Deux BD pour rappeler la tragédie des migrants illégaux

26/02/15 à 10:22 - Mise à jour à 10:22

Source: Focus

Magic-Majid et Les Mains invisibles, deux histoires de migrants nous rappellent l'existence de ce monde parallèle à côté duquel nous vivons.

Deux BD pour rappeler la tragédie des migrants illégaux

Magic-Majid. La Sardine du canibale et Les Mains invisibles © Sarbacane/Casterman

Dans Les Mains invisibles, Rachid, père de famille, est un pauvre couturier dans la médina d'une ville de la côte marocaine. Il vit dans un bidonville avec sa femme et sa fille. Comme un bon croyant, il remet son destin et sa condition entre les mains de Dieu sans se poser de questions. Le jour où il perd son travail, il cède aux sirènes des passeurs qui lui font miroiter une vie meilleure de l'autre côté du détroit de Gibraltar. A ce stade de l'histoire, même le lecteur le moins au fait de la tragédie qu'est la migration clandestine se rend compte que Rachid s'est embarqué dans une aventure qui le dépasse complètement. La cruauté de l'accueil qui lui est fait en Europe et les conditions de travail exigées par ses employeurs font passer les recruteurs marocains pour des enfants de coeur. Mais Rachid, même dans cet enfer, continue à garder espoir. Le voilà parti vers le nord, à Barcelone, une si belle ville paraît-il. De petits boulots en squats sordides, il va finir par s'enfoncer dans une noirceur mystique sans possibilité de retour. Cette descente aux enfers est décrite d'une manière terriblement réaliste: nous endossons littéralement l'habit du migrant. Et si nous ne nous reconnaissons pas dans la crédulité et la bigoterie du héros, il nous fait croiser une foule de personnages, tantôt répugnants, tantôt attachants, dans la peau desquels nous pourrions facilement nous glisser. L'auteur, Ville Tietäväinen est un Finlandais particulièrement au fait des phénomènes de migration vers l'Europe.

Tintin en Europe

Adressée à un public plus jeune, l'histoire de Majid Bâ n'en est pas moins terrifiante. Il quitte pour la première fois Dakar pour Paris où il rejoint sa belle-soeur dans sa chambre de bonne. Passée la surprise -le froid, le monde, le métro-, il est temps pour notre ami de trouver un travail et un logement. Majid est grand et beau; il trouve un emploi comme vigile pour une société qui le place dans de grands magasins. Mais un sans-papiers dont le visa est arrivé à échéance depuis longtemps est une proie facile pour les employeurs malhonnêtes, les logeurs peu scrupuleux et les médecins charlatans. Magic-Majid est le témoignage de l'auteur. Comme dans Les Mains invisibles, il aborde des sujets moins traités que d'habitude, comme les troubles psychologiques: étant dans l'illégalité complète, il a constamment peur de se faire arrêter et développe une phobie sociale et une claustrophobie.

Fiction ou témoignage, les deux démarches ont le mérite de nous rappeler une tragédie qui, de par sa triste récurrence, ne fait plus les gros titres des journaux, sauf quand la pêche en Méditerranée devient vraiment trop macabre...

  • Les Mains invisibles, de Ville Tietäväinen, éditions Casterman, 224 pages.

    Magic-Majid. La sardine du cannibale, de Majid Bâ et Pierre Fouillet, éditions Sarbacane, 124 pages.

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