit en effet ses enquêtes à même le front: dès novembre 2014 et La Cote 512, au sein de son 314e régiment d'infanterie, dont le chef est abattu en pleine charge, mais par derrière; en juin 1916 et Le Château d'Amberville, un hôpital de campagne où les cadavres s'entassent; jusqu'aux derniers hoquets de la guerre et Le Crime de l'Albatros... Six romans policiers écrits entre 2005 et 2010, fidèles au genre mais très documentés, et qui surtout ont l'originalité de traverser la guerre de part en part. ˜(O.V.V.)

Le plus polar

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Tranchecaille, de Patrick Pécherot, éditions Folio Policier (2008).

En 1917, sur le chemin des Dames, les mutineries et le désespoir sont à leur comble. Entre deux boucheries, Jonas alias Tranchecaille, poilu pas très malin, va être condamné au peloton pour le meurtre de son lieutenant. Est-il coupable, innocent? La réponse de Tranchecaille se situe bien au-delà de cette question mal posée. Patrick Pécherot, qui s'était jusque-là fait remarquer pour une trilogie noire se situant dans le Paris de l'entre-deux guerres, publiait en 2008 ce brûlot magistralement conté, tel un puzzle construit sur de courts chapitres mêlant extraits d'interrogatoire, courriers, enquête et procès. Un excellent polar qui vaut surtout pour sa force d'évocation: sans jamais tomber dans le gore ou les évidences offertes par l'Histoire, Pécherot capture le sordide de l'époque, à peine masqué derrière la raillerie. Puissant. (O.V.V.)

Le plus exotique

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Les Affligés, de Chris Womersley, Editions Albin Michel (2012).

La Première Guerre mondiale méritait pleinement son nom: l'Australie a elle aussi payé un lourd tribu à ce conflit sans frontières. La seule campagne de Gallipoli, véritable baptême du feu de l'armée australienne, en 1915, coûta la vie à près de 9000 soldats australiens et en blessa 20 000 autres. Et c'est probablement de là que revient le jeune Quinn Walker, en 1919 et dans Les Affligés, roman à la fois noir et empreint de spiritualité, publié par l'Australien Chris Womersley en 2012: Quinn est devenu une "gueule cassée", à moitié sourd et victime de ce que l'on ne nommait pas encore un stress post-traumatique... A noter que l'Américain Dennis Lehane a aussi fait de 14-18 et du retour des soldats la base d'un de ses romans noirs, Un pays à l'aube, en 2009. (O.V.V.)

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